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TÉMOIGNAGES RENDUS AUX DISCOURS DE MALINES

lembert a parlé en homme d'État, passionné pour la liberté de l'Église; il a parlé aussi en chrétien instruit qui connaît les écueils de doctrine et qui les évite. Un théologien qui ferait l'analyse impartiale de ses discours de 1863 pour les comparer aux documents du Saint-Siège, à l'encyclique Quanta Cura de Pie IX, à l'encyclique Immort aie Dei de Léon XIII, aurait peine, croyons-nous, à extraire des pages de l'orateur une seule proposition contraire aux enseignements pontificaux. (1) » — Voilà pourquoi aussi le cardinal Dechamps, dont personne n'a jamais contesté la sévère orthodoxie, déclarait en 1871 qu'à son avis les discours de Malines ne méritaient aucune censure. Mais les appréciations de ces hommes éminents ne furent point acceptées par tout le monde.

La division de plus en plus profonde des catholiques français explique les regrettables événements que nous allons m raconter. Entre l'école de l'Univers et l'école libérale, la lutte/) en est arrivée à 1 etat-nigu. jjq terrain des^ faits, du domaine purement politique sur lequel se renferment les libéraux, leurs adversaires s'efforcent sans cesse de les ramener sur le terrain dangereux des principes absolus; puis, de déductions en déductions, ils découvrent des erreurs jusque dans les paroles en apparence les plus inotlensives. Cette tactique, ils vont l'employer à propos des discours de Malines, d'autant plus facilement qu'au cours de ces longues harangues, il a pu échapper à l'orateur certaines affirmations trop hardies et certains jugements au moins contestables. En exaltant outre mesure l'édit de Nantes, en déclarant que l'Église n'avait rien à regretter dans le passé, en présentant, surtout le régime moderne comme un progrès immense,

lj M«* d'Hulst, Correspondant du 25 septembre 1891. Le R. P. Martin, ancien professeur de dogme à Chalais et à St-Maximin, et le pins grand théologien de l'Ordre dominicain en France, disait : «Je me charge de soutenir toutes les idées et toute la doctrine de M. de Montalembert à .Malines. Il a été admirable de précision, de vérité, en même temps que decoui hardiesse. Lui seul voit vraiment les choses et comprend àfond la situation. 11 n'y a de victoire et de saint que dans la voie qu'il ouvre et où il c les catholiques de notre époque. • Lettre du P. i uoearne à Montalembert. 1m; |.

H a paru attaquer la thèse et fourni des armes à ses adversaires.

Le Monde, qui a succédé à l'Univers, ne publie point les discours de Malines, mais il en parle avec réserve, de telle sorte que ses milliers de lecteurs ecclésiastiques sont persuadés que des paroles scandaleuses et contraires à la foi catholique y ont été prononcées. « Sachez, écrit Montalembert à Foisset, que des prêtres, d'ailleurs très respectables, mais abonnés du Monde, ont fait prendre des renseignements, il y a quelque temps, auprès du clergé de Maîche, pour savoir : 1° si j'avais vraiment la foi: *2° si j'allais à la messe; 3° si je me confessais, tout cela leur semblant incompatible avec la qualité d'adversaire des doctrines orthodoxes de M. Veuillot et Gie. (1) » Quelques semaines après, le Monde publiait cette nouvelle : « On s'occupe à Rome d'un examen approfondi des doctrines nouvelles, dites en France catholiques libérales. Cette mesure a été demandée, dit-on, par divers membres de

jlrépiscopat français. »

^ Le Monde savait mieux que personne dToù venait le coup, et que Mj[LPie était l'instigateur principal de cette dénonciation. Tntimpmpnt lié flveë Louis Veuillot. partisan absolu de la thèse qu'il espérait voir un jour réalisée par le comte de Chambord, ce prélat poursuivit la condamnation de Montalembert avec toute l'autorité que lui donnaient à Rome son grand talent et les services qu'il avait rendus.

« Votre Sainteté, dans sa haute et suprême sagesse, écrivait-il au pape, nejugera-t-elle point que, soit pour éclairer cet orateur lui-même, soit pour détruire l'effet de ses paroles dans l'esprit de tant de milliers de lecteurs, il v aurait lieu de lui faire adresser, par exemple par le cardinal-préfet de Y Index, une lettre où, en le louant de sa subordination à l'autorité du Saint-Siège, il lui serait déclaré que ce discours, en effet, contient beaucoup de pensées, d'assertions et de propositions qui s'éloignent de la doctrine et de la pratique de l'Église, et qui sont en opposition avec les brefs de Pie VI en 1791 et 1792. avec les réclamations de Pie VII en 1814, avec les encycliques de Grégoire XVI et les allocutions du Pape régnant?

(1) 1er octobre 1863.

DÉNONCIATIONS DE M*r PIE. 363

« Que Votre Sainteté me pardonne la liberté respectueuse que je prends de lui soumettre humblement et confidentiellement cette pensée. Je crois voir que le mal résultant du discours est très grand, soit dans le clergé belge, soit dans le clergé français, principalement de la capitale; et j'entends déjà plusieurs de ces» ecclésiastiques pseudo-libéraux se targuer du silence du Saint-Siège, à qui l'orateur a publiquement soumis son discours. »

L'évêque de Poitiers ne se contenta pas d'écrire ; il envoya. à Rome son vicaire général, l'abbé de Briey, avec mission i d'appuyer sa demande. Celui-ci trouva Pie IX très excité contre la liberté de conscience; mais, raconte M*1" Baunard, « quand le vicaire général lui parla pour conclure du besoin de procurer l'union par une parole d'autorité et de bonté, le pape se recueillit et garda le silence. » — « Je crois, écrivait l'abbé de Briey, que la question des personnes embarrasse beaucoup la question des idées. On craint notamment de blesser des hommes qui ont rendu des services et en pourraient rendre encore. Mais, somme toute, il est très clair pour moi que l'ouvrage auquel travaille présentement Votre Grandeur sera particulièrement agréable au pape. Ce sera entrer dans ses idées et lui venir en aide. »

MgrPie vient en aide au pape et lance contre les erreurs con-^ temporaines sa troisième S?/nodaLe. dans laquelle il condamne à la fois le naturalisme, le rationalisme et le libéralisme catholique. En même temps, d'autres évêques, Français, Belges, Irlandais et Anglais, auxquels se joint le nonce de Bruxelles Ledochowski, réclament aussi l'intervention pontificale. C'est un étonnement douloureux pour Montalembert de voir les catholiques anglais, à peine sortis des persécutions qu'ils ont soutenues pour l'affranchissement de leur religion, se prononcer àprement contre la liberté. On a nommé parmi eux le cardinal Wiseman. qui s'en défend avec énergie (1). Toutes ces dénonciations sont accueillies

(1 -En ce qui me concerne, écrivait le cardinal Wiseman à M. Phillipps de Liste, je n'ai jamais écrit un mot à Rome pou: rablemenf

m éloquent discours, et n*ai chargé personne de le faire en mon nom. A plus tort- raison, n'est-il jamais

et entretenues à Rome par les Jésuites de la Civiltà, par Mgr Talbot, camérier du pape, et par le cardinal Pitra. Ce dernier prélat se montre le plus ardent de tous, « ne voyant partout que paganisme, naturalisme, etc., déclarant qu'il n'y a d'autre chance de salut que le retour au régime de saint Louis, et que le gouvernement temporel du pape est le type de tous les pouvoirs terrestres. (1) » — « Il se forme ainsi, ) écrit W Place, une véritable émeute contre les deux disç/ cours de Malines. » Pendant six mois, les adversaires de Mon- ^ talembert redoublent d'efforts, fatiguent le Souverain Pontife de leurs accusations et le supplient d'agir, sous quelque forme que ce soit. A un Anglais qui lui affirme que la condamnation de Montalembert ferait grand plaisir aux protestants, Pie IX répond : « Je connais des catholiques auxquels elle ferait plus de plaisir encore. (2) »

Ces nouvelles se répandent rapidement. Déjà les partisans du Monde ne cachent plus leur joie et se disent assurés du succès. Dans une réunion du clergé de Nimes, l'abbé d'Alzon, un ancien ami, annonce publiquement la censure des discours de Malines et la suppression du Correspondant. « Je ne déplie jamais le Monde, écrit le bonFoisset, sans appréhender d'y trouver en tête le document pontifical dont nous sommes menacés. Si la scène était à Paris et non à Piome, le temps qu'on a laissé écouler sans lancer la

a l'Index, ni de solliciter une censure, encore moins une condamnation. Bien que je n'aie point partagé et que je ne partage point encore ses principes et ses tendances politiques, son discours ne renfermait contre la foi et la morale aucune erreur de nature à provoquer une dénonciation, surtout de la part d'un étranger, en présence du métropolitain. Vous pouvez affirmer tout ceci au Comte, et l'assurer que mon respect et mon affection pour lui ne sont diminués en rien... » (15 mars 1864.) (1) Lettre de M. Werner de Mérode à Montalembert. V Montalembert à Foisset, 24 décembre 1863.

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