‹ MontalembertChapitre 167 sur 217 · EFFET PRODUIT PAS L'ENCYCLIQUE 3S · texte numérisé non relu

EFFET PRODUIT PAS L'ENCYCLIQUE 3S

Is C ' -.dation. Le gouvernement défend aux évèques de la s publier, défense ridicale, dont il n'es! pas tenu I qui *

contribue plutôt à propager la parole pontificale. D'ailleur- lesjournaux impies et révolutionnaires se chargent bien de la répandre. C'est un suprême défi jeté au monde par la n papauté qui s'en Va, déclarent-ils... Voilà qui va aider nos' affaires, détacher la jeunesse de l'Église et la jeter pour toujours dans l'anticléricalisme et la philosophie positive. » En attendant, ils traduisant l'encyclique et la défigurent de leur mieux: dans la seule version du Journal des Del affirme l'évêque d'Orléans, on ne relève pas moins de soixantedix contre-sens. Puis ils la commentent et l'interprètent a leur manière, lui font dire les choses les plus absurdes et les plus mensongères. Ces déclamations haineuses remplisles journaux, circulent dans tous les villages, pénètrent dans toutes les maisons et troublent profondément les âmes.

Au lieu de réfuter ces interprétations fausses et de vengerla vérité dénaturée par les ennemis de l'Église, les journaux catholiques, mtransigganjs ^pour la plupart, triomphent y

ruyamment du libéralisme et partent en guerre contre la société moderne, t. Tout Libéral tombe nécessairement sou- la réprobation de l'encyclique. En aucun sens, un catholique ne

peut être ni se dire libéral.. . — Ah ! l'encyclique était Lien nécessaire pour foudroyer ces idées moderne- qui lèvent ici la tête comme des batraciens coassant hors de leur marais N / fétide ! 1 » — - L'encyclique a déjà produit de grands avantages : ce sont ces attaques furieus s, c - diatribes folles, insultes enragées contre la sainte Eglise du Christ... Le Pa sauve les gouvernements et le.» rois. Peu importe que les "rnernents et les rois nient ce :*oleil ou ne sac lient pas ir... -2 ■ Le 13 janvier, le Monde reproduit, avec force ^\k s, un article du Pens < Espanol, journal qui pi i

désormais pour devise la 80* proposition condan S bus :

éloi

« Notre foi unique, dit-il, est de stigmatiser comme anticatholiques le litiôBalisme, le progrès et la piyiHsaiinn moderne. Nous condamnons comme anticatholiques cesavortonsde l'enfer,... parce que ces trois points sont absolument contraires au dogme, à la morale et à l'enseignemeDt unanime de tous les docteurs catholiques... Jusqu'à présent nos réponses ont respecté les intentions de nos adversaires; mais dès aujourd'hui nous leur dirons avec une sainte assurance : « Vous^ n'êtes pas catholiques; si vous l'avez été, vous avez cessé de l'être. » A ceux qui nous fatigueront l'ouïe avec 1 impertinent bavardage cfu progrès et de la civilisation moderne, en toute sécurité de conscience nous pouvons dire dorénavant : « Vous n'êtes pas catholiques. » — « En province, écrit-on à Montalembert, la situation des catholiques libéraux est fort triste; les gens du Monde les traitent comme des hérétiques, comme des pestiférés, et les incrédules avec une commisération outrageante. »

Tout d'abord Montalembert et ses amis sont profondément troublés. Que faire? Que devenir? On brise entre leurs mains les armes dont ils se servent : comment pourront-ils combattre pour l'Église ? Le Correspondant leur semble désormais impûssiïïïeT Tel est l'avis de ^Jojiialembert, de Cochin, du prince de Broglie. présents à Pan^- ils annoncent à leurs amis de province la résolution qu'ils viennent de prendre :

« Très cher ami, écrit Montalembert à M. de Falloux, je pars à l'instant pour aller ensevelir dans la solitude du Morvan ma douleur et, il faut bien l'avouer, ma honte. Je n'ai plus qu'une ambition, celle de nous voir rester unis dans notre naufrage, comme nous l'avons été dans nos luttes depuis plus de vingt ans... Je trouve qu'il faut tout simplement nous retirer de la rédaction du Correspondant et annoncer sans fracas, déclaration ou explication quelconque, dans le prochain numéro, que le Comité de rédaction est changé; puis laisser au bruit public et aux correspondances de province le soin d'annoncer que nous quatre — vous, Broglie, Cochin et moi. — nous avons fait place à des gens moins compromis et moins désarmés. J'avoue que je serais on ne peut plus déconcerté si vous vous sépariez de moi en cette circonstance et si vous ne me couvriez pas à Rome, comme vous l'avez si souvent fait à Paris et ailleurs. Je sens le besoin impérieux de voir votre nom à côté du mien dans cette circonstance, suprême et je crois sincèrement que devant Dieu et la postérité, comme vous le dites dans la lettre dont je vous remercie cordialement, ils ne doivent pas être séparés. (1) »

Mais MM. de Falloux, Foisset, de Meaux protestent avec énergie contre cette débandade. Ils ont lu les documents

[1) 30 décembre 1864.

SAGES CONSEILS DE M. DE Ml! AUX. 3S3

pontificaux dans la solitude, avec le calme qui convient; ils Mit compare l'encyclique Quanta Cura de Pie IX à l'encyclique Mirari vos de Grégoire XVI et n'y ont pas trouvé de lifférences notables; pour s'expliquer certaines propositions iu Syllabus, ils sont remontés aux sources indiquées à la mite de chacune d'elles, c'est-à-dire aux différentes lettres et allocutions du Souverain Pontife, et ils en ont mieux saisi la vraie portée. Le premier qui rassure Montalembert est son gendre, M. de Meaux, et il le fait avec une sagesse* et une hauteur deVtte tout à fait supérieures :

« L'encyclique, lui écrit-il dès le 28 décembre, n'entend porter aucune sentence nouvelle. Elle rappelle des condamnations déjà prononcées, et, prise dans son ensemble, je ne crois pas qu'elle aille plus loin que l'encyclique de 1S32. C'est sous L'empire de ces jugements du Saint-Siège que nous n'avons cessé de parler et d'agir. Nous avons toujours fait profession de les accepter. Il peut être pénible, il peut paraître inopportun que le Pape les renouvelle; mais il ne faut donner à personne, ami ou ennemi, le droit de mettre en doute la sincérité de notre soumission antérieure... — Les dangers qui menacent le Saint-Père, les malheurs qui bientôt peuvent fondre sur lui nous font un devoir de ne pas quitter le champ .le bataille... Helas! Vous ne pouvez, nous ne pouvons en ce moment défendre le Pape comme nous voudrions et comme il faudrait, et c'est en tout ceci, je vous l'avoue, ce qui m'afflige davantage; mais, au moins, ne soyons pas un moyen de plus contre lui. Sa faiblesse enchaîne l'homme d "honneur, autant que son autorité s'impose au chrétien.

Au fond, la déclaration que vous méditez ne serait pas sans analogie avec celle de M. de Lamennais, que «par beaucoup de motifs et principa- « lement parce qu'il appartient au Saint-Siège de décider ce qui est bon « et utile à l'Église, il est résolu de rester étranger aux affaires qui la toute chent ». Vous ne le dites pas, mais c'est ce que votre acte signifierait ; c'est ainsi que tout le monde l'interpréterait... Aujourd'hui comme en 1832, il faut commencer par un acte de foi, et j'ai la confiance que maintenant, aussi bien qu'en ce temps-là, cet acte de foi sera récompense. Il se fera sur l'encyclique de Pie LX un travail d'interprétation analogue à celui qui s'est opéré sur l'encyclique de Grégoire XVI; ce travail ?era. plus prompt et, tout compensé, moins difficile. Il me semble que j'en y entrevois les bases. Nous restons libres dans l'appréciation des necessit- s et des circonstances contemporaines. Il nous est seulement défendu d'ériger ces nécessités et ces circonstances en principe absolu et universel, en idéal de perfection sociale (i). Ce terrain pratique et politique est le nôtre.

(1) Lettre du 28 décembre 1864. Montalembert a souligné ces mots dans la lettre que je transcris.

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Si nous en sommes sortis, ça été par échappées plutôt qu'avec préméditation. Il faut y revenir et nous y renfermer. Soyons de notre temps, sans le canoniser. »

Ces conseils étaient la sagesse même; MM. de Falloux et Foisset abondèrent dans le même sens, et Montalembert se rendit à leurs hautes raisons. Dans les derniers jours de janvier 1865, un conseil extraordinaire du Correspondant se tint à Dijon, où demeurait M. Foisset. Le prince de Broglie, MM. Cochin, de Vogué, de Meaux, Léopold de Gaillard y assistèrent. M. de Falloux était malade, et Montalembert préféra s'abstenir. Là, au milieu de leur commune et profonde tristesse, « tandis que Foisset se lamentait, que Broglie, selon sa propre expression, se sentait à la géhenne, que Cochin, très ouvert à toutes les idées et à tous les progrès modernes, mais ignorant l'histoire et peu versé dans les questions de droit public et de droit ecclésiastique, demeurait stupéfait autant que consterné » , ils discutèrent le maintien ou la disparition du Correspondant . M. de Meaux se prononça avec tant de force pour la continuation de la revue que son avis prévalut. Il semblait que la direction et la responsabilité du Correspondant allaient retomber sur lui, lorsque parut la brochure de l'évêque d'Orléans.

De tous côtés on l'avait pressé de parler ; Montalembert l'en |\suppliait plus que personne. Il se mit à l'œuvre, et le 23 jan- I [vier 1865, lança sa fameuse brochure : La Convention du 15 septembre et V Encyclique du 8 décembre. Après avoir mis en pièces la première, il abordait la seconae. Malgré l'amertume qui lui restait de son dernier voyage à Rome, malgré ses appréhensions profondes, il défendait le pape et montrait la grandeur de l'acte qu'il venait d'accomplir :

« Fussè-je un simple philosophe, aussi bien que je suis un chrétien et un évêque, oui je trouverais que c'est un beau spectacle que celui de ce vieil-

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