EXPLICATION DE SA CONDUITE
qui n'excuserait la joie et les préférences de Monta lembert?
Nous connaissons les graves raisons qui le décidèrent à entrer dans la Commission consultative; celles qui le portèrent à écrire la lettre du 12 décembre ne furent pas moins sérieuses. C'est un devoir strict pour les bons citoyens, disaitil, de participer à la vie publique, si pénibles ou laborieuses qu'en soient les conditions. L'abstention en politique répugnait à sa nature ardente, comme un suicide moral. Au moment où les légitimistes, renouvelant leur funeste tactique, déclaraient qu'ils allaient s'abstenir, faire le vide autour du Président, Montalembert voulut prévenir les catholiques contre ce piège mortel; il crut nécessaire d'appuyer le pouvoir qui, aux yeux de l'immense majorité des Français, venait de sauver la société. Après avoir vu 1830 et 18i8, pouvait-il prévoir que le triomphe de ce gouvernement se transformerait en dictature permanente, en autocratie sans frein? Pouvait-il prévoir qu'après un mois d'illusion il allait retrouver sa chère liberté, l'idole de son àme, bâillonnée et étranglée sur le champ de bataille?
Aussi bien sa conscience était en paix, car il foulait aux pieds, avec une abnégation supérieure, ses intérêts personnels pour ne voir que ce qu'il pensait être le bien de l'Église et du pays. « Personne n'a plus perdu que moi. disait-il, à la révolution qui vient de renverser le gouvernement parlementaire, et personne n'a moins à espérer du régime qui le remplacera. » Vis-;\-vis du prince, son attitude ne cessa jamais d'être fière, indépendante, subordonnée au bien qu'il en a (tendait. Il écrivait ;i M'" Dupanloup : « ... Je crois que quant à présent le Président est l'instrument de Dieu; demain peutêtre il ne le sera plus. Le jour où l'orgueil, l'ingratitude, l'enivrement de la force, le rendront infidèle à sa mission, Dieu saura bien le briser comme verre ou le laisser misérablement périr. Ce jour-là, dont je ne perds jamais de vue la proximité toujours possible, je n'aurai, croyez-le bien, rien à me reprocher en ce qui touche à mes rapports avec lui.
Montalembert à M* Dupanloup, décembre 1851.