‹ MontalembertChapitre 31 sur 217 · VOYAGE EN BELGIQUE · texte numérisé non relu

VOYAGE EN BELGIQUE

conseils. « Bref, déclare Montalembert, je suis traité comme un burgrave avant sa chute. »

L'attitude du clergé et des catholiques belges touche plus encore Montalembert. Le vénérable cardinal Stercks, archevêque de Malines, l'accueille comme un prince de l'Église. A l'Université de Louvain, professeurs et élèves rivalisent d'enthousiasme. A Courtrai, réception triomphale : le bourgmestre, les magistrats et la municipalité y prennent part. On organise un banquet et les murs de la salie sont couverts d'inscriptions extraites des discours de l'orateur. Entre tous les catholiques belges, les deux frères Dechamps, le ministre et le religieux, plus tard cardinal de Malines, frappent Montalembert par leur piété profonde et leur haute intelligence. Il les estimait depuis longtemps, il leur voue dès lors une amitié qui ne se démentira jamais. Que ne pouvons-nous faire revivre les entretiens de Montalembert avec le P. de Buck, de la Compagnie de Jésus? L'orateur et le bollandiste conversent des heures entières sur le passé et le présent de l'Église; ils tombent d'accord sur tout et paraissent enchantés l'un de l'autre.

Mais Montalembert ne fréquente pas seulement la cour, l'aristocratie et le clergé; il éprouve un noble plaisir à pénétrer dansies mansardes desindigents. Nous le trouvons un jour dans un grenier presque inaccessible, visitant une pauvre octogénaire. C'est au cœur de l'hiver; elle n'a ni feu ni meubles ; elle coud assise sur un peu de paille qui lui sert de lit. Pourtant sa physionomie respire une paix toute céleste. « Je suis parfaitement contente, dit-elle, je sers mon Dieu et ne veux rien de plus. »

Cependant Montalembert reçoit à l'hôtel de Mérode une h pitalité digne de lui. Toutes les notabilités de la Belgique viennent l'y visiter. Les proscrits de décembre, Changarnier, Bedeau, Lamorieière, se réconcilient avec lui et le félicitent de ses récents discours. Ces relations ne l'empêchent pas de travailler; il s'est remis passionnément à ses Moines. Mais surtout il goûte à plein cœur les joies de la famille et de sentir tous ceux qu'il aime réunis autour de lui. Sa grande joie à Bruxelles est de l'aire venir dans sa chambre son neveu, Her-

man de Mérode, un charmant enfant de dix ans qu'il aime tendrement et dont il fait cet éloge : « Il a sous tous les rapports les meilleures dispositions : sa piété est vraiment étonnante, sa charité aussi tendre qu'ingénieuse, son intelligence tout à fait précoce. » Il l'interroge sur l'histoire et jouit d'éveiller dans cette jeune âme des sentiments généreux, de l'entendre s'écrier, par exemple, au récit des violences et des déprédations du roi d'Angleterre Jean sans Terre : « Avec un roi comme cela il n'y a rien à faire ; il faut le renvoyer et en prendre un autre ! »

Mais un soir, le 23 décembre, Montalembert, sortant de chez lui, trouve le pauvre Herman tombé au pied de l'escalier, la tête fracassée. Deux jours après, l'enfant expire entre ses bras, « Le 29, à quatre heures, dit-il, on transporte le corps à l'église des Minimes. Le triste cortège passe à travers le grand jardin de l'hôtel de Mérode, où il s'était tant amusé le soir même de ce terrible accident... Le soleil, à son déclin, voilé de nuages, illumine de ses dernières lueurs cette scène funèbre. (1) » Montalembert pleura longtemps Herman de Mérode, puis il finit par le trouver bienheureux d'avoir gagné si facilement le ciel, sans éprouver l'ingratitude des hommes ei les amères déceptions de la vie.

(1) Journal, décembre, 1852.

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