LES INTÉRÊTS CATHOLIQUES AT' Z7X« SIÈCLE
Cependant la France, lassée de tant d'agitations, s'endormait dans les bras de son maître. Un scepticisme profond dominait les âmes. Parmi les légitimistes, la plupart se terraient en province, dans leurs châteaux: quelques autres, plus naïfs, continuaient à voir dans Louis-Napoléon le précurseur du Roi. Rassurés désormais contre le socialisme, les bourgeois ne demandaient que le repos et le bien-être. Les ouvriers se résignaient : c'est du despotisme démocratique, leur disaiton. que viendra l'émancipation des travailleurs. Quant aux paysans, leur ravissement était au comble: ils pressentaient une ère indéfinie de gains et de prospérité.
Et les catholiques? Quelle allait être leur attitude vis-à-vis du nouveau pouvoir? Hélas! ils se divisèrent profondément C'est la triste histoire de ces divisions que nous avons la p( tâche de raconter dans ce chapitre et au cours de ce volume.
En face delà dictature toute-puissante, les cathoiiqi avaient le choix entre deux politiques, l'une d'adhésion et de ralliement, l'autre de réserve e1 même de résistance. Laquelle valait le mieux pour l'Église? L. Veuillo! adopt lumenl La première; Montalemberl suivil I son ardeur habituelle. De là le conflit funeste et irréparable. ^
M ntalemberl et Veuillot étaienl sans contredit les hom-
mes les plus éminents du parti catholique. Sons Louis-Philippe, malgré quelques tiraillemènTs, Ils avaient marché d'accord. En ce temps-là, Veuillot réclamait la liberté de l'Eglise au nom du droit commun; il proclamait comme un dogme l'alliance de la religion et de la liberté : « Rien de bon ne peut se faire, écrivait-il le 16 septembre 18i6, aucune plaie ne sera fermée, aucune sécurité ne sera bien établie que par l'accord de la religion et de la liberté. » Il exaltait de même le régime parlementaire : « Ces institutions sont belles et bonnes; nous devons les aimer, les défendre, nous y attacher avec amour... Si les gens de bien peuvent désirer quelque chose, c'est le pouvoir de faire entendre la vérité. Nos institutions nous donnent ce droit. Qu'importe qu'elles le donnent aussi à l'erreur? (1) »
Au lendemain du 2ï février, bien qu'il trouvât Veuillot trop républicain, Montalembert maintint l'accord. La loi d'enseignement les divisa profondément, et la réconciliation n'eut lieu qu'en 1851, lorsque Veuillot abandonna le légitimisme pour se rapprocher du Président. Pendant la lutte du prince contre l'Assemblée, l'union subsista.
Vers cette époque, l'abbé Gaume publia son Ver rongeur des sociétés modernes, et l'Univers entreprit une campagne ardente contre les classiques païens ; il les accusait de corrompre le cœur aussi bien que l'esprit de la jeunesse, et réclamait l'introduction des Pères de l'Église dans l'enseignement. Tout d'abord Montalembert avait écrit à l'abbé Gaume pour l'encourager :
«... J'ai d'autant plus le droit de m'intéresser au succès de votre généreuse entreprise, disait-il, que je me regarde à la fois comme votre complice et votre précurseur. Votre complice, parce que depuis quinze ans j'amasse les matériaux d'un grand ouvrage, auquel je compte consacrer les dernières années que Dieu m'accordera ici-bas et qui aura pour titre : Histoire de la Renaissance du Paganisme depuis Philippe le Bel jusqu'à Robespierre. Votre précurseur, parce que, dès 1833, dans un Essai sur le Vandalisme et le Catholicisme et dans mon Introduction à l'Histoire de sainte Elisabeth, j'ai exprimé les mêmes pensées que vous sur la supériorité de l'art, de la science, delà poésie catholique, et spécialement de
(1) Univers, 24 mai 1844.