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DISSENTIMENTS AVEC LOUIS VEUTLLOT

l'enseignement qui a servi de bannière à l'Église militante dans presque toute l'Europe, et qui a présidé à ce merveilleux développement de l'énergie catholique, dont nous sommes depuis vingt ans les témoins et auquel vous avez pris une part si éclatante. (1) »

Ainsi, sur tous les points, la division s'accentue, la tension se produit, les rapports s'enveniment. Ce qui exaspère le plus Montalembert, ce sont les attaques virulentes du journal contre le parlementarisme vaincu, ses éloges outrés\ de la dictature et de l'absolutisme (2), l'affirmation d'une / alliance nécessaire de l'Église et de la monarchie , la résurrection de la théorie de Bossuet : Le roi aura pour seul frein son propre intérêt, etc. Dès le mois de mai 1852, on peut prévoir l'inévitable rupture. Vers ce temps , le Hollandais Cramer, rédacteur en chef du Tijd d'Amsterdam, propose de former une ligue des principaux journaux catholiques d'Europe pour la défense des intérêts religieux. Cette ligue offrirait de grands avantages ; mais Louis Veuillot en repousse l'idée. Vivement contrarié de ce refus, Montalembert, dans une lettre à Cramer du 5 mai 1852, expose ses griefs et ses appréhensions au sujet de l'Unir ers. Il reconnaît « la piété, le désintéressement et le merveilleux talent » de Veuillot, mais il blâme sa mobilité politique.

« Il fait sans cesse des pirouettes, comme dit le spirituel abbé Martinet (auteur de Platon Polichinelle), et, quoiqu'il accomplisse cet exercice avec grâce et énergie, il n'en résulte pas moins de graves inconvénients pour la conduite des affaires catholiques... Chose beaucoup plus grave, il engage VTJnivers et tout ce qu'il peut entraîner de catholiques à la suite de ce journal dans une voie diamétralement opposée à celle où les catholiques de France et de l'Europe entière ont trouvé la force de lutter et de vaincre depuis vingt-cinq ans; il admet et il approuve

1) Lettre à l'Univers, ^5 avril 1852.

« La France rejettera le parlementarisme comme elle a pro-

testantisme, ou elle périra en essayant de le vomir... Lorsqu'on a vu crouler soudainement la trilmne et la presse, quelques-uns disaient : C'est le triomphe de la force. Nous répondions : C'est le triomphe du bon Bens... Le peuple a trouvé un homme dont le nom lui rappelait moins encore triomphes militaires qu'une éclatante victoire de l'autorité <it de l'unité contre vos idées folles et vos prétendus principes de liberté. Il a dit homme: « Mes orateurs me fatiguent; débarrai uverne-moi... ■

mbre 1851.

les brillants paradoxes de M. Donoso Cortès, les divagations et les déclamations de >DI. Coquille et de la Tour contre la liberté, contre le droit, contre toutes les^Jdéesjîtles institutions que nous avons tous inv o qué£*-£L utilisées damTtous Jes pavs de llQccident. Il renie Ja libert é d'enseignement; il proscrit la publicité, la discussion, tous les tempéraments, tous les freins qui sont la première condition de tout gouvernement durable et légitime. Il ne rêve plus que le pouvoir absolu s'ap- \\ puvant sur l'Église. Enfin il ressuscite toutes les théories qu'avaient 1/ inventé les théologiens de la Renaissance, théories qui ont été contemj| poraines de la décrépitude des nations catholiques, qui ont fait tomber l'Espagne par exemple de Ximenès à Godoy, et qui ont contribué plus que toute autre chose à soulever les générations modernes contre la salutaire et généreuse autorité de l'Église.

« ... Quant à moi, je suis énergiquement résolu à ne pas suivre cette

route fatale qui a déjà conduit le clergé et les intérêts catholiques au

bord de l'abîme sous la Restauration. Je suis résolu à ne pas briser les

armes dont les catholiques se sont si loyalement et si utilement servis,

non seulement en France, mais en Belgique, en Hollande, en Angleterre,

en Allemagne, en Piémont. Je ne veux pas encourir la responsabilité de

faire dire aux adversaires de l'Église que les catholiques ne réclament

; la liberté que là où ils sont les plus faibles, avec la secrète intention de

'■ la détruire quand ils seront les plus forts. Je ne veux pas prêter ainsi les

j^ mains aux tentatives que cette découverte semblera justifier et qui auront

pour résultat, dans tous les pays que je viens d'énumérer, d'encourager

les légistes et les libêràtres à -resserrer les liens dont le catholicisme est

encore chargé (1). »

Dominé par ces pensées, Montalembert décide de s'adresser encore aux catholiques. Il prévoit d'avance qu'ils ne l'écouteront pas ; ils ont cessé de comprendre leur ancien chef. « Le dévouement que j'ai pu montrer, dit-il amèrement, et l'expérience que j'ai pu acquérir pendant les vingt-deux années de luttes que j'ai livrées pour la liberté et la dignité de l'Église, ne suffisent pas pour contrebalancer l'effet ordinaire de la jalousie , de l'indiscipline et de la passion quotidienne, au sein d'une société démocratique comme la nôtre. Les catholiques de France ressemblent à la plupart des Français : ils ne savent ni accepter ni conserver un chef; c'est pourquoi ils sont si souvent condamnés et si facilement résignés à subir un maitre. » Cependant il va leur parler avec toute son âme, au nom de leurs anciens combats, au

(1) Lettre à M. Cramer, 5 mai 1852.

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