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LA LUTTE ENTRE LASSEMBLÉE ET LE PRÉSIDENT

Le 14 mars 1850, les principaux chefs de la droite à l'Assemblée législative, MM. Thiers, Berryer, le duc de Broglie, Montalembert, les généraux Changarnier et de Saint-Priest se réunissent dans les salons du comte Mole. Ils manifestent une vive inquiétude : aux élections partielles du 10 mars, Paris vient de donner une majorité écrasante aux socialistes. La nomination du citoyen Flotte, ancien déporté de Juin, les frappe surtout de stupeur.

Le premier, M. Thiers prend la parole. Pendant une heure, il peint le danger social grandissant. Le parti révolutionnaire déploie une indomptable énergie. Déjà maître de Paris et des principales villes, il s'efforce d'entraîner le paysan par le colportage et « la prédication des instituteurs ». L'armée elle-même est entamée : chaque jour les journaux rouges pénètrent par milliers dans les casernes; les démagogues vont jusqu'à s'enrôler pour débaucher

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plus sûrement les troupes. Encore six mois de cette propagande, et la société sera perdue... Mais que faire?

Montalembert prêche l'union, excite les courages, répète à ses amis, comme le 15 décembre précédent : « Messieurs, dans les temps de paix, chacun est libre de choisir le point du rempart social qu'il lui convient le plus de défendre ou de fortifier; mais quand le rempart tout entier est menacé, attaqué, ébranlé, le bon soldat court à la brèche où qu'elle soit, et il y dépense son dévouement, son courage et sa vie. » En de telles extrémités, il appartient aux chefs de se sacrifier; MM. Mole, Thiers et Berryer doivent prendre tous les trois le pouvoir et faire tête à l'ennemi. Lui. Montalembert. se fait garant de l'acceptation du Président. Mole est prêt à se dévouer. Thiers déclare qu'il surmontera les répugnances de sa famille, sa mauvaise santé et son humiliation profonde de servir la République, afin de sauver la société s'il en est temps encore. Mais Berryer refuse : « Un tel ministère, dit-il, serait un défi lancé par la Monarchie à la République. — La bataille éclaterait le lendemain, ajoute le duc de Broglie. — Et au profit de qui? » continue Berryer.

Au sortir de la réunion, Montalembert se rend à l'Elysée, et Louis-Napoléon se- déclare prêt à accepter ce grand ministère. M. Thiers renouvelle son sacrifice dans les termes les plus énergiques, afin « de ne pas passer pour un j.-f. en présence de l'ennemi! » De leur côté, Berryer, le duc de Broglie, Ghangarnier et Saint-Priest persévèrent dans leur refus. Les choses en restent là (1).

Un mois plus tard, nouvelle alerte. Le socialiste Vidal, élu deux fois le 10 mars, à Paris et à Strasbourg, avait opté pour le département : Paris, malgré la résistance acharnée des conservateurs, remplaça Vidal par Eugène Sue. Le même jour, six socialistes étaient nommés en Saôneet-Loire. A ces nouvelles, l'affolement fut au comble; la Bourse baissa de deux francs; les étrangers quittaient précipitamment Paris. De nouveau les Burgraves c'est ainsi qu'on appelait les chefs de la droite) se réunirent; de nouveau

(1) Montalembert, Journal, 10 mars 1850.

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