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éclairé. D'autre part, comme nos contemporains ont peu de goût pour ces disputes rétrospectives, nous ne leur avons accordé qu'une -place secondaire dans notre récit, autant qu'il était nécessaire pour expliquer le mouvement des idées. D'autres insisteront, s'ils le veulent, sur les querelles purement personnelles ; nous avons préféré nous en tenir aux cotés élevés et pratiques de l'histoire.
En livrant au public cette dernière partie de notre œuvre, nous prions Dieu qu'elle ne reste pas tout à fait stérile. Cette période de la vie de Montalembert renferme d'importantes leçons. Le lecteur les tirera de lui-même facilement. Qu'il nous suffise d'en indiquer une seule.
Tout ce que les Catholiques ont conquis en fait de libertés pendant le siècle dernier, et le peu qu'ils en conservent encore aujourd'hui, n'est-il pas vrai qu'ils le doivent à Montalembert, ou du moins aux méthodes qu'il a lui-même pratiquées? N'est-il pas vrai qu'ils n'ont rien obtenu qu'en se plaçant sur le terrain du droit commun et de la liberté pour tous, et qu'ils ont tout compromis en l'abandonnant?
Donc c'était le bon, le vrai terrain, le seul sur lequel on puisse, présentement et dans l'état de division religieuse oii nous sommes, défendre l'Église. Donc Montalembert avait raison de leur dire en 1869, à la veille même de sa mort : « Il est temps d'ouvrir les yeux et les oreilles. Si vous réclamez franchement, loyalement, la liberté pour tous, vous pourrez peut-être l'obtenir pour vous-mêmes. Si vous ne voulez pas du droit commun, si nuis réclamez un droit primordial et privilégié, soyez sûr qu'on, vous écoutera très
x MONTALEMBERT.
volontiers. Le rationalisme impie ne demande que cela. Seulement, on appliquera le privilège non pas pour vous, mats contre vous. Pendant que tout le monde sera admis à réclamer le droit commun, on fera une exception, mais à votre détriment exclusif, et vous deviendrez les ilotes de la société moderne. (1) »
// avait raison de leur dire en 1868 : « Prenez garde! L'interrègne de quinze années qu'ont subi nos libertés les plus essentielles a préparé une révolution auprès de laquelle les crises de 1830 et de 1848 paraîtront des jeux d'enfants. Mille symptômes plus clairs que le jour démontrent que cette révolution future aura pour mot d'ordre une explosion d'irréligion, qui formera le contraste le plus frappant avec les principes et les allures de la République de 1848, dès les 'premiers jours de son existence. La suppression de la vie politique a produit, dans certaines couches de la société française, un développement de sensualisme, de matérialisme et même d'athéisme, dont le dix-huitième siècle lui-même n'a point offert l'exemple... On peut être sur que le budget des cultes disparaîtra dans V orage... et ce sera uniquement par haine de l'Église catholique et pour la punir de sa complicité, heureusement plus apparente que réelle, avec V absolutisme contemporain... Que feront les catholiques, s'ils ne possèdent pas la liberté d'association, la liberté de posséder, d'hériter, d'acquérir, avec les seules conditions imposées par la loi commune?... Toute pensée de privilège, de faveur particulière, de protection spéciale, doit être plus que jamais écartée de nos espérances. Nous n'avons d'espoir que dans la liberté générale. Plus cette liberté entrera dans les mœurs, plus nous aurons contracté pour nous-mêmes et fait contracter autour
(1) Espagne et Liberté.
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me nous V habitude d'invoquer cette liberté en tout et pour tous, plus aussi nous pourrons compter sur le respect de nos droits et de nos intérêts particuliers. (1J »
// avait raison. Ceux qui le combattaient alors le reconnaissent aujourd'hui. Comment triompher des sectaires qui oppriment notre foi? demande l'Univers; il répond : « Pour les vaincre, il convient de se placer avant tout devant les faits et les réalités.. . De quoi s'agit-il ? De défendre et de revendiquer la liberté de renseignement. Donc, il faut résolument, nettement, nous placer sur le terrain de la liberté. Nous ne disons pas de notre liberté; nous disons de la liberté... En termes propres, attachons-nous à conquérir le suffrage universel, en lui démontrant que nous défendons la liberté, la liberté de tous et la liberté « tout court » . Au surplus, c'est la vérité! (2J »
Les Jésuites ne tiennent pas aujourd'hui un autre langage. Les Études du 20 octobre 1901, dans un remarquable article intitulé : Le devoir de l'heure présente, indiquent aux catholiques le programme des prochaines élections par ces deux mots : Liberté et propriété! « Je veux insister sur la première de ces promesses, déclare Vauteur, parce qu'on a réussi à faire accepter dans certains milieux que les catholiques, en vertu même de leur doctrine, ne pouvaient pas donner la liberté à tous : c'est là une calomnie!... Quand une fois on a distingué — et il n'y a que le sot ou le brutal à ne pas distinguer — entre la liberté et la licence, les catholiques peuvent se poser hardiment en champions de la liberté... » Et abordant la délicate question de la liberté de conscience, il ajoute : « Elle ne m'a jamais paru embarrassante. Quand des régions de la théorie on descend sur le terrain de la pratique, on se heurte à un fait clair comme le jour, dont, bon
(i; Irlande et Autriche, 28 mai 1868.
livert, m décembre 1898. Article ligné Fr. VeufUot.
m MONTALEMBERT.
gré mal gré, il faut tenir compte, c'est que l'unité religieuse n'existe plus en France. Dans cet état de choses, la paix publique n'est possible qu'à la condition d'une tolérance mutuelle. La paix entre citoyens étant le bien indispensable de toute société, la tolérance devient une nécessité en un pays divisé par les opinions religieuses. (1) »
Nous voilà loin de ce qui s'imprimait sous le second Empire. Montalembert n'a jamais dit autre chose, et il faut bénir Dieu d'avoir enfin réuni les catholiques sur le terrain de leurs anciennes victoires. C'est un premier et sérieux avantage. Il leur reste maintenant à fouler aux pieds leurs misérables divisions, à rester fiers et indépendants devant les pouvoirs de ce monde, à s'organiser pour la lutte, à devenir vaillants, actifs, généreux, capables de surmonter pour l'amour de Dieu et de son Église toutes les épreuves et tous les dégoûts. Nous osons espérer que ce livre et les nobles exemples de Montalembert les y aideront.
Oratoire de Paris, 49, rue d'Orsel.
En la fête de sainte Elisabeth, 19 novembre 1901.
les, 20 octobre 1901, pp. 160, 161, article signé Alfred Randu.