‹ MontalembertChapitre 49 sur 217 · M" GUIBERT ET L'UNIVERS · texte numérisé non relu

M" GUIBERT ET L'UNIVERS

gers , Landriot évêque de la Rochelle, Sibour archevêque de Paris, etc.. Bornons-nous à deux témoignages,

Effrayé des excès de langage de l'Univers, Mgr Guibert, le futur cardinal de Paris, dont personne n'a jamais contesté la haute sagesse, croit devoir conseiller publiquement à ses prêtres de renoncer à la lecture de ce journal. Il lui reproche son immixtion continuelle et intempestive dans les matières religieuses et surtout ses violences :

« C'est presque toujours, dit-il, la colère, l'ironie, le sarcasme; ce qui provoque, ce qui blesse, ce qui irrite; l'intention d'humilier leurs adversaires est partout manifeste ; le désir de les ramener à la vérité et au jrien, nous l'avons rarement aperçu. Si l'Univers brille quelquefois au dessus des autres par le côté de l'esprit, il les surpasse toujours par son emportement et par sa violence. Il a converti certaines discussions en disputes indécentes, dans lesquelles il n'a pas craint de couvrir de boue le caractère sacerdotal de ses contradicteurs... (1) »

W Guibert fait plus : il dénonce à Rome le grave danger que r Univers fait courir à la religion :

« ... Le trouble est dans nos églises, écrit-il; les évèques sont divisés entre eux; une certaine agitation règne dans le clergé du second ordre; les fidèles sont scandalisés. Chacun déplore cette fâcheuse situation, personne ne peut en contester la triste réalité. — On ne peut assigner d'autres causes à ce mal que les imprudences commises par ce parti qui s'appelle catholique, qui est représenté par le journal VJJniuers. —Ceux qui composent ce parti sont des hommes de piété et de talent, mais d'un jugement peu sur, d'une imagination très exaltée, et d'une obstination peu commune. Telle est l'opinion qu'en ont conçu toutes les personnes calmes et sensées. Ce sont ces écrivains qui ont mis le trouble parmi nous sous le vain prétexte de défendre les droits de l'Église romaine, que nous aimons et respectons autant et plus qu'eux. Malheureusement ces hommes sont soutenus par quelques évèques (cinq ou six, autant que je puis en juger), et \ c'est ce qui leur donne tant de confiance et tant d'audace. Je ne juge pas * ces évoques, je n'en ai pas le droit; mais ma conviction intime est qu'avec d'excellentes intentions, ils donnent la main à un parti qui fait beaucoup de mal à l'Église... -

(1) 2 février 1852, Œuvres pastorales, I. p. 352.

(2) Mi* Guibert au cardinal Antonelli, 12 février W..:. ■■■i, ,> par l'abb guellede Follenay, II, 158. — Citonsencore ce qu'écrivait M1, |ivet,évêque de

Mgr Sibour, archevêque de Paris n'est pas moins alarmé. Sa lettre à Montalembert et la réponse qu'il en reçoit offrent un grand intérêt; elles expliquent la scission de Fécole ultramontaine française, dont une partie demeurait libérale, pendant que l'autre devenait autoritaire. Après avoir annoncé la renaissance prochaine des institutions libérales, W Sibour ajoute :

« ... Jugez, monsieur le Comte,... le cas que je fais de ces partis qui dans l'Église ou au dehors, jettent chaque matin l'anathème à la liberté, déifient le pouvoir absolu, en font l'idéal et la perfection même des gouvernements, brûlent ce qu'ils avaient adoré, refusent en politique aux peuples tout droit, en philosophie à la raison humaine toute force, et en religion nous bâtissent une constitution faite à l'image de ces belles ■1 théories. Oui, voila ou nous mène cette école prétendue ultramontaine, I à une double idolâtrie : idolâtrie du pouvoir temporel et du pouvoir Isspirituel.

« Quand vous avez fait comme nous, il y a 25 ans, profession éclatante d'ultramontanisme, vous n'entendiez pas les choses ainsi; l'école ultramontaine était alors l'école de la hfrert.é. Nous défendions contre les prétentions et les empiétements du pouvoir temporel l'indépendance du pouvoir spirituel ; mais nous respections la constitution de l'État et la constitution de l'Eglise. Nous ne faisions pas disparaître tout pouvoir in- Dijon, à Montalembert : « 11 y a plus de six ans que j'entrevoyais et signalais les envahissements de cette presse et sa quasi-intrusion dans le sanctuaire. D'auxiliaire utile, elle est devenue un tyran... et Dieu sait ce qu'elle nous prépare encore d'ennuis et de dangers. Rome qui, peut-être,

f-ait la ramener à son devoir, ne comprend pas ce qu'il y a à faire. . puisqu'on peut le nommer, y trouve au contraire la plus grande r... Ce serait à se voiler la face, si à côté des nuages qui s'amoncellent s orages qui se forment, nous n'avions pas la parole de N.-S. qui nous promet secours et protection. » 29 mars 1853.

— «... Où allons-nous, mon Dieu! s'écrie un autre évèque. Les évêques se taisent. Ils ont peur d'un parti qui s'efforce de tromper Rome. Ils le con- . naissent bien et presque tous lui sont secrètement opposés; mais ils tremblent.

« Il faudra voir ce que Dieu nous réserve. Quant à moi, je suis épouvanté de l'avenir. Le fanatisme de l'Univers a fait plus de mal à la religion que celui de Voltaire. Les esprits revenaient à nous : on s'est trop pressé de leur montrer ce qu'ils ne cherchaient pas; ils voulaient Dieu et la vérité, on leur a montré l'homme et ses violences.

« Je suis trop peu de chose pour me flatter de mettre un obstacle au triomphe de ce parti : je ne puis que protester, mais je ne me lasserai pas. Je sais à quoi je m'expose : j'aurai des ennemis acharnés à qui tous les moyens sont bons et qui n'épargneront rien pour me perdre... mais ma conscience est à moi et ils ne l'étouneront pas... » 8 septembre 1853.

MO

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