L'UNIVERS. — RÉSULTATS DE SA POLITIQUE. /^S
Il a donné le 29 avril dernier un avertissement à un journal de province, le Journal de Loudéac, qui osait contester le mérite d'un engrais animal recommandé par un préfet. Mais il ne trouve ni opportun ni nécessaire de réprimer les outrages contre l'Immaculée-Conception, contre les Jésuites contre la plupart des institutions et des vérités consacrées par l'Église. Je ne juge pas cette conduite, j'en conçois même les motifs, mais je m borne à constater qu'il doit en résulter pour tous ceux qui ne sont pa volontairement aveuglés, la démonstration d'un fait essentiel, savoir : que la suppression de la liberté politique n'a point pour résultat la répression de la licence irréligieuse... (1) »
On le voit, les résultats du ralliement étaient au moins... bien négatifs.
Hélas! il y en avait de positifs aussi. « Certes! je n'ai pas à me plaindre personnellement de xM. Veuillot, disait Napoléon III à l'évèque d'Autun, Mer de Marguerye, au mois de mai 1856, il m'a fait beaucoup de bien; mais je dois convenir qu'il voug a fait beaucoup d&jnal. »
L'Univers est en effet le principal organe quotidien de la%\ presse religieuse. On le regarde, il se donne lui-même comme exprimant la véritable doctrine catholique. Les thèses]] excessives qu'il prêche chaque jour, l'intolérance qu'il témoigne, les agressions violentes auxquelles il se livre, tout cela se fait au nom de l'Église. Son saint et maternel visage apparaît ainsi, défiguré sous des traits inflexibles. D'autant que visiblement, la majorité dii ^''fff subit l'influence de l'Univers. Les [curés raffolent de Louis Veuillot; ils ne voient que lui, n'écoutent que lui, ne pensent que par lui. Il est leur oracle, leur théologien, il est bien plus que leur évèque. LVon seulement ils embrassent ses doctrines, ils les exagèrent, ils les d épassent ; ils deviennent agressifs et arrogants, du moins dans leur langage et prennent, pour défendre leur foi, des allures de matamore. Nous avons tous connu dans notre enfance dVx-
(1) Montalembert à M* Dupanloup, 16 janvier
cellents prêtres, très doux par nature, qui semblaient prêts à rallumer les bûchers. — Et les évêques? Ils sont profon-
1 dément divisés : quelques-uns, les plus ardents, appuient chaudement l'Univers, d'autres le blâment, la plupart le craignent et trouvent son joug insupportable.
Que deviennent cependant les fidèles? Ils se divisent comme leurs pasteurs. Beaucoup, parmi les pluséminents, s'attristent et se désolent : « Si c'est là le catholicisme* s'écrie l'un d'eux, je n'en suis plus, ou du moins je n'ai plus qu'à me voiler la face et à m'ensevelir dans le silence. » — Un autre écrit : « Après le meurtre de son ami le duc de la Rochefoucauld, à Gisors. M. de Lafayette disait : « La cause du peuple ne m'est « pas moins sacrée; je me reprocherais chaque instant de ma « vie qui ne lui serait pas uniquement dévoué, mais le charme i « est rompu. J'en suis là.» — « Je ne lis jamais l'Univers parce nque je veux rester chrétien », déclare à un ami M. Lefèvre- UPontalis. « Et moi, réplique l'autre, comme je ne veux pas devenir chrétien, je lis l'Univers tous les jours. » — ^En^ somme, /'p»'i,e;i£exaspère les catholiques les plus éminepts et les plus fidèles.^ il déconcerte ceux gui sont revenus g" hier à l'Eglise, arrête ceux qui seraient revenus demain; « il repôusse les hésitanfs, irrite les incertains, change les indifférents en adversaires et les adversaires en ennemis ». En mau- J dissant la philosophie, la science, le progrès, la liberté, l en jetant l'outrage aux royautés exilées et l'anathème à toutes les formes de gouvernement, hors le pouvoir absolu sans contrôle et sans frein, il paralyse le mouvemenLoui depuis un demi-siècle rapprochait, la société de la religion, désaffection nejie rTig"lise des milliers d'âmes, excite contre elle une impopularité dangereuse et prépare, pour un avenir plus ou moins rapproché, une formidable réaction.
C'est du moins ce que déclarent, ce qu'appréhendent les meilleurs esprits, les catholiques les plus éminents, MM. de
IMelùn, de Gorcelles, de Falloux. de Vatimesnil, Barthélémy, Foisset, Lenormant, Beugnot, de Carné, de Riancey, etc.; un grand nombre de religieux et d'évêques, Lacordaire, Dupanloup. Jacquemet évêque de Nantes, Guibert, évêque de ♦Viviers ,"T\iyet évêque de Dijon, Angebàtilt évêque d'An-