‹ MontalembertChapitre 70 sur 217 · L'AVENIR DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

L'AVENIR DE LA FRANCE

rament national ne comportent pas des institutions pareilles à celles de l'Angleterre! Faut-il donc se passer à tout jamais d'abri, parce que celui de notre enfance a disparu? Faut-il nous résigner à nous passer de liberté, parce que nous n'avons plus d'aristocratie pour la protéger? La démocratie seule reste debout, aveugle, jalouse, ignorante. Travaillons à l'éclairer, à l'organiser, à la moraliser, à la christianiser. L'œuvre est immense, mais splendide. Mettons-nous-y résolument, l'Évangile à la main, et nous triompherons.

« Nous marchons dans la nuit, s'écrie Montalembert en terminant, mais sur un terrain qui nous est connu, où nous pouvons à la fois nous souvenir du jour et l'attendre. Les éclipses n'étonnent que les enfants et n'effrayent que les sauvages. Sachons les traverser la tète haute et le cœur tranquille. Poursuivons de cetriste et intrépide regard dont parle Bossuet, les jeux et les insultes de la fortune adverse.

Donec fortunam criminis pudeat sui.

« Tenons tète au scepticisme comme au fanatisme, à ceux qui professent l'indifférence en matière politique comme à ceux qui prêchent la proscription de toute garantie et de toute indépendance. Au-dessous de notre foi aux vérités divines et à l'autorité infaillible, gardons aussi la foi aux nobles instincts de notre jeunesse, à ces principes de liberté, de justice et d'honneur qui font seuls ici-bas la force et la dignité du moindre citoyen comme des plus grandes nations. Au milieu des découragements, des hésitations, des apostasies qui nous assiègent, que du moins notre voix et notre vie restent d'accord avec notre passé : Manet immuta p. des. (i) »

(1) Les belles études sur l'Angleterre que nous venons d'analyser, parurent dans le Correspondant en 1855 et 1856. Elles eurent un grand succès; cinq éditions s'enlevèrent en quelques mois. Dans une discussion à la Chambre des Communes (25 avril 1856 sur le concours pour la nomination aux emplois civils, divers orateurs, parmi lesquels Sir Statïord Northcote, Sir Cornewall Lewis et M. Gladstone, invoquèrent en faveur de leur opinion l'autorité de Montalembert et lui rendirent un égal hommage. Parmi tant de lettres d'adhésion qu'il reçut au sujet de son ouvi . sont remarqua

l'une du duc d'Aumale qui l'approuve sans réserves, l'autre du prince de Joinville qui contredit ses conclusions. Nous ne citerons que ce dernier :

« Cette liberté, dit-il, dont on apprend à jouir dès l'enfance et dont l'us sauve les caractères de ces défaillances dont nous voyons chez nous de si tristes exemples, tout cela arrètera-t-il l'Angleterre sur la pente de la décadence?

« Je suis sur ce point moins affirmatif que vous.

« On n'a pas ici le I eau d'une société qui ne croit plus à rjen, ne

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