‹ MontalembertChapitre 83 sur 217 · PROGRÉS DU CORRESPONDANT · texte numérisé non relu

PROGRÉS DU CORRESPONDANT

Mais le Correspondant surtout est sou champ de bataille et remplacepourlui la tribune. De ce côté du moins, ses efforts ne

restentpoint stériles. La revue d'abord mensuelle parait maintenant deux fois par mois, et les abonnement., se multiplient. MM. Buffet, de Meaux et II. Moreau sont venus rajeunir et fortifier le conseil primitif. Pendant eette période et en dépit de la maladie, Montalembert donne trois articles au Correspondant. Le premier est une vive attaque contre le^ Articles organiques (1), à propos du décret impérial rendu en Conseil d Etat et qualifiant d'abus certains actes administratifs de MCT de Dreux-Brezé, évêque de Moulins. Il vaut à la revue un avertissement du Ministre de l'Intérieur. Quelques mois plus tard, paraissent un travail sur l'Histoire de la Monarchie de Juillet par M. de Nouvion, et un autre plus important encore sur le nouveau Ministère et la dissolution de la Chambre en Belgique 2 .

Le ministère catholique, dirigé par le comte Vilain XIV et M. de Decker, avait présenté un projet sur la liberté de la chante, autorisant des fondations faites en dehors des bureaux officiels de bienfaisance. Vivement attaqué par les libéraux, il fut renversé à la suite d'une émeute. « Vous avez bien fait,' dit Montalembert aux catholiques belges, de vouloir étendre la liberté du bien, de vouloir réprimer l'intolérance et la confiscation en matière de charité. » Et il les engageait à demeurer fiers et forts après leur défaite, comme après la plus

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lasse, il improvisa les vers suivants :

Ce public est bien mort, et ta voix éloquente Ne pouvait ranimer sa langueur indolente; Il aurait peur de vivre et se croirait suspect Si, voulant t'applaudir, il manquait de respect A quelque agent zélé du pouvoir arbitraire, Qui, s'il ne l'ait parler, force au moins à se taire.

En revanche, ledicours de Montalembert eut au dehors un « retentisseconsidérable et imprévu ». Pendant que i S il l'orateur de

misme et le représentait comme un ennemi de la jeunesse, la plupart des journaux le soutenaient avec

(1) De l'appel comme d'abus et desarticles organiqx aVril

(2) -25 novembre 1807.

brillante victoire, à s'appuyer sur les libertés que la constitution leur accorde pour défendre leurs droits.

« Avec la liberté de la presse, de la tribune, de l'enseignement et de l'association, avec le droit électoral dans tontes les sphères de la vie publique, avec une magistrature qui elle-même se recrute à moitié par l'élection, avec une Université catholique, source intarissable de jeunes talents et déjeunes dévouements, vous n'avez à craindre que vos propres défaillances, et vous seriez inexcusables d'y céder. Certes, il vous faudra lutter, résister, souffrir pour le bien, lui rendre témoignage par votre patience et votre courage. Mais est-ce là une calamité irrémédiable? Non, c'est un sort digne d'envie pour tout chrétien et pour tout homme de cœur... Aucune peine supportée pour la justice, pour lavérité,pour l'hon neur, n'est sans profit ni sans gloire. »

Il nous reste à parler d'un troisième article qui déchaîna sur le Correspondant et sur Montalembert lui-même un dangereux orage.

Le 3 mai 1858, Montalembert arrive à Londres; il y séjourne jusqu'aux 23: journées vivantes et remplies d'émotions diverses. Ses relations sont les mêmes qu'en 1855. Nous nommerons seulement les Norfolk, les Granville, les Campden, Gladstone, Manning, Macaulay, Robert Peel, lord Aberdeen et lord Palmerston lui-même qui lui paraît « infiniment agréable, intelligent et d'une jeunesse incompréhensible... »

La société des princes d'Orléans attire beaucoup notre voyageur; presque chaque jour il visite les exilés qui le reçoivent « avec la plus affectueuse effusion ». A Claremont, la reine Marie-Amélie présente son hôte à la reine de Portugal et à la reine Victoria. La duchesse d'Orléans n'habitait point l'Angleterre lors du dernier voyage de Montalembert, et depuis longtemps elle désire le connaître. « J'espère que vous l'avez convaincu, écrivait-elle à la comtesse de Laigle, du plaisir que me ferait sa visite et de l'intérêt extrême que mon fils attacherait à faire sa connaissance. Cette intelligence si féconde et si élevée rejaillit dans toutes ses paroles et rend un entretien avec lui aussi attrayant que fertile en aperçus

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