‹ MontalembertChapitre 96 sur 217 · RECONNAISSANCE DE PIE IX · texte numérisé non relu

RECONNAISSANCE DE PIE IX

>her les passions d'un peuple aveuglé et coupable, sauf à feu laver les mains. Mais qui donc voudrait être le Pilate le la papauté? » Le lendemain, Mgr Dupanloup, le prince le Broglie et M. Foisset arrivèrent à la Roche pour s'enretenir avec leur ami des dangers du Saint-Siè^e. Ils apportèrent l'article, qui parut dans le Correspondant du >5 octobre 1859.

Quelques jours après, cet article, publié en brochure, était aisi par la police impériale et Montalembert poursuivi de îouveau, sous l'inculpation d'avoir excité à la haine et au népris du gouvernement. Pour comble, il apprenait à ce noment même la mort de son frère que nous raconterons dus loin. Accablé de douleur, rongé par la maladie, il lut revenir en toute hâte à Paris et comparaître devant le uge d'instruction. « J'y occupe dit-il, la place encore :haude d'un escroc qui ne sait pas signer, mais qui sait issez bien voler pour qu'on le déclare disponible, c'est-àlire bon à être reconduit en prison par l'alguazil de sériée. » Montalembert, lui. ne fut pas déclaré disponible, et e juge d'instruction abandonna les poursuites.

Au milieu de ses angoisses, la grande cs*£fçJation de 'orateur fut de trouver à la fin d'une drefoe^ïlo M de lérode ces paroles que le Saint-Père y aJm^ioutées Qe sa )ropre main : « Je bénis avec une pat«mellP affection le omte de Montalembert. Je désire que le Si^gfeu* lui accorde a santé du corps, et qu'il le comble surfont d lestes

)énédictions,avec toute son excellente famille. Pie IX. pape. »

Vivement touché de cette marque de bienveillance. Monalembert crut devoir en remercier le Saint-Père : ... Du sein le la tristesse universelle des fidèles, lui disait-il, mon me prend naturellement son vol vers Rome, quasi a\ Erjypto et columba de terra Âssyriorum, Ma pensée erre ans cesse dans ce Vatican où j'ai ru. il y a dix ans, le bonieur de m'agenouiller devant le vicaire do Jésus-Christ et le m'entretenir avec lui. En ce temps là, les institutions mbliques de la France nous avaient permis, à moi et ,'i ('autres honnêtes gens, de servir la cause du Saint-Siège t de la préserver des trames qui dès lors menaçaienl Votre

Sainteté. C'a été l'honneur de notre vie. La douceur et le légitime orgueil de ces souvenirs sont assombris aujourd'hui par l'intense affliction que nous inspire l'impuissance à laquelle nous sommes désormais réduits. Mais nous savons que si l'Église ne dédaigne le secours d'aucun de ses enfants, elle peut toujours s'en passer. Nous savons que Dieu infligera tôt ou tard un inévitable châtiment aux auteurs des attentats commis contre la sainte faiblesse de son épouse. Nous sommes pleins de confiance dans l'invincible fermeté du successeur de saint Pierre. (1) »

Pendant les premiers mois de 1860, l'anxiété des catholiques continue. Les amis de F Univers refusent encore de croire à la défection de l'Empereur. Vous verrez, disent-ils, tout s'expliquera. On connaîtra bientôt sa vraie pensée. Cette pensée se laisse en effet entrevoir dans la célèbre brochure : le Pape et le Congrès, qui conclut à la nécessité de dépouiller Pie IX pour le mieux honorer, et, suivant l'expression pittoresque de Cochin, condamne Rome à n'être qu'une « lamaserie endormeuse et endormie, berçant les hommes sur ses genoux comme des enfants avec des cantiques, et les enivrant d'encens et d'eau bénite ». Mais la pensée impériale apparaît surtout dans la lettre de Napoléon III au Souverain Pontife, publiée le 11 janvier. « Quelque pénible que soit la solution, déclare cette lettre, ce qui me paraîtrait le plus conforme aux véritables intérêts du Saint-Siège, ce serait de faire le sacrifice des provinces révoltées... »

Il n'y a plus à douter, c'est l'abandon du pape. Quelle déception profonde pour les catholiques impérialistes ! Ils en restent d'abord stupéfaits. Tandis que certains prélats politiques ou timides interdisent d'aborder en chaire la question romaine (2) et adressent secrètement à l'Empereur

(1) Montalembert à Pie IX, 21 janvier 1860.

(2) Le prédicateur du carême à la cathédrale de Versailles écrit à Montalembert : « D'un côté, l'évêque (M?r Mabile) m'a défendu de parler du pape.

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