PIE IX ET LA FRANCE EN (849 ET EX
empêcher, la France n'aurait qu'un seul mot à dire, et ce mol elle doit le dire, puisqu'elle s'est engagée publiquement et solennellement à garantir le Pape contre toutes les conséquences de la guerre.
Montalembert réfute ensuite les prétextes invoqués pour justifier l'annexion des Romagnes et la politique impériale. On fait valoir la mauvaise administration pontificale, dont les Komagnols déclarent le joug insupportable. Certes, l'orateur ne prétend pas que tout soit parfait dans le gouvernement des États de l'Église ; il déclare avoir horreur de cette adulation puérile, de cet enthousiasme frivole qu'on voit régner chez tant d'écrivains religieux, dès qu'il s'agit d'un Pontife ou d'un prince de l'Église; mais la stricte équité oblige de reconnaître que le Pape est le souverain le plus irréprochable de son siècle :
« Quel serment a-t-il violé? Quelle constitution a-t-il abolie? Quel sang a-t-il versé? Quelle propriété a-t-il confisquée? Quel piège a-t-il tendu? Quel mensonge a-t-il proféré? Qui au monde a-t-il trompé ou persécuté? Il avait amnistié, sans exception, tous les anciens adversaires du Saint- Siège : ils l'en ont récompensé en le détrônant une première fois. Quelle liberté a-t-il détruite? Il les avait toutes données à son peuple avec une générosité qu'il ne faut pas cesser de bénir, quoiqu'elle ait paru imprudente à beaucoup : on s'en est servi pour assassiner son ministre, pour l'assiéger dans son palais, pour le contraindre à la fuite, pour le déclarer déchu de son trône. Enfin quelle bassesse a-t-il commise? Il est le seul souverain de l'Europe qui ait vu sa capitale occupée depuis dix ans par des troupes amies, mais étrangères : or, je le demande aux plus délicats et aux plus dédaigneux, quel prince a eu, pendant ces dix ans, une attitude plus noble, plus calme et plus digne? »
On parle de réformes, comme si les États de l'Église étaient le seul pays qui ait besoin de réformes, comme si toutes les réformes du monde pouvaient suffire à contenter un seul des ennemis du Saint-Siège ! Ce qu'on veut, c'est l'unité italienne avec Rome pour capitale. C'est à cette chimère fatale, aussi répugnante à la véritable politique de la France que contraire aux gloires passées de l'Italie, qu'on sacrifie des droits sacrés, garantis en même temps par la foi des traito et par nos meilleures traditions. Cet attentat du moins ne s'accomplira pas sans que les catholiques du monde entier,
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unanimes en faveur du droit pontifical, aient protesté de toute l'énergie de leur conscience :
« 11 se peut bien qu'il périsse, conclut Montalembert, ce vieil et saint édifice qui a résisté depuis onze siècles à tant d'orages; il se peut que le principat sacré aille rejoindre, dans une ruine commune, tout l'ancien droit de l'Europe, si opiniâtrement attaqué et si misérablement défendu. Cela est possible; tuut est possible ici-bas. Nul d'entre nous ne lie indissolublement l'existence de la papauté à celle du pouvoir temporel. Quoi qu'il arrive, nous savons que la papauté survivra, et avec elle notre foi et notre filial amour. La Providence, s'il le faut, saura bien trouver d'autres voies pour que l'indéfectible mis?ion de Pierre s'accomplisse,
« Fata viam invenient.
« Mais aussi, si l'on détruit cette condition si ancienne, si utile et si légitime de la suprême autorité spirituelle; si les souverains et les révolutionnaires se mettent d'accord, les uns pour l'ébranler et les autres pour la renverser, nous aurons toujours le droit de dire, jusque dans la postérité la plus reculée, qu'ils ont mai fait. Ce sera à la fois une faute et un crime, une ineptie et une injustice. Ce sera un mauvais but atteint par de mauvais moyens. Ce sera la plus éclatante violation, dans un siècle qui en a tant vu, du droit des gens, du droit public des nations civilisées. Ge sera la victoire de l'astuce et de la violence sur l'honneur, sur la faiblesse native, sur la bonne foi bafouée. Il est de mode, parmi nos grands publicistes, si complaisants pour les forts et si dédaigneux pour les faibles, il est de mode de se moquer des larmes et des foudres du Pape. Ah! nous le savons, les larmes du Pape ne touchent que ses enfants dociles, et ses foudres n'effrayent que ceux qu'elles ne menacent pas. Elles n'en sont pas moins les larmes de l'innocence et les foudres de la justice. On ne nous fermera la bouche ni longtemps ni toujours. Mille voix, dans l'Église et dans l'histoire, répéteront le Non licet de l'Évangile. Entendez bien : Non licet. Ce n'est rien, et c'est tout. Cela n'empêche rien dans le présent : cela détermine tout dans l'avenir, au jugement de Dieu comme au jugement des hommes. Cela n'a pas empêché Herode de faire ce qui lui a semblé bon; mais, après tout, qui voudrait avoir été Hérode? ... »
Montalembert en était là, lorsqu'une crise aiguë de son mal le reprenant, la plume lui tomba des mains. Son rendre, M. de Meaux, le vit entrer dans sa chambre, pâle et défiguré : « Je n'en puis plus, dit-il; je souffre trop. Voici mon article ; il n'est pas fini et je suis hors d'état de l'achever. Vous verrez quel parti on peut en tirer. » Ce fut M. de Meaux qui ajouta le trait final visant directement ' l'Empereur : « Cela n'a pas empêché Pilate de laisser triom
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