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Montcalm au combat de Carillon (8 juillet 1758)

La France et le Canada, qui s'apprêtent à rendre un éclatant hommage au marquis de Montcalm, ne sauront jamais trop honorer la mémoire de l'héroïque général et celle des vaillants soldats qui, à son exemple, versèrent généreusement leur sang pour le salut de la Nouvelle- France. Plus l'historien étudiera de près cette grande et noble figure de Montcalm, plus il pénétrera dans les sentiments et dans la vie intime de ses compagnons d'armes, et plus leurs brillantes qualités s'imposeront à son admiration. Sous Montcalm, officiers et soldats des bataillons de la Reine, de Guyenne, de Béarn, de Languedoc, de la Sarre, de Royal-Roussillon et de Berry, ont lutté sans faiblir contre une inexorable destinée. En les voyant à l'œuvre au combat de Carillon, en les voyant suspendre un instant, par leur seul courage, le cours de cette destinée fatale, il n'est pas de Français et de Canadien qui ne ratifiera ce jugement de M. de Cré-

milles, le lieutenant général qui présidait, en 1755, à l'embarquement de nos troupes pour le Canada : « Aucun souverain de l'univers ne peut avoir d'infanterie plus brave et plus fidèle (1) ».

Avant d'aborder le récit de la victoire de Montcaim à Carillon, il faut connaître la situation du Canada et des troupes chargées de sa défense au début de 1758.

Communiquant à l'Angleterre et à ses colons sa mâle énergie, Pitt mettait tout en œuvre pour porter un dernier coup à la puissance française dans l'Amérique septentrionale. Tandis qu'il donnait à l'amiral Boscawen une flotte et un corps de débarquement formidables pour réduire Louisbourg, le Dunkerque de nos possessions d'outre-mer, la porte du Canada sur l'Océan Atlantique, il méditait encore l'invasion de la Nouvelle - France par le continent (2). A cet effet, une armée d'environ 16,000 hommes, comptant dans ses rangs près de 10,000 miliciens et plus de 6,000 réguliers, aux ordres du major général Abercromby, devait marcher sur Montréal par le lac Champlain et la rivière Richelieu, en enlevant au passage les deux principaux points d'appui de la colonie dans cette région, le fort Carillon et le fort Saint-Frédéric, tous deux bâtis sur les bords du lac Champlain. Enfin le brigadier John Forbes, avec environ 7,000 hommes, dont près de 2,000 réguliers, devait chasser les Français de la vallée de l'Ohio, en faisant

(1) M. de Crémilles à d'Argenson, Brest, 12 avril 1755 (A. H. G., vol. 3404).

(2) Voir le croquis pour l'intelligeDce de la campagne de 1758 au Canada.

tomber leur poste le plus important sur cette rivière, le fort Duquesne (1).

Aux 23,000 combattants que les Anglais pouvaient mettre en ligne sur le continent, le gouverneur du Canada, M. de Vaudreuil, ne pouvait opposer que huit bataillons des troupes de terre, faisant 3,800 hommes ; quarante compagnies franches de la marine présentant un peu plus de 2,000 hommes; 3,000 ou 4,000 miliciens recrutés parmi les Canadiens, et quelques sauvages, soit environ 10,000 hommes (2).

Les troupes de terre étaient aux ordres du marquis de Montcalm, maréchal de camp. Entré au service en 1721, à 13 ans, en qualité d'enseigne au régiment du Hainaut dont son père était lieutenant-colonel, Montcalm appartenait à une famille de Rouergue sur laquelle courait ce glorieux dicton : « La guerre est le tombeau des Montcalm (3) ». Blessé en 1746, comme colonel du régiment d'Auxerrois, à la bataille de Plaisance, où il avait rallié plusieurs fois son régiment sous les charges de la cavalerie autrichienne, et, en 1747, à la furieuse attaque des retranchements de l'Assiette, Montcalm s'était acquis l'estime des généraux qui l'avaient vu combattre sous leurs ordres, de Chevert et du maréchal de Belle-Isle entre autres. Choisi par d'Argenson, au début de 1756, pour remplacer le baron de Dieskau, le commandant des troupes de terre au Canada qui avait été blessé et fait prisonnier par les Anglais l'année précédente, Montcalm avait prouvé par d'importants succès, la prise du fort de Chouaguen en 1756, celle du fort William Henry (ou fort Georges) en 1757,

(1) Francis Parkman, Montcalm and Wolfe, t. II, p. 56, 88, 132.

(2) Ces chiffres ressortiront de la suite de cette étude.

(3) De Bonnechose, Montcalm et le Canada français, p. 30.

qu'il était entièrement cligne de ce choix. Gomme chef, il possédait les qualités qui attirent l'affection : un souci extrême du bien-être du soldat, un souci non moins grand de l'avancement de ses officiers, sur lesquels il ne se lassait pas d'attirer les récompenses du souverain lorsqu'ils s'en montraient dignes. Ses instructions et ses ordres, sobres, pleins de clarté, sont des modèles où se révèlent une grande entente des détails et une profonde connaissance de l'art militaire de son temps. Payant de sa personne, brave jusqu'à la témérité, Montcalm donnait l'exemple de l'endurance aux fatigues et aux privations, du mépris du danger. Dans ses yeux noirs, dont la poudre de la coiffure faisait ressortir l'éclat, brillait l'intelligence. « Ah ! que tu es petit ! s'écriait un chef sauvage qui l'apercevait pour la première fois, mais je vois dans tes yeux la hauteur du chêne et la vivacité des aigles (1) ».

Le caractère de Montcalm ne le cédait point à ses qualités militaires. Des convictions solides, un ardent amour de la France, un sentiment élevé de l'honneur, un désintéressement à toute épreuve, en constituaient les traits saillants. Nourri des lettres grecques et latines, tout imprégné de la lecture de Plutarque et de Corneille, il avait la grandeur d'âme de leurs héros. Dans ses lettres au style rapide, elliptique, il se révèle débordant d'action, plein de verve et d'une fine ironie, s'intéressant aux choses de l'esprit. Par plus d'un côté, Montcalm se rattache aux Français de son siècle, de ce XVIIIe siècle si brillant, si séduisant, mais il est aussi et surtout un soldat de fîère mine, un des rares officiers de son temps qui osent encore viser au grand (2).

(I) Garneau, Histoire du Canada, t. II, p. 338.

(°2) « Héros s'il en fût jamais, et si simple, si grand, si complète-

Depuis deux ans que Montcalm était au Canada, sa nature droite était soumise à une rude épreuve. Sous ses yeux s'étalaient chaque jour, avec plus d'impudence et de hardiesse, les concussions et les vols éhontés qui rongeaient la colonie et devaient, être la cause première de sa perte. Le Canada était un corps malade qu'une administration corrompue achevait de ruiner. Un homme d'une haute intelligence, dénué de scrupules, l'intendant Bigot, tenait dans ses mains toutes puissantes les finances de la colonie. Cet homme avide avait groupé autour de lui des gens nécessaires à ses vues, qui avaient envahi tout le commerce extérieur et intérieur de la colonie. Sous son couvert s'était constituée une société, « la Grande Société », qui s'était emparée de toutes les branches d'échange, de tous les postes, de la fourniture des vivres et du bois, des transports, des travaux publics, de la traite avec les sauvages. Le Roi aurait vu accourir à lui non seulement les sauvages du Canada mais encore ceux de l'Amérique entière, si le quart des marchandises qu'on leur supposait remises en son nom leur avait été réellement délivré (1). Aucun navire n'entrait dans le Saint-Laurent, sans que sa cargaison ne fût aussitôt achetée par Bigot et ses affiliés ; entreposée à Québec dans la maison que le peuple avait justement dénommée « La Friponne (2) » ; échangée de main en main, avec un agiotage croissant, entre les membres de la grande société, et cédée finalement au

ment pur! Montcalm, c'est le soldat idéal! », a dit M. Roujon (En marge du « Temps », p. 218).

(1) .Montcalm à M. de Grémilles, Montréal, 12 avril 1759 (A. H. G., vol. 3540).

(2) Passant en revue les manœuvres de la Grande Société, les Mémoires sur le Canada depuis 1749 jusqu'à 1760 s'expriment ainsi (p. 36) : « . . .On trouva encore le moyen de fournir plusieurs fois la même marchandise au Roi et toujours de la lui faire acheter plus cher:

(i MONTCALM AU COMBAT DE CARILLON

Roi, par son dernier possesseur, à un prix scandaleux (1).

Cet exemple pernicieux trouvait des imitateurs dans les employés de tout genre, garde-magasins, commis, qui avaient ouvertement adopté cette maxime que voler le Roi était chose licite. Comme s'ils avaient prévu la chute prochaine du Canada, ils se précipitaient à la curée de cette malheureuse colonie, récoltant fiévreusement, dans une impunité complète, les fruits de leurs rapines. Au milieu des ruines et de la misère publique, Bigot tenait un train fastueux, jouait un jeu à faire frémir, tandis que la cour de ses adulateurs se pressait autour de sa maîtresse, Mme Péan, la « sultane » dispensatrice des grâces et des faveurs. C'était la femme d'un petit officier de la colonie, qui, fermant complaisamment les yeux sur les amours de l'intendant, avait reçu comme récompense une part importante dans l'entreprise des vivres et avait criminellement amassé, en peu d'années, une fortune de plusieurs millions. Avec Péan, ce « Yerrès » (2) de la colonie, rivalisaient les autres protégés de Bigot, gens

c'étaient des coups concertés entre ceux qui les avaient en maniement et à qui rien n'échappait. Le peuple cependant s'aperçut bien de l'objet de ce nouvel établissement et nomma, par dérision, cette maison « La Friponne ».

(1) Le 29 août 1759, ouvrant enfin les yeux sur les agissements coupables de l'intendant Bigot, le Ministre de la Marine lui adressait ce blâme sévère : « Je n'ai entendu et je n'ai vu, par les lettres que j'ai reçues, qu'un agiotage continuel de denrées et d'effets où celui qui les vend au Roi ou aux particuliers, de la dernière main, les vend dix fois plus qu'elles n'ont coûté en France. Dans le premier cas, quelle infidélité dans l'administration par la dépense énorme qu'on fait faire au Roi, et, dans le second, quelle concussion à l'égard d'un peuple déjà assez malheureux par la guerre! » [Archives du Ministère des Colonies (A. M. G.), B. vol. 109].

(2) Journal du marquis de Môntcalm, publié par l'abbé Gasgrain, p. 488.

de bas étage, parvenus pleins d'insolence et de cynisme : Deschenaux, son secrétaire, Varin, trésorier de la marine, Martel, garde-magasin de Montréal, et le petit bossu Maurin, « commis à cent écus, avorton de nature, escargot par la figure, voyageant avec une suite de calèches et de carrioles, dépensant plus en voitures, en harnais, en chevaux, qu'un jeune fermier fat et étourdi (1) »; enfin Cadet, boucher transformé en munitionnaire général, convaincu plus tard d'avoir, avec ses complices, revendu au Roi, pour la somme de vingttrois millions, ce qui ne lui avait coûté que onze millions (2).

Telle était la bande de coquins qui s'attachaient comme des vautours insatiables aux flancs du Canada et en précipitaient la perte. Le nombre de ces fripons se grossissait encore de certains officiers de la colonie qui en avaient adopté les mœurs. Le service de l'artillerie était aux ordres d'un capitaine Le Mercier, arrivé comme soldat au Canada, maître d'école pendant quelque temps à la petite ville de Beauport, intrigant dangereux, sans talents et sans conscience. Débarqué les mains vides, il avait amassé, dès 1758, une fortune qu'on estimait à 700,000 livres. Un ingénieur, sans pratique aucune de son art, M. de Lotbinière, dirigeait les travaux de fortification au Canada. x\rtilleur et ingénieur ne songeaient qu'à accroître leurs richesses, trouvant même une source de profits à prolonger les travaux de leur ressort, car ils entraient, sous des prête-noms, dans tous les marchés et se réservaient une part de bénéfice frauduleux dans les constructions, les fournitures d'outils, les transports de matériaux, et même dans la vente

(1) Journal du marquis de Montcahn, publié par l'abbé Cisgrain, p. 488.

(2) Casgrain, Montcahn et Lévis, t. 1, p. 323.

de l'eau-de-vie et du vin aux travailleurs sous leurs ordres (1).

Le gouverneur général, le marquis de Yaudreuil, aurait peut-être pu mettre un frein à ce débordement de friponneries et de vols, mais il lui manquait l'indépendance et la fermeté de caractère nécessaires pour le refréner. Il aimait mieux fermer les yeux sur cette corruption qui montait comme un immense torrent jusqu'à son entourage immédiat et qui n'épargnait pas son propre frère, M. de Rigaud de Vaudreuil, le gouverneur de Montréal (2). Si sa conduite désintéressée le mettait

(1) Les Mémoires du temps, entre autres les importants Mémoires sur le Canada depuis 1749 jusqu'à 1760 (publiés sous la direction de la Société littéraire et historique de Québec en 1838) ; le Journal de Bougainville, aide de camp de Montcalm {La Jeunesse de Bougainville et la guerre de Sept-Ans, par M. de Kérallain) ; celui de l'ingénieur Desandrouins (Le maréchal de camp Desandrouins, par l'abbé Gabriel) et de l'aide-major du régiment de Béarn, M. de Malartic (Journal des campagnes au Canada de 1755 à 1760, publié par le comte de Malartic et M. Gaffarel) ; les lettres de l'ingénieur en chef de la Nouvelle- France, M. de Pontleroy, conservées au Ministère des Colonies, celles du commissaire des guerres, Doreil, conservées au Ministère de la Guerre, etc., démontrent le bien-fondé des plaintes indignées que Montcalm ne cesse d'élever, dans ses lettres et dans son Journal, contre les agissements de la grande société et contre ceux de ses imitateurs, Le Mercier et Lotbinière.

(2) On lit, dans le Journal du marquis de Montcalm, à la date du 10 décembre 1757 (p. 324) : « M. Bigot m'a dit que le détachement de M. de Rigaud, de l'hiver dernier, avait coûté 200,000 livres de dépenses extraordinaires »; et, à la date du 10 décembre 1758 (p. 490) : « Au poste delà baie qui appartient à M. de Rigaud...., et exploité par M. de Couteret, lieutenant, neveu dudit M. de Rigaud, quoique ce poste ait fait pour 50,000 écus de pelleteries et qu'il n'y ait pas eu pour 30,000 livres de frais, cet officier a présenté pour 500,000 livres de certificats que le marquis de Vaudreuil a signés. L'intendant, accoutumé cependant à tout passer, s'est récrié et n'a voulu donner que pour 40,000 livres de lettres de change au premier terme. Enfin, à

personnellement à l'abri des soupçons, sa condescendance coupable n'en avait pas moins le funeste effet d'enhardir les auteurs des malversations et des vols. Lent dans ses décisions, manquant souvent des précautions les plus élémentaires, M. de Yaudreuil était en outre incapable de conjurer les difficultés d'une situation critique qui eût réclamé un redoublement d'activité et de prévoyance. Au dire du commissaire des guerres Doreil, juge honnête et intègre, c'était « un général qui a les intentions bonnes, droites, qui est doux, bienfaisant, d'un abord facile et d'une politesse toujours prévenante, mais les circonstances et la besogne présentes sont un peu trop fortes pour sa tête. Il a besoin d'un conseiller dégagé de vues particulières et qui lui suggère le courage d'esprit (1) ».

Par malheur, M. de Yaudreuil avait le grave tort de ne donner sa confiance qu'à des charlatans et à des empiriques. Péan, Lotbinière, Le Mercier, des individus tarés et sans lumières, étaient ses conseillers favoris. Il s'inspirait de leurs vues pour ses projets de campagne tandis que Montcalm ne connaissait souvent les plans du gouverneur que par la voix publique, ou n'était consulté que pour conjurer un danger pressant. Ces funestes conseillers savaient que M. de Vaudreuil avait vu venir avec regret au Canada un général des troupes de terre (2) ;

force de sollicitations, on a arrangé cette affaire à 200,000 livres de certificats pour dépenses imaginaires. Le sieur de Gouteret a produit les

lettres de M. Rigaud qui lui marquait de faire force certificats

Jamais le vol et la licence n'ont été aussi loin ».

(1) Le commissaire des guerres Doreil à M. de Paulmy, Montréal, 28 octobre 1755 (A. H. G., vol. 3405).

(2) Le 30 octobre 1755, M. de Vaudreuil demandait au Ministre de la Marine d'appuyer ses représentations sur l'inutilité d'avoir un officier général à la tête des bataillons des troupes de terre, détachés au Canada (A. M. C, Cn, vol. 100).

ils exploitaient sa propension à ne voir en tout et partout que les Canadiens, ses compatriotes, au détriment des bataillons français; ils entretenaient habilement sa jalousie contre le brillant officier qui dominait sa faiblesse de la supériorité du génie; enfin, ils ne négligeaient rien pour cacher à Montcalm l'état de la colonie, ses besoins, ses ressources, et le réduire à un rôle effacé et humiliant.

Abreuvé par eux de dégoûts, Montcalm n'en avait pas moins essayé maintes fois de faire entendre sa voix.

« Rien n'échappe à sa prévoyance et à son zèle,

écrivait M. Doreii au Ministre de la Guerre, à la date du 22 octobre 1757, mais que peut-il faire ainsi que moi? Des représentations contre lesquelles on est toujours en garde et qui ne sont presque jamais écoutées (1) ». De guerre lasse, Montcalm en était venu à désirer son rappel a d'un pays où le général ne sera occupé que de diminuer la part que les troupes de terre et moi pouvons avoir aux succès et nous charger des événements qui pourraient être malheureux (2) ». L'une de ses premières lettres adressées à M. de Crémilles, le lieutenant général que le maréchal de Belle -Isle s'était adjoint au Ministère de la Guerre, contient, avec des recommandations en faveur de ses officiers, l'expression de son désir d'être rappelé en Europe : « Ce que j'ai de plus à cœur, c'est que l'on accorde les grâces que je propose aux

troupes qui servent sous mes ordres Je serais fort

aise de mon retour : c'est la plus grande que l'on peut m'accorder et la seule que j'ambitionne (3) ».

(1) Le commissaire des guerres Doreii au Ministre de la Guerre, Québec, 22 octobre 1757 (A. H. G., vol. 3457).

(2) Montcalm à M. de Moras, Ministre de la Marine, Montréal, 41 juillet 1757 (A. M. G., Çfll vol. 102).

(3) Montcalm à M. de Crémilles, Montréal, 16 juin 1758 (A. H. G., vol. 3498).

En attendant une occasion favorable pour poser nettement au Ministre de la Guerre lui-même la question de son retour en France, Montcalm avait une trop haute idée de son devoir de soldat pour ne point se consacrer sans réserve à la défense du Canada. Mieux que personne, il sentait l'importance de garder au Roi cette belle colonie, si riche par son sol, ses lacs, ses forêts, et dont les 80,000 habitants témoignaient d'un sincère attachement à la mère patrie : « Quelle colonie ! Quel peuple quand on voudra ! Quel parti à en tirer pour un Colbert ! écrivait-il au Ministre de la Marine, le 11 juillet 1757 Ils ont tous foncièrement de l'esprit et du courage, mais jusqu'à présent rien n'a animé cette machine ni servi à développer des germes qui existent (1) ».

Les Canadiens naissaient soldats. Dès l'âge de 16 ans, ils étaient inscrits sur les rôles de la milice. Canotiers et tireurs adroits, chasseurs endurcis à la fatigue, ils excellaient dans les coups de main, dans la guerre de bois et d'embuscades. Vaudreuil, toujours porté à vanter leurs services et à leur attribuer le succès de toutes nos entreprises, oubliait trop souvent que la guerre avait pris, au Canada, un caractère différent des expéditions faciles d'autrefois, accomplies en quelques jours, où une poignée de Canadiens et de sauvages suffisaient pour mettre les Anglais en déroute. Les opérations dans le Nouveau-Monde se rapprochaient maintenant de celles des guerres d'Europe par l'importance des effectifs et de l'artillerie mis en ligne et par les procédés méthodiques qu'exigeaint les sièges et les défenses des places. Ces opérations obligeaient à rester de longs mois en campagne, à combattre en formations réglées, à passer de l'offensive à la défensive , à donner sans cesse des

(1) Montcalm à M. de Moras, Montréal, 11 juillet 1757 (A. M.. C, C„, vol. 102).

preuves de cette patience, de « ce courage de constance », comme on disait alors, que les Canadiens étaient loin de posséder au même degré que les troupes de terre.

Des abus se glissaient malheureusement dans l'emploi de ces milices et s'opposaient à ce que la colonie retirât de leurs services tout le fruit qu'elle était en droit d'en attendre. Sans compter les hommes nécessaires aux travaux indispensables des champs, qu'il fallait laisser dans leurs paroisses ou renvoyer à l'époque de la moisson, il arrivait qu'un grand nombre de miliciens trouvaient à servir ailleurs qu'à l'armée. Montcalm indique clairement dans son Journal les raisons du petit nombre des miliciens présents à l'armée : « Premièrement, on commande un certain nombre d'habitants de la meilleure espèce pour aller à la guerre. On les inscrit sur les rôles ; on les équipe en conséquence. Les voilà prêts à partir. Alors on leur offre le choix ou de s'engager à un très bas prix pour aller à la mer de l'Ouest, à la baie, etc. , ou de « marcher au feu ». C'est le terme dont on se sert ici, et qu'on trouve fort expressif. Leur choix n'est ni long ni douteux. Ils s'engagent pour les postes, et l'on dit qu'ils sont à la guerre ; les rôles en font foi.

« Deuxièmement, le munitionnaire a besoin de monde, et même en grande quantité, pour ses transports. Au lieu d'avoir évalué le nombre nécessaire, de l'avoir tiré de la totalité des milices et engagé pour toute la campagne, on commande des miliciens pour la guerre; on les met sur les rôles de l'armée ; ensuite on les exempte d'y aller, à condition qu'ils feront gratis deux ou trois voyages pour le munitionnaire. De là s'ensuit que l'armée paraît nombreuse et qu'il n'y marche réellement que la plus mauvaise espèce d'hommes et que les paroisses sont foulées (1) ».

(1) Journal du marquis de Montcalm, p. 421 et 422.

S'il était difficile de réunir à l'armée plus de 3,000 miliciens et de les y garder pendant toute la durée d'une campagne, les sauvages étaient aussi des auxiliaires sur lesquels il était impossible de compter pour les opérations de longue durée. A la première escarmouche, à la première chevelure tombée sous leur tomahawk, ils parlaient souvent de s'en retourner vers leurs cabanes. Force était d'user avec eux de patience, d'affronter leurs longs conseils, de les retenir par des présents et par des paroles flatteuses, car ces alliés incommodes étaient d'un secours précieux, indispensable même, pour servir de guides et d'éclaireurs, pour éventer les embuscades, dans ces contrées couvertes de forêts et à peine connues. Dès les premier jours, Montcalm avait su pénétrer le génie capricieux de ces nations aux actes impulsifs, au langage plein d'images et de poésie. Il s'était mis rapidement au fait de leurs mœurs, avait adopté leurs discours et produit une si profonde impression sur leurs guerriers qu'ils croyaient, en l'écoutant, entendre le Manitou des combats. Assuré de la confiance des Canadiens et des sauvages, le général français était en droit d'écrire au Ministre de la Guerre, le 47 septembre 1757 : « Vis-à-vis des premiers, quand je voyage ou dans les camps, j'ai l'air d'un tribun du peuple. Mes succès, que tout autre aurait eus, et la grande connaissance des mœurs des sauvages, l'attention que j'ai vis-à-vis d'eux m'a attiré leur affection (1) ».

Montcalm pouvait faire plus de fonds sur les troupes de la marine qui comptaient quarante compagnies franches au Canada. Ces compagnies n'étaient qu'au nombre de trente au début de 1756, mais une ordonnance royale, du 14 mars 1756, avait prescrit d'en porter le nombre à

(1) A. H. G., vol. 3457.

quarante, chose rendue possible en 1757 par l'arrivée de 1,100 recrues sur lesquelles M. de Vaudreuil avait prélevé 750 hommes pour les troupes de la marine (1). Au complet, chaque compagnie devait comprendre 65 hommes, mais il s'en fallait que ce chiffre fût atteint dans plusieurs. On peut, avec vraisemblance, évaluer à moins de 2,200 hommes l'effectif des troupes de la marine au début de 1758 (2). D'une grande bravoure, ces compagnies isolées, sans lien permanent entre elles, le cédaient en discipline et en cohésion aux bataillons des troupes de terre (3).

Ces dernières comprenaient huit bataillons, appartenant aux seconds bataillons des régiments de Guyenne, Béarn, Languedoc, la Reine, la Sarre, Royal-Roussillon, aux deuxième et troisième bataillons du régiment de Berry.

De ces bataillons, les quatre premiers étaient débarqués au Canada en 1755, la Sarre et Royal-Roussillon en 1750, Berry en 1757.

(1) Montcalm au Ministre de la Guerre, Québec, 18 septembre 1757 (A. H. G., vol. 3457).

(2) Le 29 octobre 1757, M. de Vaudreuil écrivait au Ministre de la Marine : « Les compagnies des troupes du détachement de la marine ne sont point complètes. Les dix nouvelles compagnies ne sont qu'à 40 hommes au lieu de 65. Pour ce seul objet, il manque 250 hommes. Il s'en faut encore de 150 hommes que les autres compagnies soient complètes » (A. M. G., Cn, vol. 102).

(3) En demandant au Ministre de la Marine, le 30 octobre 1757, d'organiser les 40 compagnies franches de la marine en quatre bataillons, M. de Vaudreuil disait : « Il règne, dans les troupes de la colonie, une confusion, un désordre auxquels rien ne peut remédier L'indépendance de ces compagnies entre elles est la véritable source du mal. La manutention générale n'en étant confiée à personne, le soldat ne connaît plus ombre de discipline » (A. M. G., Cu, vol. 102).

(8 JUILLET 4758). ïo

Jamais troupes ne montrèrent autant de bonne volonté que ces bataillons à leur départ de France, et cependant le comte d'Argenson, Ministre de la Guerre, n'avait pas vu sans une vive appréhension la décision prise par Louis XY, au début de 1755, d'envoyer des troupes de son Département au Canada. C'était la première fois qu'un corps aussi considérable était prélevé sur Farinée de terre pour la défense de colonies lointaines : aux quatre bataillons de Guyenne, Béarn, Languedoc et la Reine, spécialement destinés à la Nouvelle-France, s'ajoutaient en effet deux bataillons d'Artois et de Bourgogne, appelés à défendre Louisbourg, la capitale de l'Ile-Royale.

En confiant à M. de Crémilles, lieutenant général, le soin de présider à l'embarquement de ces bataillons à Brest, d'Argenson lui avait enjoint de remplacer les hommes qui manqueraient au complet des compagnies par des volontaires pris dans le premier bataillon de chaque régiment. Craignant même que le nombre de ces volontaires ne fût point suffisant, d'Argenson avait résolu de compléter au besoin les compagnies embarquées avec les hommes de deux bataillons de milice de Bretagne (ceux de Vannes et de Carhaix) mis à la disposition de M. de Crémilles. A l'exemple du Ministre, cet officier général s'attendait à remplir une besogne pleine de désagréments. Grande fut sa surprise de voir l'empressement que témoignèrent, le 4 avril 1755. les soldats du bataillon de Guyenne,* appelés à s'embarquer les premiers. Non seulement tous les officiers et soldats témoignèrent « beaucoup de gaieté et une volonté admirable », mais, lorsque M. de Crémilles voulut compléter leur nombre avec des soldats pris au premier bataillon, plus des trois quarts de ce bataillon demandèrent encore « à s'embarquer, en sorte qu'il n'y a pas un soldat qui ne marche de son plein gré et qui ne se soit offert ». Trois capitaines, qui avaient fait valoir des raisons plausibles

pour ne pas suivre leurs compagnies, avaient été sur-lechamp remplacés par trois officiers de bonne volonté (1).

Le surlendemain, à l'embarquement du second bataillon de Languedoc, M. de Grémilles ne fut occupé qu'à juger les contestations entre les soldats du premier bataillon qui se pressaient en foule pour se joindre à leurs camarades (2).

Le 8 avril, vint le tour du bataillon de Béarn. On s'était plu à représenter au Ministre ce régiment comme marquant peu de bonne volonté. M. de Crémilles s'empressa de démentir ces faux bruits. « Tous indistinctement se sont présentés, écrivait-il le même jour au Ministre de la Guerre, et il n'y a eu de précaution à prendre que celle de ne pas écraser absolument le bataillon qui reste en lui ôtant entièrement tous ses anciens soldats. Au reste, Monseigneur, les hommes qui se sont embarqués jusqu'ici sont beaux et bons, mais il faut avouer que le 2e bataillon de Béarn l'emporte sur les autres par la beauté et l'élévation des hommes, ainsi que par la façon dont il est habillé et équipé (3) ».

Enfin, à l'exemple des bataillons de Bourgogne et d'Artois, le bataillon de la Reine s'embarquait le dernier, le 44 avril 1755, « avec toutes les démonstrations de joie les plus grandes et de la bonne volonté la plus décidée (4) ». Loin d'avoir eu besoin de faire appel aux

(1) M. de Grémilles à d'Argenson, Brest, 5 avril 1755 (A. H. G., vol. 3404).

(2) Le même au même, Brest, 6 avril 1755 (Ibid.).

(3) Le même au même, Brest, 8 avril 4755 (Ibid.).

(4) Le même au même, Brest, 14 avril 1755 (Ibid.). — M. de Crémilles se laissait toucher par les supplications d'un sergent, le nommé Pierre Toussaint, du Ier bataillon du régiment de la Reine, qui sollicitait la faveur de s'embarquer comme fusilier, dût-il être placé à la queue d'une compagnie. Il le faisait mettre en surnombre dans une des compagnies embarquées, en priant le commissaire des guerres, M. Do-

miliciens des bataillons de Vannes et de Carhaix, M. de Crémilles avait été témoin d'un zèle et d'une ardeur qui lui avaient rendu sa tâche aussi aisée qu'agréable. Aussi ne tarissait-il point d'éloges sur la bonne volonté de tout le corps d'embarquement. « Il y a actuellement, sur les vaisseaux du Roi, six bataillons entièrement complets en officiers et en soldats, parmi lesquels je ne crois pas qu'il y en ait un seul qui ne soit bien déterminé à sacrifier sa vie pour soutenir la gloire et "les intérêts de son maître. Qu'il est doux pour moi, Monseigneur, d'avoir été le témoin et l'instrument dont vous avez daigné vous servir pour l'exécution d'un événement qui fera à jamais

un honneur infini à la nation française (1) ».

Partis à l'effectif de 525 hommes (une compagnie de grenadiers de 45 hommes, douze compagnies de fusiliers de 40 hommes), les bataillons de la Reine, Languedoc, Béarn et Guyenne, débarquaient à Québec à la fin de juin 1755. Ils avaient perdu 33 morts durant la traversée, et deux autres en arrivant à Québec (2). En outre, deux vaisseaux qui portaient la compagnie de grenadiers et trois compagnies de fusiliers de chacun des bataillons de Languedoc et de la Reine, avaient été capturés, le 8 juin 1755, par la flotte de l'amiral Boscawen, si bien que la situation des quatre bataillons ne présentait plus, le 25 juillet 1755, que 118 officiers ou assimilés, 1,734 sergents, grenadiers et fusiliers, auxquels il faut joindre 135 domestiques, femmes et enfants (3).

reil, de le passer comme sergent à son arrivée à Québec [Le commissaire des guerres Doreil au Ministre de la Guerre, Québec, 26 juillet 1755 (A. H. G., vol. 3404)].

(1) M. de Crémilles à d'Argenson, Brest, 14 avril 1755 (Ibid.).

(2) Le commissaire des guerres Doreil à d'Argenson, Québec, 6 juillet 1755 (Ibid.).

(3) État joint à la lettre du commissaire des guerres, Doreil, Québec, 25 juillet 1755 (Ibid.).

Au Canada, l'entrain de nos soldats ne se démentit pas un seul instant. L'aide-major du régiment de Béarn, M. de Malartic, constatait, le 6 octobre 1755, que « le soldat a la même volonté qu'il avait à Brest (1) ». Son témoignage était confirmé, le 28 octobre 1755, par le commissaire des guerres Doreil, qui écrivait au Ministre de la Guerre : « Les troupes sont de la meilleure volonté; elles soutiennent avec une constance et un zèle infinis les peines et les fatigues auxquelles elles ont été exposées sans interruption depuis leur arrivée (2) ».

Une preuve indubitable de cet excellent esprit réside dans le fait qu'à la fin d'octobre 1755 aucun soldat ne s'était encore mis dans le cas d'être traduit devant un conseil de guerre, et que, pendant les deux premières années de leur séjour au Canada, les troupes de terre n'eurent qu'un seul homme jugé par un tribunal militaire (3). Le gouverneur, le marquis de Vaudreuil, s'accordait aussi à rendre « de très bons témoignages de la conduite des bataillons de la Reine, Languedoc, Guyenne et Béarn (4) », ainsi qu'il l'écrivait au Ministre de la Guerre, le 8 juin 1756.

Comme les hostilités prenaient chaque jour plus d'importance en Amérique et que les troupes de terre avaient perdu leur chef, le baron de Dieskau, tombé aux mains des Anglais, la cour de Versailles faisait embarquer avec Montcalm, au mois de mars 1756, les seconds bataillons des régiments de la Sarre et de Royal-Roussillon. On vit se renouveler, à leur arrivée à Brest, les scènes d'enthousiasme et d'émulation qui avaient marqué le départ

(1) M. de Malartic à d'Argenson, 6 octobre 1755 (A. H. G., vol. 3404).

(2) A. H. G., vol. 3404.

(3) Le commissaire des guerres Doreil à M. de Paulmy, Québec, 30 avril 1758 (A. H. G., vol. 3498).

(4) A. H. G., vol. 3417.

des premières troupes destinées au Canada. L'officier général, M. de Cursay, chargé du complément de ces deux bataillons, mandait à d'Argenson, le 25 mars 1756 : « Le second bataillon du régiment de la Sarre s'est embarqué ce matin. Il a marqué une joie excessive, et, s'il y a là-bas des soldats qui aient autant de bonne volonté, on peut compter sur les plus heureux succès. Il y a eu un officier qui a mis toute sa fortune pour en engager un autre à quitter et lui céder sa place pour passer en Amérique (1) ». Présent à l'embarquement du bataillon de la Sarre, Montcalm écrivait de son côté au Ministre de la Guerre, le 24 mars 1756 : « On ne peut rien ajouter à la bonne grâce, à l'air de satisfaction et de gaieté, avec lesquels l'officier et le soldat se sont embarqués (2) ». Deux jours plus tard, il faisait le même éloge du bataillon de Royal-Roussillon, qui « vient de s'embarquer avec beaucoup de zèle, tant de la part de l'officier que du soldat... Ce régiment m'a paru beau, bien tenu et bien exercé (3) ».

Sous Montcalm, dès leur première campagne, les bataillons français ne rivalisèrent point seulement avec les Canadiens d'endurance au froid, à la fatigue et aux privations ; on les vit encore se consacrer, en dehors des opérations contre l'ennemi, et à l'exemple des légions romaines, « à divers travaux de fortification et grands chemins nécessaires en temps de guerre et utiles en temps de paix (4) ». Leur général résumait admirablement, en ces termes, les services signalés qu'ils avaient rendus au cours de deux campagnes : « Il importe au

(1) A. H. G., vol. 3417.

(2) Ibid.

(3) Ibid.

(A) Montcalm à M. de Paulmy, au camp sous les ruines du fort William Henry, 15 août 1757 (A. H. G., vol. 3457).

service du Roi que des troupes expatriées soient bien traitées, surtout quand elles servent avec autant de zèle et qu'elles se prêtent à tout : guerre, travaux, réduction de vivres, marches, expéditions avec la peau d'ours, détachements d'hiver sur les glaces (1) ».

Dans le cours de l'année 1757, de nouveaux renforts parvinrent à Montcalm : les deuxième et troisième bataillons du régiment de Berry, d'abord destinés à passer aux Indes sur le pied de neuf compagnies à 60 hommes par bataillon, s'embarquèrent à Brest pour le Canada, en avril 1757, au nombre de 59 officiers, 1,033 sergents, grenadiers et fusiliers, et de 26 domestiques (2).

Un peu plus tard partirent de France huit compagnies levées pour remplacer les huit compagnies des régiments de la Reine et de Languedoc qui avaient été faites prisonnières, en 1755, pendant le passage de ces régiments en Amérique.

Les deux bataillons de Berry arrivèrent à Québec fort éprouvés par la traversée, après avoir laissé 91 malades à Louisbourg et perdu 40 morts en cours de route. Ils encombrèrent l'hôpital de Québec de plus de 200 malades, dont un grand nombre périrent en dépit des soins dévoués dont ils furent entourés. A la date du 16 septembre 1757, ils étaient réduits à 822 hommes (3).

Les huit compagnies de remplacement, destinées aux régiments de la Reine et de Languedoc, étaient aussi arrivées très faibles, avec un total de 255 hommes, si

(1) Montcalm à M. de Paulmy, au camp sous les ruines du fort William Henry, 15 août 1757 (A. H. G., vol. 3457).

(2) Récapitulation de l'embarquement des deuxième et troisième bataillons de Berry par le commissaire des guerres Gapet, Brest, 11 avril 1757 (A.. H. G., vol. 3457).

(3) M. Doreil à M. de Paulmy, Québec, 16 septembre 1757 (A. H. G., vol. 3457).

bien que l'effectif des troupes de terre, au 1er octobre 1757, atteignait seulement 3,988 hommes (1).

Du 1er novembre 1756 au 1er octobre 1757, les troupes de terre n'avaient reçu que 369 recrues arrivées de France, et 7 recrues faites dans la colonie (2). Aussi, loin de pouvoir se conformer à l'ordonnance du 25 février 1757 qui augmentait de 10 hommes les compagnies des six bataillons de la Reine, la Sarre, Guyenne, Languedoc, Royal-Roussillon et Béarn, Montcalm avait dû se réduire à porter les compagnies de ces bataillons à 39 hommes en moyenne, au lieu d'atteindre le chiffre de 50 hommes (3).

Les recrues venues de France en 1757 étaient « un ramassis de mauvaise espèce (4) ». Les huit compagnies distribuées entre les régiments de la Reine et de Languedoc comptaient aussi dans leurs rangs plus d'un élément taré. Montcalm, aux yeux duquel le maintien de la discipline primait tout, n'hésita pas à procéder à de nombreux exemples. Durant l'hiver de 1757 à 1758, il fit juger, « par la justice ordinaire ou par le conseil de

(1) Ces 3,988 hommes étaient ainsi répartis :

La Reine 5! 5 hommes.

La Sarre : 510 —

Royal-Roussillon 515 —

Languedoc 513 —

Guyenne ' 519 —

Berry (deuxième et troisième bataillons) 902 —

Béarn 514 —

Total 3,988 hommes.

(2) État joint à la lettre de M. Doreil à M. de Paulmy, Québec, 22 octobre 1757 (A. H. G., vol. 3457).

(3) Montcalm à M. de Paulmy, Québec, 18 septembre 1757 (A. H. G., vol. 3457),

(4) Le même au même, Montréal, 18 avril 4758 (A. H. G., vol. 3498).

guerre, seize soldats de nos bataillons. Il y en a eu trois d'exécutés pour désertion, deux condamnés aux galères pour mutinerie envers leurs sergents, le surplus pour vols (1) ».

Grâce à ces châtiments sévères, grâce à la prépondérance du bon grain sur l'ivraie, la discipline, un instant relâchée, se raffermit. Montcalm n'avait d'ailleurs qu'à se louer de l'entente qui régnait entre ses soldats et les Canadiens et les sauvages. Ils « sont comme frères (2) » avec eux, écrivait-il au Ministre de la Guerre, le 18 septembre 1757. « Nos troupes, disait-il encore dans une lettre du 18 avril 1758, vivent dans la plus grande union avec les Canadiens et les sauvages (3) ». Les soldats, fort bien traités, s'employaient à des travaux largement rétribués, et avaient, « pour ainsi dire, trop d'argent (4) ». Répandus l'hiver en majorité chez les habitants des campagnes, ils vivaient en parfait accord avec leurs hôtes. Dans ces espaces immenses, ils respiraient un air d'indépendance et de liberté et s'attachaient chaque jour davantage à ce merveilleux pays dont ils subissaient le charme captivant. Guidé par des vues pleines de sagesse, désireux de travailler à la prospérité de la colonie, Montcalm encourageait les mariages de ses soldats avec les Canadiennes. Il s'était fait, dans l'hiver de 1756 à 1757, 80 mariages, alors que, dans l'hiver précédent, on n'en avait compté que 7 (5). Montcalm demandait même au Ministre de la Guerre que, lorsque Sa Majesté viendrait

(1) Montcalm à M. de Paulmy, Montréal, 18 avril 1758 (A. H. G., vol. 3498;.

(2) A. H. G., vol. 3457.

(3) Ibid., vol. 3498.

(4) Montcalm à d'Argenson, Montréal, 12 juin 1756 (A. H. G., vol. 3417).

(5) Mootcalm à M. de Paulmy, Montréal, 24 avril 1757 (A. H. G., vol. 3457).

à retirer ses troupes du Canada, Elle donnât « une petite gratification à tous les soldats qui voudraient alors s'y établir et s'y marier. Nous en laisserions la plus grande partie : ce seraient d'excellents colons, de braves défenseurs de la Nouvelle-France ; et, de retour dans le royaume, une discipline exacte, une diminution de paye, leur paraîtront insupportables (1) ».

Le nombre des mariages s'était encore accru durant l'hiver de 1757 à 1758, et Montcalm, en habile économiste, facilitait par tous les moyens en son pouvoir cette transplantation de nos soldats au Canada. « Ils paraissent prendre goût au séjour de cette colonie, ^écrivait-il au Ministre de la Guerre, le 18 avril 1758. Il continue à s'y faire beaucoup de mariages. Plusieurs, sans se marier, ont pris cet hiver des terres à défricher, et, sans les dispenser du service militaire, je me prête volontiers à tous les arrangements que l'intérêt politique de la colonie exige. Nous ne saurions y laisser trop de soldats de nos bataillons. Nous les ramènerions mauvais pour l'Europe, et nous les laisserons très bons pour l'Amérique (2) ».

Les commandants des huit bataillons français avaient été pourvus d'une commission de lieutenant-colonel à leur départ de France, sauf celui du 3e bataillon de Berry (3).

Ces officiers comptaient de longs et honorables ser-

(1) Montcalm à M. de Paulmy, Montréal, 22 avril 1757 (A. H. G., vol. 3457).

(2) Le même au même, Montréal, 18 avril 1758 (A. H. G., vol. 3498).

(3) Au début de H58, ces bataillons avaient à leur tête :

La Reine M. de Roquemaure.

Guyenne M. de Fontbonne.

Béarn M. de l'Hôpital, décédé au mois de juillet

vices. M. de Roquemaure, le plus ancien, avait sa commission d'enseigne datée de 1723. Plein de zèle, s'acquittant avec distinction de ses fonctions, il était estimé de Montcalm.

Le général français plaçait hors de pair le lieutenantcolonel du bataillon de la Sarre, M. de Senezergues. Il le jugeait comme « un officier de mérite qui peut aspirer à tout, et qui est fait pour être avancé en grade (1) ». M. de Senezergues avait su gagner l'affection de ses subordonnés en maintenant toujours parmi eux la discipline la plus exacte.

Du chevalier de Bernetz, le lieutenant-colonel placé à la tète de Royal-Roussillon, Montcalm disait : « Avec un courage digne de sa naissance, cet officier est très intelligent et fort décent à la tête d'un corps (2).».

Les bataillons français avaient aussi l'avantage de posséder des aides-majors pleins d'expérience et rompus aux détails de l'infanterie. Montcalm ne tarit point d'éloges sur les talents de M. de La Pause, aide-major du régiment de Guyenne, et de M. de Malartic, aidemajor du régiment de Béarn. Ce sont deux officiers « de la plus grande distinction (3) », deux officiers « du pre-

précédent, avait été provisoirement remplacé par M. d'Alquier, capitaine de grenadiers.

Languedoc M. Privas.

La Sarre M. de Senezergues.

Royal-Roussillon M. de Bernetz.

2e bataillon de Berry. . M. de Trivio.

3e bataillon de Berry.-. M. de Trecesson.

(1) Grâces demandées pour les troupes qui se sont trouvées à l'action du 8 juillet 1758 (A. H. G., vol. 3498, pièce 162).

(2) Montcalm à d'Argenson, Brest, 26 mars 1756 (A. H. G., vol. 3417).

(3) Montcalm à M. de Paulmy, camp de Carillon, 25 juillet 1757 (A. H. G., vol. 3457). — M. de Malartic a laissé un important Journal

mier ordre (1) », ne cesse-t-il de répéter dans ses lettres au Ministre de la Guerre. 11 dépeint M. de La Pause comme un officier « d'un détail admirable », qui voit « en grand les diverses opérations de la guerre. Il entend les principes de la grande tactique et a beaucoup de connaissances de la fortification : c'est un sujet à employer au retour dans les états-majors de l'armée (2) ». Il va même jusqu'à le qualifier « d'homme divin (3) ». M. d'Hert, surnommé Bras de fe?% l'aide- major de la Reine, était aussi « très bon (4) ». M. de Joannès, dans Languedoc, M. de Bellecombe, dans Royal-Roussillon, remplissaient également avec distinction les fonctions de ce grade.

Tous les capitaines de grenadiers étaient" d'un mérite rare et d'une bravoure éprouvée. Qu'il suffise de mentionner M. de Poulhariès, capitaine de grenadiers dans Royal-Roussillon, que Montcalm qualifiait « d'officier de la plus grande distinction, propre à être à la tête d'un corps (S) », et M. d'Alquier, du bataillon de Béarn, « le plus ancien de ceux qui sont ici et peut-être de tous ceux qui sont en France ». Dès 1756, Montcalm le proposait pour une pension. « D'anciens services, d'être sans biens, d'avoir eu une blessure considérable à l'at-

de ses campagnes au Canada, qu'ont publié MM. le comte de Malartic et Gaffarel. Les archives historiques de la guerre en possèdent un exemplaire, souvent plus complet. C'est ce dernier que nous avons suivi.

(1) Montcalm à M. de Paulmy, Québec, 18 septembre 1757 (A. H. G., ™i. 3457).

(2) Montcalm à d'Argenson, Montréal, 30 août 1756 (A. H. G., vol. 3417).

(3) Montcalm au chevalier de Lévis, camp de Chouaguen, 17 août 1756 (Lettres de Montcalm à Lévis, p. 35).

(4) Montcalm à M. de Paulmy, Québec, 18 septembre 1757 (A. H. G., vol. 3457).

(5) Grâces demandées pour les troupes qui se sont trouvées à l'affaire du 8 juillet 1758 (A. H. G., vol. 3498, pièce 162).

taque de l'Assiette, écrivait-il an Ministre de la Guerre, me paraissent des droits pour l'obtenir (1) ».

Parmi les simples capitaines, on comptait aussi plusieurs sujets d'élite, à commencer par M. d'Hébécourt, du régiment de la Reine, « fait pour être tiré de l'état ordinaire, et qui peut, en continuante servir, espérer de l'avancement par son application et ses talents (2) » ; le capitaine Germain, du même régiment, souvent employé comme ingénieur ; le capitaine Pouchot, du régiment de Béarn, qui avait fait du fort de Niagara l'une des meilleures places de la Nouvelle-France et gagné l'affection des sauvages des pays d'En-Haut, qui l'avaient surnommé « le milieu des bonnes affaires (3) » ; M. Bernard, capitaine au même régiment, officier « de la plus grande volonté (4) » ; M. Duprat, capitaine au bataillon de la Sarre, entré au service, en 1736, comme simple soldat, et « de ce petit nombre, dévoués au service pour le reste de leurs jours (5) » ; bien d'autres encore, auxquels il faut joindre les noms de deux officiers partisans : le lieutenant Wolfe, ancien sergent au régiment d'Anhalt, et le lieutenant Garpentier, ancien sergent au régiment de Piémont, tous deux faits officiers « par distinction » avant de passer au Canada, où ils ne cessaient de rendre les plus grands services.

(1) Montcalm à d'Argenson, Montréal, 30 août 1756 (A. H. G., vol. 3417).

(2) Grâces demandées pour les troupes qui se sont trouvées à l'affaire du 8 juillet 1758 (A. H. G., vol. 3498, pièce 162).

(3) Journal de Montcalm, p. 169. — Le capitaine Pouchot a laissé une excellente relation de ses campagnes au Canada, qui a paru à Yverdon (Suisse) en 1781, sous ce titre : Mémoires sur la dernière guerre de l'Amérique septentrionale entre la France et l'Angleterre, 3 vol. in-12.

(4) Grâces demandées pour les troupes qui se sont trouvées à l'affaire du 8 juillet 1758 (A. H. G., vol. 3498, pièce 162).

(5) lbid.

A la tète des travaux du génie se trouvait M. de Pontleroy, capitaine en premier, nommé, en 1757, ingénieur en chef de la Nouvelle-France et aussi remarquable par ses talents que par son intégrité. En débarquant à Québec, M. de Pontleroy avait énergiquement refusé de tremper dans les malversations des Lotbinière et des Le Mercier. Aussi l'on s'était efforcé de retenir dans cette ville l'homme dont la probité sévère gênait les manœuvres de tant de fripons. Cependant, grâce aux représentations répétées de Montcalm, M. de Pontleroy devait obtenir de prendre part à la campagne de 1758 où il allait jouer un rôle des plus utiles (1).

Cet ingénieur était admirablement secondé par M. Desandrouins, capitaine en second, qui avait dirigé avec succès les travaux des sièges de Chouaguen, en 1756, et de William Henry, en 1757. M. Desandrouins joignait aussi, au désintéressement le plus pur, une science parfaite de toutes les parties de l'art de la fortification (2).

L'artillerie comprenait deux compagnies de 50 canonniers. En dehors de Le Mercier, plus occupé de ses intérêts que du salut de la colonie, Montcalm pouvait se reposer sur plusieurs officiers venus de France, entre autres MM. de Montbeillard, capitaine, de Louvicourt, lieutenant, qui, par leur savoir, leur modestie, un travail incessant, personnifiaient les glorieuses traditions

(1) Dans une lettre du 1er décembre 1758, adressée au Ministre de la Marine, M. de Pontleroy disait : « Résolu de servir le Roi et d'empêcher ces mêmes abus, j'ai trouvé des obstacles de toutes parts pour faire mes fonctions..., et, si je suis enfin arrivé à Carillon avec M. le marquis de Montcalm, je le dois uniquement à l'opiniâtreté que ce général a mise pour m'avoir » (A. M. G., Gu, vol. 103).

(2) L'abbé Gabriel a publié en 1887, à Verdun, un ouvrage intitulé : Le maréchal de camp Desandrouins (1729-1792), avec de nombreux et précieux extraits des journaux de campagne de cet ingénieur.

dont le Corps royal pouvait, à bon droit, s'enorgueillir à cette époque.

Parmi les officiers de l'entourage immédiat de Montcalm, ses trois aides de camp méritent de fixer l'attention.

Le plus connu est M. de Bougainville. Merveilleusement doué pour les sciences, il a déjà écrit, à 20 ans, en 1751, le premier volume de son Traité du calcul intégral qui lui a valu d'entrer, en 1756, à la Société royale de Londres. Lieutenant au régiment de dragons d'Apchon en février 1755, Bougainville doit à la recommandation de Chevert et de M. de Séchelles de passer en Amérique l'année suivante, avec le grade de capitaine réformé. Montcalm n'a pas tardé à être séduit par la conversation pleine de charme de son jeune aide de camp, son esprit de droiture, son ardeur à s'instruire. Après sa première campagne au Canada, il en traçait ce portrait flatteur : « Vous ne sauriez croire les ressources que je trouve en lui. Il est en état de bien rendre ce qu'il voit. 11 se présente de bonne grâce au coup de fusil, article sur lequel il a plus besoin d'être contenu que d'être excité. Ou je serais bien trompé, ou il aura la tète bien militaire quand l'expérience lui aura fait entrevoir la possibilité des difficultés. En attendant, il n'y a guère jusqu'à présent de jeune homme qui, n'ayant eu que de la théorie, en sache autant que lui (1) ». L'année suivante, Montcalm demandait un brevet d'aide-maréchal général des logis pour le jeune officier dont il se louait chaque jour davantage (2), et qu'il devait charger plus tard de l'im-

(1) Montcalm à d'Argenson, Montréal, 30 août 1756 (A. H. G., vol. 3417).

(2) Montcalm à M. de Moras, Ministre de la Marine, Québec, 1er novembre 1757 (A. H. G., vol. 3457).

portante mission de faire connaître à Versailles la véritable situation du Canada (i).

Un autre officier de cavalerie, M. de La Rochebeaucourt, pourvu aussi d'une commission de capitaine réformé, remplit auprès de Montcalm les fonctions de deuxième aide de camp. Sa bonne volonté est si grande qu'il est toujours prêt à marcher comme volontaire aux expéditions les plus périlleuses. Durant la campagne de 1759, Montcalm lui confiera le soin d'instruire 200 cavaliers volontaires, qui, sous son habile direction, seront appelés à servir utilement à l'armée.

Le troisième aide de camp, Marcel, d'origine plus obscure, longtemps soldat et sergent au régiment de Flandre, n'a qu'une commission de lieutenant réformé au régiment de la Reine. Il sert de secrétaire à Montcalm, ne le quitte jamais et reconnaît, par un attachement sans bornes, les bontés de son général, auquel il doit toute sa fortune.

Le major général du petit corps expéditionnaire est le chevalier de Montreuil. La charge parait un peu lourde pour ses épaules; elle exige une activité de tous les instants que ne possède peut-être pas son titulaire, mais cet officier est un modèle d'honneur, de courage et de zèle, et Montcalm, en maintes circonstances, rendra hommage à ses belles qualités.

Enfin les deux officiers qui secondent immédiatement le général français dans le commandement de nos huit bataillons, M. de Bourlamaque, en qualité de colonel, et M. de Lévis, en qualité de brigadier, sont entièrement dignes de sa confiance.

(1) Sur Bougaiaville et son rôle au Canada, voir l'intéressante étude de M. de Kérallain : La jeunesse de Bougainville et la guerre de Sept- Ans.

M. de Lévis a longtemps servi dans le vieux régiment de la Marine où il s'est fait apprécier de Montcalm, qui a souvent combattu à ses côtés, en Bohême et en Italie. Il a aussi rempli les fonctions d'aide-major général, sous le maréchal de Belle-Isle, aux applaudissements de l'armée de Provence, en 1747. Militaire plein d'expérience et de sang-froid, esprit juste et pondéré, M. de Lévis n'a point tardé à gagner l'estime des Canadiens et des sauvages, de même qu'il s'est acquis celle de son chef, qui disait de lui, dans une lettre au Ministre de la Guerre, du 1er novembre 1756 : « M. le chevalier de Lévis a fort bien pris avec les troupes. Il a un ton très militaire, de la routine de commandement. Il n'est pas étonné. Il sait prendre un parti, être ferme à s'écarter d'ordres donnés de 60 lieues quand il les croit contraires au bien par des circonstances qu'un général éloigné n'a pu prévoir (1) ». Au Ministre de la Marine, M. de Moras, Montcalm écrivait, le 11 juillet 1757 : « Je ne puis avoir de meilleur second (2) ».

M. de Bourlamaque, fils d'un capitaine de grenadiers du régiment Dauphin, tué à la bataille de Parme, est entré comme volontaire dans ce régiment en 1739. Aidemajor en 1745, pourvu d'une commission de capitaine la même année, il se signalait à l'attention du lieutenant général, marquis de Brézé, lequel marquait, au mois d'octobre 1753, « qu'il connaissait beaucoup cet officier avant le camp qu'il a commandé l'année dernière, mais qu'il ne savait pas tout ce qu'il valait ; qu'il n'avait connaissance d'aucun meilleur officier-major (3) ». Les talents de M. de Bourlamaque le désignaient pour colla-

(1) A. H. G., vol. 3417.

(2) A. M. C, C41, vol. 102.

(3) Dossier Bourlamaque (Archives administratives du Ministère de la Guerre).

borer à l'ordonnance sur l'exercice de l'infanterie en 1755. Chevert et le comte de Maillebois le signalaient bientôt à d'Argenson pour passer au Canada, et l'avenir devait montrer combien ce choix était heureux. Pourvu, en mars 1756, d'une commission de colonel, M. de Bourlamaque avait été reçu avec quelque défiance par Montcalm, à qui il était totalement inconnu, et qui l'avait d'abord jugé, à la fin de 1756, comme n'ayant « pas encore le ton de commandement, trop pour la minutie, trop à la lettre pour des ordres donnés par un général de 80 lieues, qui ne sait pas parler guerre (1) ». La campagne de 1757 dissipait entièrement ces préventions de Montcalm, qui rectifiait son appréciation première et tenait au Ministre ce beau langage : « M. le chevalier de Lévis et M. de Bourlamaque sont de bons seconds. Le premier, infatigable, courageux, bonne routine militaire. Le second, homme d'esprit, de détail, gagne furieusement de l'hiver et de cette campagne dans l'esprit de tout le monde. Je voudrais bien leur avancement, mais vous

en parler semblerait vous parler du mien Au reste,

qu'on me fasse ou qu'on ne me fasse pas lieutenant général, même zèle pour le service, même attachement pour mon Ministre, et que la considération de ce qui me regarde n'arrête jamais l'avancement des officiers supérieurs qui sont sous mes ordres (2) ».

(1) Montcalm à d'Argenson, Montréal, 1er novembre 1756 (A. H. G., vol. 3417).

(2) Montcalm à M. de Paulmy, Québec, 18 septembre 1757 (A. H. G., vol. 3457).

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