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CHAPITRE VII

Secours envoyés au Canada. — Attitude des Anglais à l'égard des Canadiens. — Défaite de Dieskau.

Le 3 mai 17 55, le gouvernement français envoyait au Canada environ 3, 000 hommes de troupes, sous les ordres du baron Dieskau. Une véritable escadre, composée de 14 vaisseaux et de 4 frégates, les avait embarqués à Brest et les dirigeait vers l'Amérique , où ils n'arrivèrent qu'après avoir essuyé longtemps le feu de l'ennemi. L'amiral anglais Boscawen croisait aux environs de Terre-Neuve et cherchait à barrer la route à nos vaisseaux, afin d'empêcher les secours qu'ils portaient d'arriver au Canada. La guerre n'était pas encore officiellement déclarée, mais l'amiral anglais n'en bombardait pas moins notre flotte. On dirait réellement qu'il n'existe aucune règle diplomatique, ni de principe international de nature à sanctionner les actes de ce peuple batailleur et sans cesse aux prises avec toutes les puissances des deux mondes. L'An-

gleterre a pris l'empire des mers par son audace persévérante et son insouciance héréditaire à respecter les traités et le droit des gens; dès qu'une barrière se présente sur sa route , elle la franchit ou la brise. C'est à l'aide de pareils moyens qu'elle parvient à éliminer le plus souvent les nations rivales qui jalousent sa puissance coloniale.

Désireuse de s'emparer définitivement de l'Acadie et de chasser tous les colons français qui l'habitaient depuis de longues années, l'Angleterre fit prêter à tous les habitants de ce pays un serment de fidélité. C'était méconnaître les sentiments des fiers Acadiens, c'était vainement molester un peuple sincèrement attaché à la France, que d'agir ainsi. Les Acadiens refusèrent tous de prêter le serment qu'on exigeait d'eux, et, malgré les massacres et les mauvais traitements auxquels ils se virent exposés, ils ne transigèrent jamais et préférèrent l'exil à l'abandon de leur amour pour la France. Ils quittèrent l'Acadie, leur pays d'origine," mais ils emportèrent avec eux leurs sympathies pour une nation aimée et vénérée par eux. Les Anglais, dans leur générosité magnanime, exilèrent ce peuple de braves , coupable à leurs yeux d'avoir conservé un attachement profond et un souvenir ineffaçable

pour leurs ennemis les Français. Débarrassés des Acadiens, ils pensaient s'emparer sous peu du Canada, mais ils comptaient sans le courage et le dévouement de nos colons et des sauvages qui faisaient leur soumission et demandaient a servir dans notre armée. Leur tentative contre le fort Duquesne échoua complètement , et l'armée du général Braddock, vaincue et démoralisée, se vit obligée de battre en retraite et de chercher un refuge dans les eaux limpides de l'Ohio pour se soustraire à la poursuite des Français. Braddock reçut dans la mêlée une blessure mortelle. Une faible troupe de 900 Français ou sauvages canadiens avait suffi pour culbuter près de 3, 000 hommes de troupes régulières et aguerries. C'était assurément plus qu'une victoire ; c'eût été presque un triomphe , si le brave chevalier de Beaujeu n'eut trouvé la mort dans la lutte avec l'ennemi. L'histoire du Canada est fertile en dévouements et en traits d'héroïsme. Soldats obscurs et officiers distingués, tous succombent sous les balles ennemies et meurent au cbamp d'honneur. Mais, à chaque nouvelle chute, nos troupes, loin de s'abattre, loin de perdre leur courage, redoublent d'efforts, d'ardeur, de patriotisme, et triomphent souvent de l'ennemi. La vie-

toire est la récompense due à leur bravoure et à leur énergie.

Ce succès brillant fut malheureusement suivi d'une défaite regrettable, due plutôt à la défection des sauvages enrôlés dans l'armée du baron Dieskau, et corrompus parles émissaires anglais, qu'au découragement de nos réguliers.

Sur les bords du lac Saint-Sacrement, cet officier français attaqua les forces redoutables du colonel Johnson s'élevant à un effectif de 3,ooo hommes, les battit en avant de leur camp, et, le 11 septembre, au moment où il s'efforçait de leur enlever la position qu'elles occupaient, il se vit trahi et abandonné par les sauvages. Malgré leur audace ordinaire, malgré leur furie, les vaillants Canadiens plièrent sous le nombre. Un millier d'hommes ne pouvait tenir tête bien longtemps à trois mille. Dieskau fut blessé et son armée mise en déroute. A la suite de cette défaite, un fort s'éleva sur la position de Carillon.

Les Canadiens, exaspérés et désireux de prendre leur revanche sur les Anglais, se répandirent en bandes dans la Nouvelle- Angleterre, oii ils causèrent des ravages énormes et se livrèrent à des massacres, à l'insu des autorités militaires du Ca-

nada. L'armée française se tint sur la défensive.

Le marquis de Yaudreuil , gouverneur du Canada, etDoreil, commissaire des guerres, écrivirent alors au ministre de la guerre pour lui demander des secours en hommes et en argent (i). Ils firent tous les deux une description complète et exacte de la situation difficile de la colonie, et insistèrent principalement sur l'intérêt qu'il y avait pour la France à envoyer immédiatement de nombreux renforts, afin de défendre le Canada menacé et le soustraire ainsi aux attaques et à l'invasion anglaise.

Le général Dieskau, trahi récemment par les Iroquois, et blessé assez grièvement, devait être remplacé, et le commandement des troupes, au dire des deux chefs, ne pouvait échoir qu'à un officier énergique, capable et dévoué. Une grande disproportion existait entre les forces des deux nations. Nos armées manquaient totalement d'officiers d'artillerie et d'ingénieurs, si utiles pour les travaux de guerre. Les bataillons étaient incomplets, et Ton ne se pressait pas de combler les vides.

(1) Pour toutes les dépêches et lettres adressées par Montcalm et les fonctionnaires du Canada au ministre de la guerre, se reporter à l'ouvrage de M. Dussieux déjà cité.

L'Angleterre, au contraire, recevait constamment de nouvelles troupes , bien préparées pour la lutte et dressées spécialement aux escarmouches habituelles livrées au Canada. Les soldats de la colonie, qui se battaient avec un courage à toute épreuve et digne de tout éloge, privaient l'agriculture de ses bras les plus solides et laissaient ainsi les travaux champêtres en chômage. Les terres n'étaient plus défrichées, le commerce languissait, l'agriculture était en souffrance. Un malaise général envahissait la colonie. La révolte jetait ses plus violents ferments sur les principaux points de la Nouvelle- France. Les levées annuelles plongeaient dans la désolation nos colons, déjà mécontents des agissements des fonctionnaires publics. La tristesse éclatait sur tous les visages et le désespoir envahissait tous les cœurs. Telle était la situation difficile, compromettante et presque désastreuse échue au Canada, lorsque Montcalm parut.

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