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parée pour résister à l'invasion anglaise. Cependant nous ne disposions que de 7 à 8 mille combattants bien disciplinés et dévoués pour mettre en ligne contre les forces nombreuses des Anglais. En face de cette infériorité numérique, il fallait, à coup sur, beaucoup de courage et une grande confiance dans le sort des armes pour amener la victoire. Le génie de Montcalm y suppléa largement. Pendant plusieurs semaines, le lieutenant général avait parcouru un pays qui lui était inconnu, faisant de longues courses, toujours fatigantes , souvent dangereuses, à travers des bois immenses, au milieu des accidents de terrain , bravant tous les périls, la fatigue, la faim, la soif, voyageant de nuit et de jour, se passant de repos afin de gagner du temps et d'arriver à son but. Montcalm avait manœuvré de façon à attirer l'armée anglaise du côté du lac Champlain et à simuler une défense, espérant détourner par ce procédé l'attention de l'ennemi silice point solidement occupé par M. de Lévis et de lui faire dégarnir les fortifications de Cliouegen, sur lesquelles il avait les yeux fixés. L'ennemi, trompé par cet ingénieux stratagème et assuré de la présence de Montcalm à Carillon , abandonna presque Cliouegen et dirigea ses forces du côté du
lac Champlaio. Montcalm en était absent et se trouvait à Frontenac.
Le 4 aout au soir, il quitte le camp de Frontenac avec les milices, les bataillons de Guyenne et de la Sarre, et se rend à la baie de Niaouré, ayant pour avant-garde des sauvages et des milices commandes par M. de Rigaud de Yaudreuil. Le 10 à minuit, il débarque avec ses troupes à une demiheure de Chouegen. Cette place importante, que défendaient seulement 1.800 hommes sous le commandement du colonel Mercier, comprenait trois forts : Ontario, George et Oswega ou Chouegen ; ce dernier, le plus grand et le mieux organisé de tous, était réellement le point important de la place. Les deux autres forts l'entouraient et formaient ses défenses. Le débarquement opéré , Montcalm fit établir une batterie de quatre pièces de 12 qui commencèrent à canonner les barques anglaises dans la matinée du 11. Le 12, nos troupes se livrèrent aux préparatifs du siège et à la confection de gabions, saucissons et autres instruments du même genre, si indispensables pour l'attaque. Alors arriva le régiment de Béarn, avec 3o bateaux chargés d'artillerie et de munitions. Le i3, Montcalm ordonna d'ouvrir la tranchée à 80 toises du
fort Ontario et fit commencer l'attaque. L'ennemi riposta par un feu très nourri pendant toute la journée, mais au déclin du jour il évacua le fort, au grand étonnement du colonel Bourlamaque, qui l'occupa aussitôt. Montcalm fit amener du canon et construire une batterie. Une petite rivière séparant l'Ontario du fort Chouegen, M. de Rigaud de Vaudreuil la passa à gué le i4, à la pointe du jour, avec les Canadiens et les sauvages, et coupa les communications établies entre les forts George et Cbouegen , malgré la mitraille de l'ennemi. Ensuite il occupa les hauteurs de Chouegen en y établissant une puissante batterie qui ne cessa de lancer des projectiles dans le fort. Le colonel Mercier fut tué, et sa mort jeta le trouble et répouvante parmi les défenseurs de la place anglaise. Son successeur fit immédiatement demander à M. de Rigaud de Vaudreuil de faire cesser le feu de ses troupes. L'officier français obtempéra à sa demande, à la condition expresse qu'il se rendrait avec tous ses hommes. Un délai d'une heure lui fut seulement accordé pour faire connaître sa décision. Effrayés par les clameurs bruyantes, les hurlements affreux et les violentes menaces de nos Canadiens et de nos sauvages, les Anglais capitulèrent avant l'expiration
de ce court délai. Montcalm resta interdit devant cet acte désespéré. Il avait pensé que l'ennemi opposerait de la résistance et lutterait encore quelques heures. Ce fut le i4août 1756, à midi, que l'armée française s'empara des fortifications de Chouegen. La situation stratégique de cette place forte était indiscutable; aussi, craignant sans doute les revers de la fortune , Montcalm fit détruire les trois forts qui la composaient. Les sauvages brûlèrent les baraquements, hangars, magasins. Le matériel de guerre fut confisqué et servit à renforcer celui que notre armée possédait déjà.