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CHAPITRE III

Entrée de Montcalm dans la carrière militaire. — Portrait de Montcalm. — Montcalm est nommé brigadier.

A 14 ans, Montcalm entra dans la carrière militaire, pour laquelle il professait depuis longtemps un goût irrésistible et une passion marquée. Son père encouragea ses nobles et fières ambitions de famille. Dès le mois d'août 1721, il avait été nommé enseigne dans le régiment d'infanterie de Hainaut. A 1 7 ans, il devint capitaine du même régiment, et à 3i ans, le 6 mars 1743, il fut promu colonel d'infanterie du régiment d'Auxerrois. Montcalm avait servi, pendant sa première campagne, sous les ordres du vieux maréchal de Berwick.

Ses aptitudes, ses connaissances militaires très solides et très approfondies, et surtout sa bravoure, attirèrent l'attention de ses chefs et lui valurent, le 12 avril 1743, la décoration de chevalier de Saint- Louis. A la bataille de Plaisance (i3 juin 1746))

il reçut trois blessures et s'exposa sans cesse. Son courage fut mis à une rude épreuve, et l'on peut dire que ce jour-là le jeune officier vit la mort de près. Au sanglant combat d'Exilés, il se prodigua tellement et avec tant d'audace que deux blessures, faites par deux coups de feu, furent le prix de son intervention dans la mêlée, mais ne parvinrent point à arrêter son ardeur pour la défense et l'honneur du drapeau attaqué et menacé par les ennemis ( i ) .

C'est sous les traits d'un intrépide héros que se révélait déjà Montcalm ; à un âge surtout où d'autres commencent à peine à connaître et à aimer le métier des armes, il était considéré, lui, comme l'un des braves officiers de l'armée française. Ses chefs l'avaient plusieurs fois remarqué et avaient été unanimes à reconnaître son patriotisme et sa valeur militaire. Montcalm avait dans son physique quelque chose qui trahissait sa nature méridionale. Alerte, emporté, téméraire dans le danger, fougueux dans la mêlée, il accomplissait ces actions d'éclat si utiles à l'entraînement des masses , surtout au début d'une bataille. Doué d'une pénétration d'esprit remarquable, d'un amour violent et

(1) Statistique du département du Gard, par Hector Rivière, 1. 1, p. 540 et suivantes, année 1842.

passionné pour l'étude, il connaissait, après les avoir étudiées à fond, toutes les règles de la tactique militaire, qu'il ne craignait pas d'amplifier ou de changer suivant les besoins du moment et les circonstances dans lesquelles s'engageait la lutte avec l'ennemi ; mais ces modifications qu'il apportait dans l'art de la guerre tournaient presque toujours à l'avantage des troupes qu'il commandait et au profit de l'honneur militaire qu'il avait à défendre.

En peu d'années , Montcalm assista à d'innombrables batailles et fit plusieurs campagnes importantes; mais il n'oublia jamais, au milieu des camps, le goût de la littérature qui avait charmé sa jeunesse. Pendant ses rares loisirs, il lisait ses auteurs favoris, étudiait même les langues étrangères , l'allemand principalement. Pendant son séjour en Italie, il avait eu le temps de connaître et de parler couramment la langue de Dante et de Pétrarque. Sa correspondance avec la marquise de Saint- Véran, sa mère, est remplie des détails les plus piquants de sa vie intime. Dans son journal l'on retrouve également la division de son travail (i).

(1) Nous empruntons certains renseignements historiques à l'excellente biographie : Comme on servait autrefois, par P. Sommervogel; Paris, Albanel, libraire, 1872.

Pendant la suspension des hostilités, il quitta à plusieurs reprises son régiment pour se rendre à Montpellier et à Candiac. Il eut des années de repos qui lui permirent de visiter sa famille. En septembre 1735, Montcalm fut rappelé subitement du régiment qu'il commandait, et qui tenait garnison en Lorraine, par la mort de son père. Il supporta avec douleur cette perte, et ni l'affection d'une mère bien-aimée , ni, plus tard , l'amour d'une femme adorée, ne parvinrent à le consoler et à lui faire oublier celui qu'il aimait tant.

Dès l'année 1734, Montcalm, dans une lettre qu'il écrivait à son père, exprimait le désir très vif de se marier avec une protestante de Genève dont il avait fait la connaissance. Mais, soit que son père l'ait détourné de cette union, soit que diverses raisons plaidassent contre la jeune fille, dont il voulait, dit-on, opérer la conversion, Montcalm épousa, dans la nuit du 2 au 3 octobre, Angélique-Louise Talon , fille posthume d'Orner Talon, marquis du Boulay, colonel du régiment d'infanterie d'Orléans, et de Marie-Louise Mole (1). Il eut de cette union dix enfants, dont six seulement survécurent. Après

(1) Moréri, Dictionnaire historique.

— i7 — les campagnes glorieuses qu'il avait faites et à la suite des blessures qu'il y avait contractées, Montcalm put rentrer en France et vivre de la vie de famille en goûtant les douceurs du foyer conjugal. Il passa plusieurs hivers à Montpellier et dans son château de Candiac. Il aimait beaucoup les lieux qui avaient été les témoins de son enfance, et sa joie débordait lorsque, entouré de sa chère compagne et de ses tendres enfants, il s'égarait sur les bords fleuris du Vistre (i). Le bruit de l'eau tombant d'une chute éloignée, le chant des oiseaux, la verdure et la beauté du site, l'odeur des fleurs embaumant l'atmosphère, étaient pour lui le bonheur enivrant de la vie. Elles étaient douces, alors, ces trop courtes heures de poésie et d'amour pour ce guerrier habitué à la fumée des batailles et rompu depuis longtemps aux fatigues des camps.

C'était fête à Candiac dès qu'apparaissait le marquis de Montcaim. On l'aimait si profondément, et l'on trouvait si rarement l'occasion de lui prodiguer cette amitié et cette affection vives que la douceur de son caractère et l'aménité de ses ma-

(1) Le Vistre, petite rivière qui descend des collines situées au nord de la ville de Nîmes, traverse la plaine de Vauvert et se jette dans la Méditerranée.

nières savaient inspirer, que, tous, parents, amis, serviteurs, l'entouraient de leur sollicitude et de leur entier dévouement. Pendant son séjour à Candiac, il se rendait très souvent à Vauvert pour visiter le curé de la ville et le seigneur du château. Il conserva un souvenir si profond du modeste ecclésiastique de sa ville natale qu'à plusieurs reprises, pendant la campagne d'Amérique, il recommandait à sa mère, la marquise de Saint-Véran , de donner telle somme au curé de Vauvert pour être affectée à des aumônes ou même à ses besoins personnels.

Montcalm ne connut pas longtemps les douces joies de la famille. Un ordre subit le rappelant à ses devoirs militaires l'obligea d'abandonner tout, famille, pays natal, repos, bonheur, pour aller payer de sa personne et exposer encore sa vie aux coups redoutables de l'ennemi.

Le 19 juillet de l'année 1 744) Ie précepteur de Montcalm , le célèbre et modeste Dumas, mourait au château de Veaujour, chez Mme de Nantia. L'ancien précepteur laissa à son élève quelques livres de philosophie, d'histoire, de physique et de mathématiques, plusieurs manuscrits et certains traités inachevés. Sa fortune précuniaire s'élevait

— i9 — seulement à quatre actions sur la compagnie des Indes. Ainsi s'éteignit dans la pauvreté celui qui aurait pu, grâce à son savoir, a son intelligence et à sa réputation, aspirer aux plus hautes fonctions et désirer les plus beaux honneurs. Mais Dumas était né avec des goûts modestes, et tout dans ses manières, sa conversation, respirait une franche bonhomie et une touchante simplicité.

Le médecin Boindin, désireux d'honorer sa mémoire, composa pour lui une épitaphe superbe (i). Montcahn pleura longtemps son ancien professeur et ami, dont il conserva toujours le souvenir vivant dans son cœur. A Candiac, la mort de Dumas fut un deuil général. La marquise de Montcalm n'oublia point le précepteur de ses enfants, l'ami sûr et zélé de sa famille, et fit dire plusieurs messes à son intention.

Durant sa campagne d'Italie, Montcalm fut informé de la mort de l'un de ses fils. Il écrivit à ce sujet à sa femme une lettre pleine de sentiments affectueux et de paroles résignées et confiantes dans l'avenir.

« Nous avons besoin, ma très chère et bien-aimée,

(1) Moréri, Dictionnaire historique.

a disait-il, de nous résigner à la volonté de la Pro- « vidence, dans une aussi triste occasion que celle « de la perte de mon fils. J'en suis vivement pé- « nétré, et comme je connais toute votre tendresse « pour nos enfants, je crains que cela ne prenne « sur votre santé. Ménagez-la, et songez que vous « portez pour remplacer celui que nous venons de « perdre (i). »

Le brave officier, guéri de ses blessures, alla habiter Paris pendant quelques mois avec toute sa famille. Son alliance avec la fille d'un colonel remarquable et fort estimé dans l'armée et à la cour, sa gloire et sa valeur militaire grandissant chaque jour, l'eurent vite mis en rapport avec tous les grands capitaines de l'époque, et lui valurent en peu de temps toutes les sympathies et l'affection de ceux qu'il devait un jour éclipser.

Montcalm fut présenté au roi Louis XV, qui l'accueillit avec bonté et le remercia de son dévouement à la France. Le 20 mars 1747» le colonel d'Auxerrois était compris dans la promotion des brigadiers sur la proposition même du roi. Nous verrons

(1) Pour toutes les lettres de famille, voir l'excellent ouvrage de P. Sommervogel : Comme on servait autrefois; Joseph Albanel, Paris.

plus tard comment ce monarque se souvint des services rendus par Montcalm à la patrie.

Le 1 6 juillet de la même année, le nouveau brigadier alla reprendre le commandement de son régiment. La guerre, qui suivait toujours son cours sur les frontières de France et de Sardaigne, avec des intermittences de succès et de revers pour nos armes, lui offrit encore l'occasion de se dévouer une fois de plus et de justifier la confiance de ses chefs hiérarchiques. Dès son arrivée à son régiment, il prit part à la fameuse affaire qui eut lieu au milieu des Alpes , sur le plateau de l'Assiette, entre les armées du roi de Sardaigne et les troupes du chevalier de Belle-Isle, qui paya de sa vie son acharnement à résister trop longtemps à l'attaque violente de l'ennemi. Montcalm lui-même ne se retira pas sain et sauf de la mêlée terrible à laquelle il avait assisté. Un coup de feu l'atteignit au front et plusieurs contusions sans gravité le forcèrent à se retirer de la lutte terrible que nos vaillants soldats soutenaient depuis de longues heures. Cette journée fut une défaite pour nos armes. Des milliers de morts et de blessés restèrent sur le champ de bataille et, malgré son héroïsme et sa fougue habituelle, l'armée française fut obligée de battre en retraite et de

renoncer à franchir les Alpes. Montcalm reçut l'ordre de se retirer au camp de Tournus et put assister à la levée du siège de Vint i mi lie. De là il se rendit à Nice où il passa l'hiver avec M. de Mirepoix et plusieurs autres officiers généraux, ensuite à Brignoles où il séjourna jusqu'à la lin de la campagne. La paix d'Aix-la-Chapelle lui permit de retourner à Paris dans le courant de décembre 1748. Montcalm ne devait plus revoir son régiment. En effet, à la suite de réformes importantes survenues dans les cadres de l'armée, et après la suppression des bataillons d'infanterie, il fut nommé mestre de camp d'un escadron de cavalerie, ayant pour lieutenant-colonel M. de Redmont, l'un de ses meilleurs amis.

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