‹ Montcalm devant la postérité [microforme]Chapitre 13 sur 62 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Départ de Montcalm. — Son arrivée au Canada. — Organisation des forces militaires. — Débuts heureux de Montcalm. — Victoire de Chouegen.

Le 21 mars 1756, Montcalm arrivait à Brest.

Une agitation indescriptible, un mouvement inaccoutumé, une fièvre générale régnaient depuis plusieurs mois dans cette ville et surtout dans le port. Les préparatifs de départ auxquels se livraient les troupes désignées pour le Canada étaient poussés avec vigueur et attiraient l’attention de tous les habitants. La flotte comprenait trois grands vaisseaux armés en flûte : le //eros, l'Illustre, le Léopard, portant chacun de 60 à 70 canons. Elle avait, en outre, trois frégates de 30 canons : la Licorñe, la Sauvage, la Sirène. Dès le 2r et le 26, près de 1,200 honimes, formant l'effectif des troupes, s’'embarquèrent pour l'Amérique. La Licorne, qui portait Montcalm , ne quitta Brest quele 3 avril,

retenue dans le port par les vents contraires. C’é-

tait une frégate neuve et fort solide, capable de résister à la furie des flots. Montcalm y avait pris place avec une grande confiance, car elle était commandée par un capitaine de port de Québec, nommé Pélegrin, marin distingué s’il en fut, et rompu depuis très longtemps aux difficultés de la mer. Les deux autres frégates portaient le chevalier de Lévis et M. de Bourlamaque, colonel d’infanterie et ingénieur remarquable. De Bougainville, capitaine de dragons ct aide de camp de Montcalm , faisait partie de l'expédition. La traversée fut lonoue et pénible. De gros coups de vent et une tempête de quelques jours assaillirent la flotte française. Un seul matelot mourut. Presque tout le monde se trouva incommodé par la mer; seul, Montcalm résista à ses coups répétés. On eût dit que ce brave parmi les braves méprisait tous les éléments,

Le 11 mai, la flotte se trouvant au mouillage à dix lieues de Québec, le commandant en chef de nos forces en profita pour donner de ses nouvelles à sa famille. Il écrivit à la marquise de Saint-Véran une longue lettre dans laquelle il racontait ses impressions de voyage avec un luxe de détails piquants. On voyait éclater dans ces lignes, écrites

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au courant de la plume, la joie de notre héros sur le point de fouler le sol canadien. Et, au milieu de ces plaisirs si goûtés par les voyageurs au terme de leur voyage, Montcalm laissait entrevoir à sa mère les difficultés innombrables auxquelles il allait se trouver exposé. Les conversations qu'il avait eues avec des marins français, vieux lutteurs habitués aux dangers des guerres d'Amérique, l’avaient mis au courant du genre particulier que revêt la guerre sur ce nouveau continent. Montcalm pronostiquait des malheurs sans nombre destinés à fondre sous peu sur la Nouvelle-France. C’est à coup sûr le don des grandes âmes de pénétrer dans l'avenir et de pouvoir connaître ce que les humains ignorent absolument. Ce diagnostic particulier est commun aux guerriers. La veille d’une bataille, ils prévoient souvent les résultats de La lutte et en devinent les conséquences.

Le 135 mai, nos troupes débarauaient à Québec. Dés son arrivée, Montcalm envoya un courrier à M. de Vaudreuil, qui se trouvait à Montréal, et, après s'être remis un peu des fatigues causées par cette longue traversée, il se rendit auprès de lui. L'accueil affectueux et bienveillant qu’il en reçut le

toucha profondément,

rÈRET

Le 12 juin, 1] signalait, dans une lettre importante, ses bonnes relations avec le gouverneur, dont il se voyait comblé de politesses. Il lui reconnaissait de l'autorité et une véritable suprématie dans les affaires de la colonie. Montcalm paraissait content d’obéir aux ordres de M. de Vaudreuil, qu'il avait jugé un peu trop à la légère. Au bout de quelques semaines, 1l ne tarda pas, en effet, à se persuader que le gouverneur était un homme trop doux et d’un caractère trop faible pour un général. Sa première impression surlui fut modifiée complètement, et les événements qui suivirent ne firent que le confirmer dans cette opinion, émise souvent, qu’il n’y avait rien à attendre d’une personne aux hésitations faciles et aux tergiversations continuelles.

Montcalm n’eut pas beaucoup de peine à juger la situation 4 Canada. Sa déception fut grande et sa surprise immense en présence de l'effectif dérisoire de nos forces militaires. 2,000 hommes de milice canadienne, renforcés par une centaine de sauvages, formaient, avec les secours arrivés de France, une armée de près de 4,000 soldats, divisés en 8 bataillons. C'était peu pour défendre une colonie menacée et pour lutter contre les forces bien supérieures de l'ennemi. Mais on espérait toujours au Canada

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