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— bg — que la cour de Versailles, mise au courant des périls nombreux avec lesquels la colonie était sans cesse aux prises, enverrait un jour des renforts plus considérables, Espérances chimériques et illusoires, confiance déplacée, rêves vainement caressés! Évidemment la situation était mauvaise et difficile à améliorer. La Nouvelle-France, délaissée par la France, abandonnée à ses administrateurs et à ses propres forces, courait fatalement à sa perte, et l’on se demandait anxieusement, dans le groupe des hommes clairvoyants et sages, quel était le délai à atteindre avant sa ruine. Montcalm, cet officier déjà célèbre, se montrait plein de promesses ct ranimait par sa présence le courage abattu, les espérances presque éteintes. Tous les regards se tournaient vers lui, On le considérait comme un envoyé providentiel, un libérateur. On commentait ses premicrs exploits guerriers, On proclamait son dévouement, sa fidélité inaltérable à la cause nationale. Les colons, les sauvages eux-mêmes avaient raison de se fier à cette âme loyale, à ce capitaine indompté, à ce courageux défenseur des droits sacrés de la patrie. Son passé déjà glorieux, sa jeunesse, sa bravoure, ses connaissances militaires très approfondies, son patriotisme, étaient pour
nue eux le gage certain d’un avenir meilleur. Avec Montcalm, c'était éloigner la chute si imminente, si inévitable de la colonie. Lui combattant, c'était se couvrir de gloire et remporter des victoires, lutter éncrgiquement contre un ennemi redoutable et puissant, le repousser pour quelques années et défendre, avec toute l’énergie de la résistance armée, le sol colonial, la Nouvelle-France. Cette défense héroïque, Montcalm la dirigera, il La sera l’âme. Dans cette résistance il déploicra avec opiniätreté les ressources de son vaste et remarquable génie. Il épuisera son ardent courage et son patriotisme, C’est lui qui prolongera la vie du Canada, comme le médecin habile prolonge les jours de son malade. On lui reprochera son impétuosité, son entrainement; on le traitera d’audacieux, d’imprudent, et ceux-là mêmes qui porteront sur notre héros ces critiques déplacées et injustes seront les premiers à louer sa bravoure, et se verront dans la nécessité de
reconnaître et de constater que les victoires rem- |
portées par nos troupes sont dues entièrement à cette puissante énergie, à cette vivacité méridionale e: vraiment française qui était la qualité dominante de Montcalm.
Montcalm se trouva bien vite face à face avec
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les difficultés et les situations embarrasstes qu’il avait prévues et auxquelles 1] faisait naguère allusion.
D’un côté, des entreprises audacieuses, le plus souvent confiées au hasard de la guerre, des positions critiques, des attaques et des retraites difficiles à opérer; de l’autre, des rivalités incessantes parmi les fonctionnaires, des tiraillements dans les diverses branches de l’administration, sans compler encore les tracasseries causées par les sauvages , avec lesquels il fallait user des plus grandes précautions, Montcalm prétendait que le soldat avait trop d’argent et qu'il voyait autour de lui des exemples contagieux. Les officiers de la colonie n’aimaient point les officiers de terre, et cette antipathie inexplicable cet très regrettable devenait funeste pour l’armée et pour la Nouvelle- France,
Un luxe effréné régnait dans la colonie. Les dépenses de plus en plus excessives et folles auxquelles tout le monde se livrait, inquiétaient le gouverneur, qui, par sa faiblesse persistante, n’osait remédier à un état de choses aussi déplorable que dangereux. Montcalm, à qui tous ces vices
étaient connus, déplorait en silence le malheureux
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sort de notre colonie et entrevoyait pour elle, dans un avenir peu éloigné, des dangers sans nombre, des catastrophes épouvantables. Il cherchait par quels moyens on pourrait arriver à la sauver. La lutte qui existait entre l'élément civil et militaire l’attristait profondément; aussi employa-t-il toute sa persévérance, sa douceur, son tact et l’habileté dont il était doué, à réconcilier deux partis puissants et systématiquement opposés qui, formés dans l'ombre, venaient d’apparaître subitement au grand jour.
Ces deux partis compromettaient les bons rapports des colons, et entretenaient dans le Canada les germes d’une animosité dangereuse et de rivalités funestes pour la tranquillité publique.
Une entrevue importante avait eu lieu à Montréal entre M. de Vaudreuil et Montcalm. Tous les deux dressèrent le plan de la nouvelle campagne et arrétèrent les décisions à prendre pour les opérations militaires.
Trois camps furent créés : l’un à Carillon, situé à quatre-vingts lieues de Montréal; l’autre à Frontenac, à soixante lieues ; le troisième à Niagara, à cent quarante.
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Sur son ordre, on le fortifia, on l’approvisionna, on y établit un hôpital, des magasins à vivres et à munitions. Une garnison solide en prit possession. En même temps, Montcalm faisait des reconnaissances aux alentours du nouveau cump, afin de se rendre compte de la situation stratégique de l’endroit. Des postes disséminés aux environs protégèrent le nouveau camp. Non content d’assurer la sécurité du pays, Montcalm chercha encore à gagner les sympathies ou, tout au moins, la neutralité des sauvages qui l’habitaient. Sa mission terminée, il partit, le 16, pour Montréal, laissant de Lévis et ses soldats maîtres d’une position 1mportante.
La direction du second camp, établi à Frontenac, fut confiée à de Bourlamaque, auquel se joignirent
Or
M. de Rigaud de Vaudreuil, frère du gouverneur du Canada, ainsi que des ingénieurs habiles et expérimentés. 1,500 hommes, recrutés parmi les milices canadiennes et les sauvages, formaient, avec les bataillons de la Sarre, Guyenne et Béarn, l'effectif qui devait occuper le camp de Frontenac et tenter un débarquement auprès de Chouegen, fort important défendu par les Anglais et situé sur les bords du lac Ontario.
A quelques lieues du lac, on avait posté un détachement français, ayant à sa disposition une petite flottille destinée à inquiéter les barques anglaises qui circulaient sur le lac. M. de Viliers eut l’habileté de se masquer, un jour, derrière des massifs d’arbres et d’incommoder par la mousqueterie de sa faible troupe les frêles embarcations de l'ennemi. Les sauvages qu’il avait sous ses ordres furent, dans cette circonstance, d’une énergie remarquable et presque téméraire.
Au moment où les barques anglaises, surprises par cette attaque imprévue, voulurent se soustraire par la fuite au feu de nos soldats, les sauvages se jetèrent à la nage, les poursuivirent et en atteignirent quelques-unes qu'ils coulèrent. Cette escarmouche coûta la vie à plusieurs soldats anglais et
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nous fit faire quelques prisonniers. Mais elle eut un grand résultat, celui de relever le moral de nos sauvages.
Montcalm partit, le 21 juillet, pour Frontenac, où il se trouva au bout de quelques jours de marche pénible. Il visita les défenses naturelles du camp, rechercha les moyens les plus favorables à l’attaque du fort de Chouegen, et fit faire les préparatifs pour cette expédition, dont la réussite pouvait amener la victoire à nos armes.
Le troisième camp, établi à Niagara, sur les
bords du Saint-Laurent, dans l'intervalle compris
entre les lacs Ontario et Erié, fut occupé par M. Pouchot, ingénieur d’un grand mérite, qui améhora la situation du fort déjà construit en cet
endroit.
On le voit, Montcalm, grâce à son génie, venait, par la création de ces trois camps importants, de déjouer les combinaisons des Anglais qui tendaient à nous ravir le monopole du commerce des grands lacs et anéantir les relaticuüs constantes entre Québec et les forts de l'Ohio. Évidemment ces trois positions occupées par nos troupes immobilisaient une grande partie de l’effectif militaire, mais leur défense était merveilleusement organisée et pré-
parée pour résister à l'invasion anglaise. Cependant nous ne disposions que de 7 à 8 mille combattants bien disciplinés et dévoués pour mettre en ligne contre les forces nombreuses des Anglais. En face de cette infériorité numérique, il fallait, à coup sûr, beaucoup de courage et une grande confiance dans le sort des armes pour ar-ener la victoire. Le génie de Montcalm y supp Argement.
Pendant plusieurs semaines, le lieutenant général avait parcouru un pays qui lui était inconnu, faisant de longues courses, toujours fatigantes, souvent dangereuses, à travers des bois immenses, au milieu des accidents de terrain, bravant tous les périls, la fatigue, la faim, la soif, voyageant de nuit et de jour, se passant de repos afin de gagner du temps
et d'arriver à son but. Montcalm avait manœuvré
de facon à attirer l’armée anglaise du côté du lac Champlain et à simuler une défense, espérant détourner par ce procédé l'attention de l’ennemi sur ce point solidement occupé par M. de Lévis et de lui faire dégarnir les fortifications de Chouegen, sur lesquelles il avait les yeux fixés. L’ennemi, trompé par cet ingénieux stratagème et assuré de la présence de Montcalm à Carillon, abandonna presque Chouegen et dirigea ses forces du coté du
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Le 4 août au soir, il quitte le camp de Frontenac avec les milices, les bataillons de Guyenne et de la Sarre, et se rend à la baie de Niaouré, ayant pour avant-garde des sauvages et des milices commandés par M. de Rigaud de Vaudreuil. Le 10 à minuit, il débarque avec ses troupes à une demiheure de Chouegen. Cette place importante, que défendaient seulement 1,800 hommes sous le commandement du colonel Mercier, comprenait trois forts : Ontario, George et Osivega où Chouegen ; ce dernier, le plus grand et le mieux organisé de tous, était réellement le point important de la place. Les deux autres forts l’entouraient et formaient ses défenses. Le débarquement opéré, Montcalm
fit établir une batterie de quatre pièces de 12 qui
commencèrent à canonner les barques anglaises dans la matinée du 11. Le 12, nos troupes se livrèrent aux préparatifs du siège et à la confection de gabions, saucissons et autres instruments du même genre, si indispensables pour l'attaque. Alors arriva le régiment de Béarn, avec 30 bateaux chargés d'artillerie et de munitions. Le 13, Montcalm ordonna d'ouvrir la tranchée à 80 .uises du
fort Ontario et fit commencer l'attaque. L'ennemi riposta par un feu très nourri pendant toute Îa journée, mais au déclin du jour il évacua le fort, au grand étonnement du colonel Bourlamaque, qui l’occupa aussitôt. Montcalm fit amener du canon et construire une batterie. Une petite rivière séparant l’Ontario du fort Chouegen, M. de Rigaud de Vaudreuil la passa à gué le 14, à la pointe du
jour, avec les Canadiens et les sauvages, et coupa les
communications établies entre les forts George et Chouegen , malgré la mitraille de l'ennemi. Ensuite il occupa les hauteurs de Chouegen en y établissant une puissante batterie qui ne cessa de lancer des projectiles dans le fort. Le colonel Mercier fut tué, et sa mort jeta le trouble et l’épouvante parmi les défenseurs de la place anglaise. Son successeur fit immédiatement demander à M. de Rigaud de Vaudreuil de faire cesser le feu de ses troupes. L’officier français obtempéra à sa demande, à la condition expresse qu'il se rendrait avec tous ses hommes. Un délai d’une heure lui fut seulement accordé pour faire connaître sa décision. Effrayés par les clameurs bruyantes, les hurlements affreux et les violentes menaces de nos Canadiens et de nos sauvages, les Anglais capitulèrent avant l'expiration
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de ce court délai. Montcalm resta interdit devant cet acte désespéré. Il avait pensé que l'ennemi opposerait de la résistance et lutterait encore quelques heures. Ce fut le 14 août 1756, à midi, que l’armée française s’empara des ‘fortifications de Chouegen. La situation stratégique de cette place forte était indiscutable; aussi, craignant sans doute les revers de la fortune, Montcalm fit détruire les trois forts qui la composaient. Les sauvages brûlèrent les baraquements, hangars, magasins. Le matériel de guerre fut confisqué et servit à renforcer celui que notre armée possédait déjà.
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