AV HORS
dentiel, Montcalm ne recut aucune blessure et sortit saiu et sauf de cette bataille. L'armée, tout entière à son enthousiasme et à son admiration, acclama Montcalm, ce chef bien-aimé, ce patriote vaillant et distingué qui venait encore de la conduire à la victoire. Deux jours après, on célébra par de grandes fêtes la victoire de Carillon. Les poètes se mêlerent aux guerriers pour chanter les gloires de notre héros. Plusieurs chansons furent composées dans tous les styles, élevés, sublimes, ou en langue des poissardes de Paris (1). Les cloches des églises sonnèrent à toutes volées dans les villes et les villages. On chantait le Te Deum, on illuminait à Québec et à Montréal.
La bataille de Carillon est à coup sûr un des plus grands événements survenus au Canada pendant la domination française. L'histoire la relate à peine dans ses fastes mémorables. Les Français ne doivent pas oublier que sur les hauteurs de Carillon s’illustra la valeur militaire de nos ancêtres. La postérité, elle, se souviendra toujours de cette journée glorieuse. Carillon et Montcalm sont deux noms à
jamais inséparables, deux gloires qu’elle à le devoir
(1) Comme on servait autrefois, par P. Sommervogel, page 120.
ER ve d’'unir dans la méme admiration et Ie même souvenir, On n'a pas assez popularisé en France ces combats d'outre-mer qui ont immortalisé nos soldats. Bien qu'ils aient combattu sur un sol étranger, nos héros n'ont pas moins défendu la cause sacrée de la patrie française et versé leur sang pour notre drapeau.
En présence des ovations qui lui furent faites, Montcalm eut son heure de gloire. F sentit battre son cœur de patriote et de Francais. Cette âme insensible au danger, pliée à toutes les souffrances, invincible dans les combats, se laissa fléchir par les sentiments les plus tendres. Montcalm pensa alors à sa femme, à ses enfants, à sa mère, à ses compatriotes, qui ignoraient encore sa belle conduite ei qu'il brülait de revoir. Il jugeait maintenant sa mission terminée, puisque le danger venait de disparaître et que les ennemis, en fuite, semblaient renoncer à ln lutte. Il écrivit au ministre le 12 juillet, et demar n rappel, alléguant que sa bourse et sa sant sisaient, Montcalm souffrait de ne pouvoir fare le bien ni empêcher le mal; il souffrait encore de voir ses conseils méconnus, les remontrances qu'il adressait à ses subordonnés traitées à la légère, et la lutte qu'il fallait soutenir avec M. de Vaudreuil
sOU= e ces dats.
r, Nos ce de
notre
faites, battre Le âme rances, par les sa alors $s COMluite et jant sa de disjent rejuillet, ‘se et Sa ouvoir ait entrances légère,
udreuil
oo?
et les autres ambitieux de la colonie finissait par Pexaspérer et par abattre sa patience.
« Je suis déterminé à demander mon rappel. Plût à Dieu qu'on me l’accordät, quand je devrais être le reste de mes jours dans mon château, » écrivait-il à sa mère le 12 juillet de la même annte. A ce moment il pouvait espérer retourner en France sans que son absence préjudiciàt à la la colonie ; mais à la suite de la défaite qui survint, quelques mois après la victoire de Carillon, il ne le pouvait plus. Frontenac, petit fort défendu par quelques dizaines de Français, tombait au pouvoir de l’Américain Bradsteet. Des canons, des vivres, des munitions furent capturés, des bâtiments brülés, et notre supériorité sur le lac Ontario anéantie. Le général Forbes et le colonel Washington marchaient sur le fort Duquesne, les sauvages et les [roquois se décourageaient, et leur amour pour la France diminuait en présence des séductions et des présents dont les comblaient les Anglais. Après les victoires, les revers ! Après la fidélité et la soumission, la défection et la révolte! Le Canada commence à être miné, Envahi par les armées anglaises, qui font bonne garde et ne se découragent pas, il va subir bientôt de nouvelles attaques qui le mettront à deux
doigts de sa perte. La colonie espérera encore ; plusieurs fois elle se tournera vers les flots agités pour interroger l'horizon et voir si les bâtiments de la mère patrie, apportant des secours, des munitions et des vivres, n'arrivent pas enfin : telle malade qui agonise fait des efforts surhumains et prend un visage souriant our tromper et tranquilliser ceux
qui l'entourent !
mme sm