‹ Montcalm devant la postérité [microforme]Chapitre 28 sur 62 · CHAPITRE XIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIL

Projets de William Pitt. — La résistance est organisée par Montcalm. — Rencontre des Françaiset des Anglais. — Mémorable victoire de Carillon remportée par Montcalm.— Enthousiasme de nos troupes.

Les succès remportés par Montcalm depuis son arrivée au Canada étaient assez significatifs pour attirer l'attention du roi et de ses ministres sur notre colonie américaine. Les revers obtenus au contraire sur le continent indiquaient, de la facon la plus catégorique, la fausseté de la politique francaise. Évidemment nos intérêts étaient ailleurs qu'en Allemagne. Mais on s’obstinait en France à faire la guerre contre Frédéric, qui n’était pas, à vrai dire, notre ennemi, mais qui avait blessé la vanité de Louis XV.

L’Angleterre, vaincue sur mer et aux colonies, comprenait bien que la France négligeait le

Canada, aussi voyait-elle avec plaisir arriver l'heure de jouer la grande et définitive partie. Un

homme doué d’une volonté tenace, en possession de plans gigantesques et de projets formidables, étudiés depuis longtemps et savamment combinés, arrivait au ministère anglais. William Pitt déclara au Parlement assemblé qu'il fallait à tout prix s'étendre au dehors, courir toutes les mers, ruiner les colonies françaises et s’emparer du Canada. Cette conquête donnerait à l'Angleterre la souvea té dans l'Amérique du Nord et lui permettrait de contre-balancer l'influence espagnole. Avec son génie puissant, cet homme présageait déjà pour sa patrie empire des mers, qu’elle ne tarda pas à conquérir. Pitt aura été le premier à jeter les bases de cet immense empire colonial qui fait de PAngleterre la plus grande nation du globe.

En France, on méconnut la gravité de cette gigantesque entreprise, supposée irréalisable. A l’intelligent de Machault, ministre de quelque valeur, succédait à ce moment l’entreprenant et téméraire Choiseul, qui voulait tout faire, et qui en définitive ne fit que ruiner notre influence et notre prestige dans des entreprises déplorables et désastreuses. Mener de front une guerre en Allemagne et une lutte contre l’Angleterre, c'était, assu-

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(1) Henri Martin, Histoire de France.

(2) Dassieux, le Canada, page 189; Hachette, Paris.

Le plan d'attaque dressé par William Pitt fut suivi, point par point, dès les premiers jours du mois de juin 1758. Anglais et Français se trouvalent en présence.

Dans la grande baie du Saint-Laurent, l'ile du cap-Breton, ou île Royale, était absolument la seule possession française que nous eussions en ce moment. Les efforts de Pitt furent portés de ce coté. 16,000 hommes vinrent attaquer la faible garnison de Louisbourg sous la conduite du général Amherst. Les fortifications de cette ville, en fort mauvais état, ne pouvaient résister longtemps ; l'amiral Boscawen, qui commandait une flotte considérable et qui se tenait devant l'ile Royale, prèt à toute éventualité, l’espérait ainsi ; mais 11 comptait sans le courage de nos soldats, sans le dévouement du commandant de Ja ville, M, de Drucour, sans l’exemple admirable donné par sa femme, qui ne craignit pas de paraître en personne sur les remparts et de mettre elle-même le feu aux batteries. Les Anglais furent repoussés à plusieurs reprises. On lutta pendant deux mois; mais le 26 juillet les remparts, ébréchés par lartillerie, menaçaient ruine. La place, éventrée de tous les côtés, n'offrait désormais aucun asile aux assiégés.

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Il fallut se rendre afin d'éviter les horreurs d’un assaut, et peut-être le carnage. Ce fut assurément une rude épreuve pour le patriote M. de Drucour ; mais n'était-elle pas imposée par le vainqueur ? Les Anglais, qui avaient appris pendant ce siège à connaître la valeur de nos soldats, résolurent de les transporter en France, ainsi que tous les habitants de Pile (juillet 1758) (1).

Pendant que 16,000 Anglais attaquaient les forüfications de Louisbourg et faisaient accomplir à nos soldats des actes d’héroisme incomparables, 20,000 hommes prenaient position sur les ruines mèmes de William-Henry. Le général Abercromby, qui se trouvait à leur tête, voulait s’avancer de là sur Carillon, s'emparer de ce fort et atteindre Montréal.

Montcalm avait saisi le but que poursuivait son puissant adversaire, et il ne s'était pas mépris à ses manœuvres variées. Il ordonna de fortifier les alentours du fort, de former une enceinte avec des bastions, et de défendre les crêtes voisines des éminences de terrain. Tout le monde se mit à l’œuvre : officiers et soldats coupaient les bouleaux, les hêtres et les pins au milieu des forêts et les trans-

(1) Henri Martin, Histoire de France.

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portaient ensuite sur les hauteurs de Carillon. On travaillait avec joie dans le camp français, parce qu’on pressentait qu’une grande bataille allait se livrer. « Je veux être Fabius plus qu'Annibal, » écrivait Montcalm à sa mère, quelques mois avant la défense du fort de Carillon. Il avait compris depuis longtemps que la lutte serait chaude, et qu’il sortirait triomphant de cette épreuve ou qu'il périrait avec toutes ses troupes. Dès que les préparatifs de défense furent terminés, Montcalm simula une attaque contre les Anglais, afin de leur donner le change et de dérouter leurs chefs. Le 6 juillet, l’armée anglaise se décide enfin à marcher en avant et vient se heurter contre notre colonne d’avantgarde. Le brigadier général lord Howe, Pâme de l'expédition, tombe foudroyé par une balle. Montcalm fait battre son armée en retraite, et revient avec elle à Carillon par une route opposée, mouvement que les Anglais n’aperçurent point.

Le 8, Abercromby ordonna l'attaque du fort. Les montagnards écossais se précipitèrent avec un courage digne d’un meilleur sort sur les retranchements, et vinrent trouver la mort devant la mitraille de nos batteries. Un feu plongeant dirigé sur les

colonnes anglaises causait les plus grands ravages.

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Leur opiniätreté se brisa contre le courage et le patriotisme de nos braves soldats encouragés par Montcalm, qui s’exposait sans cesse et ne craignait pas de se porter sur tous les points où il jugeait sa présence nécessaire. Dès le matin, il avait quitté son habit pour être plus à l'aise et pour résister plus facilement aux rayons ardents du soleil.

La mêlée fut affreuse; la décharge de notre mousqueterie, aussi nourrie qu’inattendue , terrifia les Anglais, qui reculèrent d’abord, revinrent ensuite, pour périr en grand nombre sous les coups des baionnettes françaises. La vieille infanterie francaise fit des prodiges de valeur dans cette mémorable journée, Par son agilité et son audace, elle sauva les endroits de la place les plus menacés et empècha les Anglais de se ravitailler.

Les troupes qui essayèrent de débarquer et de porter secours aux soldats anglais furent culbutées par les volontaires que Montcalm avait eu la précaution d’échelonner sur les bords de la rivière. Quelques embarcations furent néanmoins coulées. Le canon de Carillon grondait toujours aussi me-

naçant. L’armée française continuait ses exploits et faisait reculer les Anglais. Au milieu de la fumée

apparaissaient les drapeaux français troués par les

balles ennemies, Le combat dura jusqu’à sept heures du soir.

Les Anglais, se voyant vaincus, regagnèrent précipitamment leurs embarcations et disparurent sur le lac Saint-Sacrement, laissant sur le champ de bataille plus de 4,000 morts ou blessés, et renonçant ainsi à continuer la lutte le lendemain, au grand désappointement de Montcalm, qui n’osait y croire. Les Français étaient vainqueurs, le Canada sauvé. Une victoire de plus venait s'ajouter aux succès précédents. L’héroïsme de nos troupes avait triomphé de la masse anglaise. Le courage avait suppléé à la quantité numérique. Nos officiers s'étaient battus comme des lions. Presque tous avaient souffert dans cette mémorable journée. M. de Lévis reçut plusieurs coups de feu dans ses habits. De Bourlamaque, dangereusement blessé, souffrait horriblement. Bougainville reçut plusieurs coups à la tête. Quelques courageux et vaillants officiers succombèrent à leurs blessures mortelles. 200 hommes environ payèrent également de leur vie le succès de cette glorieuse journée. Ces pertes, bien que minimes, étaient sensibles à notre faible armée, mais combien restaient-elles inférieures à celles subies par nos ennemis! Par un hasard plus que provi-

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