‹ Montcalm devant la postérité [microforme]Chapitre 32 sur 62 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Levée en masse de la colonie, la résistance opiniâtre s'organise. — Plan de campagne de l'armée anglaise.— Siège de Quéhbec.— Victoire des Français. — Bataille sur les hauteurs d'Abraham. — Mort héroïque de Wolfe et de Montcalm.

Nous arrivons au point le plus poignant de notre récit, à l’agonie de notre malheureuse colonie.

Nous lavons déjà vue, à différentes reprises, se débattre contre un ennemi supérieur, se relever, se couvrir de gloire sur plusieurs champs de bataille, Nous allons la voir maintenant, réduite à la dernière extrémité, faire encore des prodiges de valeur et confier sa destinée aux mains de son défenseur le plus héroïque.

Abandonnée par la mère patrie, réduite à ses propres forces, bien faibles, bien modestes, que va-t-elle opposer à l’immense contingent anglais, sinon le courage de ses habitants, le patriotisme, le génie des enfants de la France?

Comme dans tous les pays qui luttent pour l'existence et qui défendent leur sol, leur indépendance, nous verrons au Canada les traits les plus beaux de courage militaire, les faits d'armes les plus dignes de nos annales. A la milice, seule ressource de la colonie, aux soldats venus de France, se joindra toute la population mâle de 16 à Go ans.

C’est une levée en masse qui s'apprête pour la défense de la colonie. On verra des enfants encore orêles et chétifs, des vicillards courbés sous le poids des ans et accablés par la souffrance, des femmes patriotes et vaillantes, grossir les rangs de nos milices, prendre part à la grande et suprême lutte. Et tout cet enthousiasme, tout ce dévouement ne suffira pas encore pour refouler l'invasion de ce monstre aux 80,000 têtes qui se jette sur le territoire canadien, De trois points, surgissent les soldats anglais. Toujours la même tactique, toujours la même suite dans les opérations militaires. N'est-ce pas là, en effet, l’œuvre gigantesque de William Pitt, notre ennemi? C’est avec nos faibles bataillons qu’il va falloir résister à ces trois grands courants opposés qui inondent le Canada pour le submerger en un seul point et anéantir l’armée francaise |

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On ne désespère pas cependant parmi nos chefs. Montcalm dirige les moyens de défense, il fait fortifier Québec et protéger les abords de cette place du côté du Saint-Laurent contre l'attaque de l’ennemi, qui va fatalement se porter sur cet endroit.

Les trois colonnes anglaises devaient opérer seules d’abord, et se rejoindre ensuite toutes à Montréal. La première, ayant onze mille hommes sous les ordres du jeune général Wolfe, devait arriver de Louisbourg à Québec, avec une flotte de 20 vaisseaux et bâtiments montés par 18,000 mamarins. La deuxième se dirigerait sur Montréal par le lac Champlain, avec 12,000 hommes commandés par le général Amherst ; de là elle essayerait une jonction avec la colonne de Wolfe. La troisième avait pour mission de s'emparer de Niagara, de couper les communications avec tous les lacs intérieurs et nos Louisianes, et de revenir à Montréai par le Saint- Laurent. On le voit, ce plan était habilement combiné et merveilleusement soutenu par de nombreuses troupes. Il ouvrait la porte de la colonie aux Anglais et menaçait le Canada tout entier. En empêcher l’exécution complète était presque chose impossible; mais en retarder, en amoindrir les effets, paraissait de la première nécessité à Mont-

calm et à ses officiers, Il fallait opposer des forces à celles amenées par chaque colonne ennemie.

Montcalm le comprit tout d’abord; aussi assignat1l dans ce but à chacun la place qu'il devait oct cuper, A Niagara, 1l envoya M. Pouchot avec 300 hommes; à Frontenac, M. de Corbières, qui en acheva les fortifications; sur le lac Ontario, M. de Ja Corne, à la tête de 1,200 hommes; sur les lacs Saint-Sacrement et Champlain, au centre même des opérations et à proximité de Montréal, 2,600 hommes dirigés par M. de Bourlamaque.

Montcalm s'assiona pour défense Québec. C'était évidemment le point le plus attaqué, le plus inportant : c’est celui-là qu'il choisit, pensant que sa place n'était pas ailleurs. Bougaimville et Lévis restèrent avec lui.

On avait négligé la défense de cette ville, malert les conseils réitérés et les ordres récents de Montcalm. C’est à peine si de faibles retranchements, établis au dernier moment, se trouvaient défendus par le Saint-Laurent, On couvrit la place d’un camp retranché, situé dans une excellente position, que lon fortifia à l’aide de quelques redoutes.

Le général Wolfe procéda d’abord par intimi-

dation, Ce général, à la tête d’une grande armée,

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ne se figurait pas que Montcalm püt lui résister un seul instant; aussi [ui envoya-t-1l une sommation de se rendre, lui faisant part de la mission que son maître, irrité contre la France, lui avait confiée, assurant la population entière de sa bienveillance, de son respect pour leurs biens, leurs habitations, leurs mœurs, leur religion; lui promeltantune guerre implacable et cruelle, avec toutes les horreurs d’un siège, si leur extétement déplacé ou leur valeur imprudente leur font prendre les armes (1).

Ce message ne trouva aucun écho dans l’armée française; il ne fit, au contraire, que soulever l’indignation et la colère de nos braves et uévoués soldats. Il ne toucha pas non plus les habitants de Québec, décidés à résister à lenvahisseur, à se défendre contre lui et à tout supporter, plutôt que de se rendre lâächement et de céder aux Anglais.

La seconde somration de Wolfe, aussi arrogante, aussi menaçante que la première, n’eut pas plus d'effet sur la ville (2). C’esi vainement qu'il promit

(1) Dussieux, le Canada français. Pièces justificatives, 33. Prenier manifeste du général Wolfe, 29 juin 1759. (2) Dussieux, ibid, Pièce” justificatives, 34. Deuxième mani-

leste du général Wolfe, 25 juiliet 1759.

aux Français vaincus de s’avancer dans le Canada pour y saisir et emmener les habitants et leurs troupeaux; c’est vainement qu’il leur dit qu’il se trouverait fäché d'en venir aux barbares extrémités. Son langage, doucereux et barbare à la fois, n’attendrit ni n’effraya les Français, les Canadiens et les Indiens leurs alliés, qui tous résistèrent énergiquement à de telles séductions.

On est pris d’une vive et légitime indignation à la lecture de ces deux manifestes anglais, et on s'étonne qu'un général aussi brave qu'habile ait pu les écrire et les adresser à Montcalm. Il avait bien peu conscience de la dignité française, ce soldat anglais qui supposait qu’à sa voix, par son ordre, Québec capitulerait et le Canada tomberait dans ses mains! S’emparer d’une place française mal gardée, mal défendue, n’est pas toujours chose facile. Wolfe semblait l’ignorer : il l’apprit à ses dépens. Les soldats français ont toujours fait leur devoir, et la capitulation qu’on a essayé de leur imposer, à plusieurs reprises, a été repoussée hautement par eux.

On regrette davantage la Nouvelle - France quand on apprend, en lisant son histoire, jusqu'a quel degré s’éleva le patriotisme et le cou-

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