‹ Montcalm devant la postérité [microforme]Chapitre 33 sur 62 · ASIE 29 LIN CR FORTE SE · texte numérisé non relu

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rage de ses défenseurs. Cette terre américaine fut arrosée constamment par le sang de nos soldats, martyrs souvent ignorés et obscurs, quelquefois connus et illustres, mais toujours dignes d’être comptés parmi les héros de nos annales militaires.

Après quelques manœuvres restées infructueuses, Wolfe, qui avait pensé faire sortir Montcalm de ses retranchements, débarqua le 30 juin, en face de la ville, à la pointe Lévy. Le r2 juillet suivant, les mortiers et les canons anglais firent pleuvoir sur la ville assiégée une pluie de mitraille qui produisit des effets désastreux. La ville basse fut incendiée, presque toutes les maisons croulèrent sous l’action des batteries et de l’incendie. Montcalm restait toujours dans l'inaction, ne voulant pas dépenser inutilement ses forces et les réservant pour l’action décisive.

À ce moment, le général Wolfe, qui pensait avoir épouvanté par sa décharge d’artillerie la population, lui adressa une proclamation dans laquelle il l’engageait à se rendre au prix de séduisantes promesses, On ne répondit pas au corrupteur anglais et on persista dans la ligne de conduite que Mont-

calm lui-même avait tracée aux habitants, celle

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de l'honneur et du devoir. Les Canadiens furent admirables par leur dévouement et par leur persévérance dans ce siège mémorable,

Wolfe, voyant que cette population héroïque résistait à toutes ses prières, se décida enfin à la maîtriser par la force. Près du ravin de Montmorency, il établit son camp, à côté du village de l'Ange-Gardien, et il s’- retrancha solidement jus-

qu'au 31 juillet, jour de lattaque contre les Fran-

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Ce fut une belle journée pour le Canada, journée glorieuse dans laquelle nos troupes repoussèrent de tous côtés les Anglais et supportèrent, avec un courage au-dessus de toute épreuve, le feu de 118 pièces de canon. M. de Lévis fit de véritables pr'odiges de valeur; nos tirailleurs canadiens, chasseurs d’origine, tuèrent les Anglais à coups de carabine. Le camp de Montcalm était sauvé, et Wolfe, vaincu, obligé de se retirer.

Cette victoire, aussi hardie qu’inespérée, produisit un effet salutaire sur nos troupes et sur l'esprit des habitants. On pensait généralement que les Anglais renonceraient à s'emparer de Québec. La bataille de Montmorency restait comme un des plus beaux faits d'armes accomplis par l'armée

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française depuis longtemps. 10 pièces de canon avaient tenu tête à 115. C'était prodigieux! Les Anglais ne pouvaient endurer cet échec, et le désir de reprendre l'offensive sous peu les hantait sans cesse. On n’y pensa pas assez dans le camp francais. Montcalm eut tort de laisser partir un certain nombre de Canadiens, désireux de retourner dans leurs champs pour faire la moisson. Il aurait fallu surveiller l'ennemi avec attention et étudier davantage tous ses mouvements.

Wolfe avait espéré que le général Amherst pourrait le rejoindre à temps pour s’emparer de Québec, mais celui-ci fut arrêté par de Bourlamaque qui fit sauter le fort de Carillon au moment où les Anglais allaient s’en emparer. Pendant ce temps, Pouchot capitulait à Niagara.

Wolfe, honteux de sa défaite, n’était pas satisfuit d’avoir brülé les maisons et ies monuments

de Québec avec les projectiles anglais : il voulait encore s'emparer de cette place, qui semblait inexpugnable. A cet effet, il navigua avec sa flotte sur le Saint-Laurent, examina les alentours de Québec. Ne pouvant l’attaquer de face, l’habile général résolut de la prendre par la ruse : le lutteur, ne pouvant terrasser son adversaire par la force de

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ses biceps, lui enlace les muscles ou lui passe des crocs-en-jambe pour le faire succomber. On surveilla les allées et venues de l’armée anglaise sur le Saint-Laurent, mais on ne comprit pas les projets du général Wolfe.

Le 12 septembre, profitant de la nuit et trompant les sentinelles francaises, ou plutôt recevant de quelques déserteurs, par n'importe quel procédé, honnûte ou malhonnôte, les mots d'ordre, Wolfe débarqua ses hommes à l’anse du Foulon, et parvint dans la plaine d’Abraham avec une troupe formidable. La ruse, et la trahison de l'officier qui commandait le poste de l’anse du Foulon, servirent à merveille nos ennemis. Montcalm était loin de s'attendre à voir l’ennemi lui tomber par derrière, 1l se croyait couvert par Bougainville; mais celui-ci, en observant les manœuvres de Wolfe, s’éloigna de la ville, et ne put arriver à temps pour empêcher les Anglais de prendre position sur les hauteurs d'Abraham (1).

Wolfe était aux portes de Québec; pouvaiton impunément le laisser s’y fortifier et lui permettre d’y rassembler toutes ses forces? Évidem-

(1) Dussieux, Le Canada.

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ment, Montcalm, quoi qu’en aient dit certains historiens ou chroniqueurs malveillants, n’obéit pas à l’impétuosité du moment. Il crut avantageux pour lui de se dégager de ces troupes anglaises qui menaçaient la ville et pouvaient l’attaquer d’un moment à l’autre. Sa conduite était logique et commandée par les circonstances elles-mêmes. Attendre Bougainville et être rejoint par lui, n’était-ce pas ce que souhaitait Montcalm et ce qu’il supposait ? Mais il était écrit que le Canada succomberait dans cette lutte aussi longue qu’inégale. Québec devait être le tombeau de Montcalm après avoir été pendant quatre années le théâtre de ses exploits.

Dès le 13 au matin, Montcalm monte à cheval et marche lépée haute contre l'ennemi, à la tête seulement de quelques milliers de braves. L'armée anglaise était rangée en bataille dans les plaines d'Abraham, depuis le lever du jour. Le signal du combat fut donné; un choc épouvantable se produisit aussitôt. La mêlée fut terrible; on se battit presque corps à corps. Nos soldats, emportés par une furie incroyable, se battirent en désespérés et vinrent, pour la plupart, tomber aux pieds des Anglais. Les balles sifflaient de

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tous les côtés. L'armée anglaise, forte de sa masse et solidement préparée à cette attaque, résista énergiquement, et prit le dessus dès le début de la bataille. Wolfe, à la tête des grenadiers de Louisbourg, ordonna une charge à la baïonnette et s’élança lui-même courageusement dans la mêlée. Plusieurs balles latteignirent à la poitrine et il tomba bientôt foudroyé. Avant d’expirer, il apprit que l’armée anglaise était victorieuse et que les Français fuyaient déjà : « Je meurs content, » dit-il alors. Ce furent ses dernières paroles.

Nos soldats, malgré leur bravoure, furent écrasés par le nombre et contraints de reculer à plusieurs reprises. Montcalm, qui s'était aperçu de la suptriorité des Anglais et qui voyait déjà ses troupes battre en retraite, résolut de tenter un suprème effort. À cet effet, il rassembla les restes épars de son armée et chercha à disputer à la mort les quelques bataillons incomplets qui lui restaient encore. Mais les intrépides montagnards écossais s'étaient élancés à la poursuite de nos vaillants soldats et les mettaient en pleine déroute.

Au moment où il se retirait avec ses troupes, Montcalm, qui avait déjà été blessé, reçut encore

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une balle dans les reins. Le valeureux général put se soutenir à cheval et rentrer à Québec, escorté par ses grenadiers. Sa grande préoccupation, en apprenant que sa blessure était mortelle, consistait à ne pas voir les Anglais dans Québec (1). Son désir se trouva satisfait, car, malgré tous les soins des chirurgiens, il mourut le lendemain, 14 septembre 1759, à 4 heures du matin. Avant de mourir, il avait fait ses adieux à ses troupes et aux officiers qui l'avaient brillamment secondé pendant cette campagne. Il pensa sans doute aussi à Candiac, à sa famille, qu'il ne verrait plus, et n’oublia pas le Canada vaincu. Le successeur de Wolfe reçut une lettre de Montcalm mourant, dans laquelle le brave soldat lui recommandait d’avoir des égards pour les Canadiens vaincus et de traiter avec humanité les prisonniers français (2). Le soir, on l’enterra avec pompe dans la chapelle des Ursulines de Québec. Les officiers et les soldats pleurèrent leur chef bien-aimé ; les habitants regrettè-

(1) Paroles prononcées avant sa mort.

(2) Voici ce document précieux :

« Général, l'humanité des Anglais me rassure sur le sort des « prisonniers français et sur celui des Canadiens. Ayez pour ceux-ci « les sentiments qu'ils m'avaient inspirés. Qu'ils ne s'apercoivent

« pas qu'ils ont changé de maitre. Je fus leur père, soyez leur « protecteur. »

rent vivement leur vaillant et courageux défenseur. La ville, à la mort de Montcalm, se trouva dans la consternation et l’épouvante; tout le monde entrevoyait déjà les conséquences d’un pareil désastre. On ne savait que faire, tellement ce coup terrible et inattendu verait de paralyser les esprits et les volontés. Tell: : cette bataille qui mit aux prises deux chefs incomparables, jeunes tous les deux, patriotes et dévoués à la cause qu’ils avaient mission de défendre. Wolfe et Montcalm se sont immortalisés sur les hauteurs d’Abraham, à quelques mètres de Québec. Par sa victoire, Wolfe a conquis pour l'Angleterre le Canada et anéanti notre influence en Amérique; par sa mort héroïque, Montcalm, abandonné par la métropole, s’est enseveli sous les ruines d’une colonie chancelante, affaiblie et incapable de résister plus longtemps à l'ennemi. Saluons ces deux héros que le hasard de la guerre réunit dans un sort commun, dans une gloire identique; admirons leur belle conduite et leur mort héroïque, et inspirons-nous de leurs dernières paroles et du courage avec lequel ils moururent tous les deux!

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