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CHAPITRE XVIIL

Honneurs décernés par le Canada à Montcalm, Jugement de la postérité.

Nous venons de voir les effets produits par l’influence française au Canada un siècle après la mort de Montcalm. Riel, armant les sauvages et les conduisant à la conquête de leurs droits politiques et de leur liberté, est aussi digne de notre admiration, de notre estime nationale, que toutes les peuplades sauvages et les bataillons de miliciens que Montcalm commanda jadis, et qui furent pour lui de puissants et solides auxiliaires.

Ce mouvement insurrectionnel, réprimé momentanément, prouve bien que tout n’est pas fini sur la terre canadienne, On luttera encore; mais à chaque nouvelle revendication, à chaque nouvelle lutte, on se reportera au siècle dernier, on fera revivre la mémoire, les exploits, les prodiges de valeur de notre héros. Le peuple franco-canadien se sou-

viendra de lui, et les vieillards, décrochant du mur

le vieux fusil français de jadis, feront passer dans l’âme de leurs enfants les élans patriotiques de leurs ancêtres. Les Franco-Canadiens vont et irent toujours en pèlerinage à la chapelle des Ursulines de Québec, où reposent les restes du glorieux général. L'épitaphe, gravée en 1831, qui se trouve dans le mur, au-dessus du tombeau de Montcalm, attirera sans cesse, l'attention de tout Francais :

« Honneur à Montcalm. Le destin, en le privant de la victoire, l’a récompensé par une mort glorieuse, »

Ces belles paroles en disent plus que tous les discours et toutes les biographies possibles, elles sont le témoignage le plus vivt de l’héroisme de celui que nous louangeons. :15+ épitaphe frappera toujours les hommes de cœ' et les patriotes. La postérité la conservera pieu. :ment; elle vénérera également ce lieu sacré où dort son dernier sommeil le héros du Canada. Partout, sur cette terre américaine, survit l'image de Montcalm. Le cœur des Franco- Canadiens garde précieusement son'souvenir. Tout rappelle cette gloire disparue, cette figure mâle et

héroïque. Les monuments eux-mêmes conservent

les splendeurs de la colonie française. La popula-

Lion reconnaissante de Québec a élevé à Montcalm,

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en 1859, un monument funèbre sur lequel est gravée la fameuse inscription que composa, en 1761, l’Académie des inscriptions de Paris, sur le désir de Bougainville. Et, en 1827, le comte de Dalhousie, gouverneur des possessions anglaises, désireux d’honorer les deux martyrs des plaines d'Abraham et de les confondre dans le même concert de louanges, fit élever dans le jardin public de Québec un obélisque sur la facade duquel on lit ces mots :

« Mortem virtus, communem famam historia , monumentum posterilas dedit (1). »

Le voyageur qui entre dans la rade de Québec aperçoit aussitôt cet obélisque élevé, qui domine les hauteurs de la ville, et salue ainsi, dès son arrivée, son vaillant défenseur et le courageux général anglais qui n'eut pas le bonheur de s’en emparer. On le voit, le Canada à payé sa dette à Montcalm (2). IL a fait revivre sa mémoire et inscrit les traits les

plus saillants de son existence sur des monuments

(1) Monument élevé à Wolfe et à Montcalm.

(2) M. Bernier, commissaire des guerres, écrivait, le 15 octobre 1759, au ministre de la guerre, en parlant de Montcalm : « M'est-il « permis de finir en jetant encore quelques larmes sur la tombe de « M. le marquis de Montcalm ? La colonie en pleurs en ressentira « longtemps la perte. Le militaire à perdu un protecteur zélé, qui « lui faisait trouver du charme dans les plus grandes fatigues par « le désir de mériter son éloge. »

funèbres, Qu'’a fait la France de son côté ? A-telle pensé à ce glorieux et patriote officier ; a-t-elle revendiqué comme sien le corps de Montcalm et, à l’exemple de Angleterre rendant à la dépouille de Wolfe rentrée sur le continent des honneurs solennels, a-t-elle songé à donner au défenseur de Québec une sépulture digne de lui? Hélas, non! La mère patrie, 1l faut bien le dire, s’est montrée toujours ingrate envers lui, ingrate pendant qu'il défendait de son vivant la colonie attaquée, ingrate après sa mort. La France a laissé lun de ses meilleurs enfants sur la terre d’exil, sur cette terre américaine qui a perdu sa première qualité, mais où battent encore tant de cœurs français. Pourquoi notre patrie, qui sait récompenser le courage, le patriotisme, qui a le monopole du souvenir, de la

gratitude, s’est-elle oubliée envers Montcalm ? pour-

quoi la France n’a-t-elle pas fait ramener chez elle les restes de celui qui avait si vivement désiré revoir cette patrie bien-aimée pour laquelle il a lutté courageusement et est mort en héros ?

Je sais bien que cette noble et héroïque victime du devoir reçut, après sa mort, des marques de pitié et des regrets unanimes. Je sais que le roi

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de 4,000 livres, qu’il accorda la même faveur à tous ses enfants, qu’enfin pendant la révolution une exception fut faite en faveur de la famille de Montcalm pour lui maintenir ses pensions (1). On n'ignore pas non plus que la justice frappa avec une rigueur méritée les auteurs des monopoles, les calomniateurs de Montcalm, tous les gens enfin qui, ayant exploité la colonie, vicié son administration par leur cupidité et leur manque de patriotisme, précipitèrent plus facilement sa chute. Le procès qui fut instruit au Châtelet pendant quinze mois, à la suite de l'arrêt rendu par le conseil d’État, et terminé le 10 décembre 1763, lava de toutes les souillures les hommes intègres, les véritables défenseurs de l’honneur de la Nouvelle-France, pendant que Bigot, Varin,Bréard, Cadet, Pénisseault, Maurin, et d’autres encore, déclarés coupables, furent bannis du royaume pour un délai plus ou moins long et se virent condamnés à restituer en partie les

(1) Au moment où l’Assemblée nationale mettait en question la suppression des pensions accordées par le roi, M. de Noailles réclama une exception en faveur de la famille de Montcalm. « Ses services, « dit-il, ont fait connaître son nom dansles deux mondes. Sa valeur «et ses talents militaires ont honoré les armées francaises. » Cette demande fut écoutée avec empressement, Un des fils de Montcalm,

membre de l’Assemblée, monta à la tribune et remercia les représentants de la nation au nom de ses frères et de sa sœur.

sommes volées par eux dans l’exercice de leurs fonctions.

Le gouverneur de Vaudreuil fut déchargé de l'accusation, mais il n'en comparut pas moins devant les magistrats pour rendre compte de ses actes. On put se convaincre alors de la fausseté de ses jugements sur les affaires et les hommes de la colonie. En présence de cette équipée d’escrocs et de forbans qu'il honora toujours de sa confiance et qu'il recommanda à plusieurs reprises au ministre, il est facile de comprendre que cet homme aux intentions peut-être pures, aux sentiments honnêtes, fut l’objet de la plus grande des méprises et qu’il dut se repentir amèrement d’avoir porté ombrage à la considération de Montcalm.

Malgré lPacquittement dont il bénéficia, il n’en reste pas moins responsable, devant la postérité, pour les torts qu'il eut à l’égard de Montcalm, dont il entrava les projets militaires et la mission. Mais

celui qui mérite le plus d’être flétri par la postérité,

d’être cloué au pilori de l’histoire coloniale de la France, c’est l’intendant Bigot, le principal coupable, le sinistre larron, qui ne craignit pas, afin de dissiper les responsabilités qu’il avait encou-

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quel, avec un cynisme révoltant, il traitait le brave Montcalm de délateur.

On est frappé de stupeur et on rougit à la seule pensée qu'il se soit trouvé un homme, un Français (il faut bien le dire, quoique la vérité soit cruelle à confesser), assez lâche, assez vil, pour attaquer Montcalm, pour l’accuser publiquement et offenser la mémoire de ce héros mort au champ d'honneur. On comprend l’indignation que ce mémoire fit éclater dans la famille du général. La vieille marquise de Saint-Véran, qui aimait son fils d’un amour tendre et passionné, qui n'avait cessé de correspondre avec lui, qui suivait pas à pas les moindres actes de sa vie, qui avait jugé enfin la conduite de celui qui avait tout sacrifié pour son pays, ne pul se consoler de ce dernier coup porté à la mémoire de son valeureux enfant.

Cette injure, qui n’a laissé aucune empreinte et qui n’a jamais et ne sera jamais relevée, parce qu’elle est fausse, injuste et odieuse, abrégea sa vie de plusieurs années, et fit couler d’abondantes larmes aussi à cette mère de famille qui avait épousé le défenseur du Canada.

Qu'ils se consolent, tous les descendants de Montcalm. Sa mémoire n’a jamais été ternie, sa gloire

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