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cette terre où s'illustrèrent les enfants de la vieille France. Nous aimons à relire les écrits de ces braves Franco-Canadiens qui, par leurs élans patrioliques, par leurs revendications incessantes de leur première origine, par leur constant dévouement à la France, montrent, de la facon la plus catégorique, que des cœurs amis battent avec force sur les bords des orands lacs autrefois les témoins de nos victoires.
L'œuvre accomplie par Montcalm ne périra jamais. Elle a déjà porté ses fruits, malgré la perte du Canada; elle lui à survécu, et se perpétue encore au milieu de ces populations franco-canadiennes qu’il savait si bien subjuguer, et qu'il menait si souvent à la victoire. Le sauvage n’est point ingrat, il oublie difficilement. Que de fois, dans ces pauvres et misérables cabanes de paysans canadiens, à qui la vie est dure et pénible, les ge ct au séjour des Français! Chez les uns, on retrouve un
voyageurs ont aperçu la trace du passa vieux sabre .aservé religieusement ; chez d’autres, cest un guidon qui porte encore lPindication du régiment auquel il appartenait; chez tous, on aper-
çoit et on constate l’image de la vieille patrie
française vivante et gravée dans leurs cœurs.
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Parlez-leur de Montcalm, de Bourlamaque et de
Lévis, et aussitot leurs yeux brilleront et des étincelles de feu jaillissantes donneront à leur physionomie animée une expression insaisissable qui tient
le milieu entre l’espérance et le regret. Espérance sans doute pour ces descendants de ces Français généreux de redevenir ce que furent leurs pères; regret d’avoir perdu cette qualité et d’appartenir à l’Angleterre qu’ilsexècrent. Oui, ces Franco- Canadiens pensent à nous et nous aiment encore. Ils ont oublié depuis longtemps l’ingratitude de la mère patrie. En présence des persécutions anglaises, des mauvais traitements, des vexations du gouvernement qu'ils ont subies, leur cœur a parlé, leur courage abattu s’est réveillé, l’espérance a lui. Ce peuple, grandi par le malheur, par ladversité, a revendiqué ses droits à plusieurs reprises. Il a entrepris de grandes luttes politiques qui ont duré soixante-quinze ans, et, à force de travail et de courage, 1l est devenu, politiquement, commercialement, un des plus grands de l'univers (1).
Les tentatives qu'il a faites pour reconquérir son origine perdue, les manifestes qu’il a édités, les
(1) Montcalm et le Canada français, par de Bonnechose, p. 167 et 168.
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revendications dont il a fait parade à plusieurs reprises depuis un siècle, démontrent hautement que dans un avenir peut-être peu éloigné le Canada deviendra libre. A l'exemple des États-Unis d'Amérique, il enlèvera de ses monuments cet emblème anglais qui les souille depuis trop longtemps déjà, et le remplacera par le drapeau français, ce drapeau tricolore qui a fait le tour du monde et qu'il a arboré dans ses manifestations publiques (1).
(1) Les Canadiens ont donné récemment une nouvelle preuve de leur amour pour la France. Ayant appris que le nom, « Nouvelle- France », donné à l'une des casernes de Paris, allait être, ou pouvait être supprimé, ils en ont réclamé le maintien. M. de la Brière, qui a plaidé leur cause avec beaucoup de patriotisme et de cœur, vient de recevoir du ministre de la guerre la lettre que nous nous empressons de reproduire, parce qu'elle démontre combien est vivace en France le souvenir de notre colonie perdue.
« Paris, 25 août 1886.
A Monsieur L. de la Brière.
« Monsieur, je viens de lire votre article, très touchant et très juste, sur le nom de « Caserne de la Nouvelle-France », qu'il serai question de changer. Vous invoquez des souvenirs qui ne s’effaceront pas, en me rappelant l'accueil que j'ai recu au Canada, il y a quelques années ; et vous feriez triompher la cause que vous plaidez si bien, si elle n'était gagnée d'avance.
« Dites à vos amis les Canadiens-Francais, qui sont aussi les miens, que ce nom restera et que leur hôte de 1881 ne voudra pas effacer dans Paris ce témoignage de notre sympathie pour eux.
« Recevez, Monsieur, etc.
« Généra] BOULANGER.
(Voir le Figaro du 26 août 1886.)
nds
L’Angleterre peut craindre pour l'avenir, car il est sombre est prophétique. Un homme se leva, il y a à peine deux années, et osa protester contre les actes répréhensibles du gouvernement anglo-canadien. Louis Riel, Franco-Canadien, métis de naissance, presque sauvage, religieux à l’excès, se croyait inspiré de Dieu et chargé par lui de délivrer le Canada du joug anglais. Il souleva les métis et les
sauvages du nord-ouest. Il agita les villages et les |
villes babités par des Français. Il montra, par sa
conduite et l’exemple qu’il ne cessa de donner à ses f prosélytes, qu'il avait du sang français dans les vei- î nes. En peu de jours il devint le chef d’une insurrec- f: tion formidable qui fit trembler l’opulente Albion. 1
L'armée anglaise, comme au temps de Montcalm, | a lutté contre les troupes de Rüel, formées à la l hâte et bien disciplinées cependant. La cause défen- M due par ce Franco-Canadien à été perdue, mais É
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cœur de ce métis. Un cri d’admiration, bientôtM suivi d’un cri de douleur, a sillonné la vieille colonieM française. Riel se constituait prisonnier et s’avouaith
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des armes anglaises. Ce furent des cris de joie, des articles violents contre les organes de l’opinion française. Rieï, d’après eux, devait être exécuté. On pensait bien tuer ainsi l’idée française et éteindre son influence.
Pendant plusieurs mois l'opinion publique fut divisée, dans ce pays à demi anglais, à demi français. Des meetings étaient organisés pour approuver l’œuvre et les actes du patriote français, des souscriplions ouvertes pour subvenir aux frais de sa défense. Des félicitations lui arrivèrent même dans sa prison. Un grand enthousiasme envahissait le cœur des Franco-Canadiens.
Les Anglais, au contraire, écartant l’état mental de Riel, demandaient justice et réclamaient vis-àvis de lui la fermeté, Une lutte sanglante s'était engagée entre les races anglo-saxonne et francaise. L’animosité qui existe depuis longtemps ne faisait que donner de nouveaux éléments de dis: corde dans le duel entre deux nations rivales soumises à la même domination, aux mêmes lois. On pressentait déjà pour l'avenir de nouveaux combats,
| de nouvelles luttes. Les mécontentements des Fran-
çais contre le gouvernement canadien, composé en grande partie de membres d’origine anglaise,
éclataient au grand jour. Et, malgré tout ce débor.dement patriotique et antianglais, malgré cette crainte des troubles imminents, le chef du gouvernement colonial, sir John Macdonald, soutenu aux dernières élections par les Canadiens français, laissa exécuter Louis Riel.
Le condamné de Regina monta sur l’échafaud avec fermeté et courage, se souvenant de son origine et confiant dans la mission qu’il avait accomplie et qui ne devait pas manquer de produire tous ses effets.
À peine la justice anglaise venait de terminer son œuvre qu’un immense cri de douleur se fit entendre dans toutes les villes du Canada. Partout l’indignation et l’exaspération soulevèrent les consciences françaises. À Montréal, le drapeau anglais fut remplacé par le drapeau tricolore, sur l’ordre du conseiller municipal Robert, et malgré les protestations du maire et des autorités anglaises. Au Champ de Mars, les étudiants français organisèrent une manifestation en l'honneur de Riel (1). Tous se mirent
(1) Aussitôt après la mort de Riel, en novembre 1885, 106 réunions publiques, dites meetings d'indignation, eurent lieu; des protestations vinrent même des Etats-Unis d'Amérique; des messes furent dites en l'honneur de ce martyr ; 25 réunions brülèrent les ministres en effigie.
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en marche vers la place Victoria, précédés d’une bannière sur laquelle on lisait ces mots : /iel, héros et martyr ; éloquentes paroles dignes d’honorer un tel homme! La foule grossit bien vite les rangs de cette jeunesse patriotique. Près de trente mille personnes ne craignirent pas d'affirmer leurs sentiments pour la France et de protester contre l'exécution de Riel. Arrivés au pied de la statue de la reine Victoria, les manifestants formèrent le cercle et y suspendirent le mannequin du chef des ministres, sir John Macdonald, qu’ils brülèrent en effigie. Le même sort fut réservé à d’autres membres du ministère, indignes, comme ce dernier, des sympathies des Français. On chanta la Marseillaise dans la ville. Cet hymne national, chanté par nos glorieux ancêtres devant les armées étrangères conjurées contre nous, qui les conduisit si souvent à la victoire et à la mort, retentit dans les rues de Montréal et de Québec, semant dans le cœur de tous les Anglais la haine profonde et éternelle de la France canadienne.
Depuis ce jour, des manifestations bruyantes et antianglaises se sont produites sur tous les points du Canada. Tous les Français ont tenu à protester
publiquement contre l'exécution de celui qu'ils ont
regardé comme un patriote, un héros, un martyr. Le Monde, de Montréal, félicita le conseiller Robert de sa décision courageuse et patriotique en des termes éloquents que l’on doit reproduire : « Bravo, conseiller Robert! disait-il. Vous avez bien agi. Votre action est patriotique : le drapeau tricolore remplaçant le drapeau anglais, bravo! »
Et la Presse, de son côté, ajoutait ces paroles :
« Un patriote vient de monter au gibet pour un de ces crimes purement politiques auxquels les nations civilisées n’appliquent plus la peine de mort. Un pauvre fou vient d’être livré en holocauste à des haines sauvages, sans que même on ait daigné prendre le soin de s’assurer de son état mental. L’échafaud de Riel brise tous les liens de parti qui avaient pu se former dans le passé. Désormais il n”y a plus ni conservateurs ni libéraux ; il n’y a que des patriotes et des traîtres, le parti national et le parti de la corde(r). »
Un meeting en plein air eut lieu à Montréal, quelques jours après l’exécution de Riel, auquel assistèrent tous les patriotes français. Il y fut décidé que le mot d’ordre était désormais : « Guerre au
(1) Correspondance reçue de Québec, à la date du 27 novembre 1885, par la Gironde.
un martyr.
iller Robert que en des *e: « Bravo, z bien agi.
au tricolore »
ces paroles :
bet pour un quels les nane de mort.
holocauste à on ait daigné mental. L’éde parti qui brinais 1l n”y ya que des let le parti
Montréal, Riel, auquel y fut décidé
Guerre au
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gouvernement des bourreaux. » Un orateur déclara hautement la trahison et la forfaiture du parti anglais, et exprima les résolutions viriles adoptées par les chefs des partis français, tous unanimes el confondus dans un même sentiment. Un parti national français recut une consécration officielle et une mission politique. Un manifeste fut rédigé. Il indiquait la politique des Canadiens français. Comme on le voit, l’exécution de Riel a causé une émotion légitime et durable au Canada. Les solutions énergiques prises par les comités patriotiques des partis français semblent indiquer, d’une manière précise, qu'une lutte est désormais engagée entre l’élément français et anglais, lutte qui sera certainement de longue durée, mais qui profitera à nos frères d'Amérique. Tous nos vœux les accompagnent. Ils ont notre approbation et tous nos encouragements. Ils combattent pour une sainte et noble cause, la liberté : ils seront vainqueurs ! Ce n’est pas que nous espérions les voir revenir à nous. Telle n’est pas notre ambition. Le Canada est à tout jamais perdu comme colonie française. Mais du jour où il sera affranchi totalement de la domination anglaise, qu'il sera devenu complètement libre de son administration, qu'il aura proclamé la
de supériorité de la langue française, de nos nobles et libérales institutions, que :e drapeau tricolore sera arboré sur tous les monuments de ses villes, nous pourrons nous flatter d’avoir donné naissance à un grand peuple, français comme nous, courageux comme ses ancêtres. La Nouvelle-France sera ressuscitée, et la république canadienne, unie par la langue, par le cœur, par les mœurs, à la République française dans une communauté de sentiments et d'idées, répandra en Amérique tous les bienfaits de la civilisation et les grandeurs de la mère patrie (1).
(1) De 1663 à 1670, 10,000 Francais au maximum ont émigré au Canada. En 1760, ces Franco-Canadiens étaient au nombre de 70,000, et, à l'heure actuelle, la descendance de ces 10,000 émigrés a certainement atteint le chiffre de plus d’un million et demi d'individus de race française.
Au recensement de 1880, la population totale du Canada était de 4,824,810 habitants; sur ce nombre, il y en avait 1,298,929 d'origine francaise (Census of Canada, 1880-81, tome I[°", Ottawa, 1882). De plus, on sait qu'il existe un courant d'émigration assez fort entre le Canada et les États-Unis. Le nombre des Franco-Canadiens qui ont émigré aux États-Unis n'est indiqué ni dans les statistiques canadiennes ni dans les statistiques américaines ; ce nombre est estimé par les uns à 200,000, par d'autres à 300,000, par d'autres encore à 500,000. Le nombre des Français qui ont émigré au Canada depuis la cession à l'Angleterre est très faible; en effet, sur ce nombre de 1,298,929 Canadiens d'origine francaise, il n’y en a que 4,389 nés en France. Les Canadiens d'origine francaisetiennent le premier rang; après eux viennent les Canadiens d'origine irlandaise, au nombre de 957,403; ceux d'origine anglaise, au nombre de 881,301; ceux d'origine écossaise, au nombre de 699,863; ceux
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Ce jour-là nous dédommage A largement de la perte que nous avons faite, et Montcalm sera bien vengé.
d'origine allemande, au nombre de 254,319, etc. Bien que les caractères anthropologiques qui séparent les Canadiens de diverses crigines soient peu marqués, les groupes se mélangent beaucoup moins qu'on ne croit : le pays d’origine, la langue, la race, la religion, les traditions, séparent les Canadiens de chaque nationalité. Ne voyons-nous pas, chez nous, des groupes de même sang, de même race, de même langue, comme les protestants par exemple, se maintenir indéfiniment? 11 y a quelques rares mariages mixtes, mais les enfants rentrent dans l'un ou l'autre camp et les groupes subsistent toujours.
Au recensement de 1870 (Census of Canada, 1870-71, {tome °®r, Ollawa, 1873), Sur un total de 3,485,761 habitants, les Canadiens d'origine francaise étaient au nombre de 1.082.940. Sur ce nombre, 2,899 seulement étaient nés en France. Les Canadiens d'origine irlandaise étaient au nombre de 846,414, ceux d’origine anglaise au nombre de 706,369, ceux d'origine écossaise au nombre de 549,946, ceux d’origine allemande au nombre de 202,991. En dix ans, l'augmentation de la population avait donc été de 19,9 p. 100 pour les Canadiens d’origine francaise, de 13,1 pour les Canadiens d'origine irlandaise, de 24,7 p. 100 pour les Canadiens d’origine anglaise, de 27,2 p. 100 pour les Canadiens d'origine écossaise, et de 25,2 p. 100 pour les Canadiens d'origine allemande. Ce sont là des augmentations énormes. Pour établir un terme de comparaison, nous ferons remarquer qu'en 65 ans (1821-1886), la population de la France n'a augmenté que de 16 p. 100. (Voir D' J, Orgeas, son intéressant et magistral ouvrage ayant pour titre : {a Pathologie des races humaines et le problème de la colonisation) 1 vol. in-8, Paris, 1886 ; Octave Doin), pages 307 et 308.)
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