‹ Montcalm et le Canada françaisChapitre 19 sur 39 · Voir la carte n · texte numérisé non relu

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patrie et des lettres, Wolfe et son rival appartenaient à la même race, à celle des héros.

Au milieu du mois de mai, «presque dans le sillage des navires de Bougainville, la flotte anglaise parut sur le Saint-Laurent. Dans cette navigation inconnue et pleine de périls, elle était guidée par un pilote canadien, un transfuge, qui a laissé son nom en otage à l'histoire : Denis de Vitré.

Chaque marée pousse en avant les navires de l'invasion : ils ont franchi le cap Tourmente, puis la grande île d'Orléans. Un gigantesque rocher de granit et d'ardoise, s' élançant de la rive septentrionale, semble barrer le fleuve. Au pied et sur la cime de ce roc, apparaît aux Anglais,, sous les rayons d'un soleil de juin, un étonnant assemblage de clochers en branle, de batteries en feu, d'esplanades verdoyantes, d'arbres séculaires, de dômes et de toits métalliques, réfléchissant la lumière comme autant de miroirs ; ville couronnée par une citadelle aux bastions à pic, assise sur un cap de trois cents pieds de hauteur, sortant tout droit du fleuve. Éblouissant tableau, qui se reflète dans l'onde d'un bassin assez immense pour contenir cent vaisseaux de ligne à cent vingt lieues de la mer. C'était la capitale de la Nouvelle-France.

A deux reprises déjà, les vaisseaux anglais étaient venus battre de leurs boulets la ville de Ghamplain , mais cette troisième fois des hurrahs de victoire se mêleront aux dernières bordées et les mâts seront pavoises au retour.

Dès 1758, Montcalm écrivait au ministre : c II y a j deux ans que je ne cesse de parler de l'entreprise et

> de la descente que l'ennemi peut faire à Québec;

> on ne veut rien prévoir ni rien ordonner. » Dans sa dépêche du 12 avril 1759, le général dit enCore : « A

T> Québec, rennemi peut venir si nous n'avons pas d'es- » cadre ; et la capitale prise, la colonie est perdue : » cependant nulle précaution. J*ai écrit, j'ai fait » offre de mettre de l'ordre pour empêcher une fausse » manœuvre à la première alarme; la réponse : Nous y> aurons le temps. »

La flotte anglaise en rivière, on avait dû cependant aviser à la défense. Soutenir un siège dans Québec eût été folie, car la ville, imprenable par eau, était à peine close du côté du plateau élevé sur lequel elle est bâtie : il fallait donc à tout prix, en s' opposant à un débarquement, empêcher l'ennemi de tourner la place.

A gauche de la ville*, à partir de l'embouchure du Saint-Charles, la côte du Saint-Laurent est d'un accès facile ; en toute hâte on y construisit un retranchement long de deux lieues et aboutissant au ravin par lequel Técumeux Montmorency se précipite de 300 pieds de hauteur dans le grand fleuve. Au milieu de cet immense camp retranché qui prit le nom de Beauport, village voisin, l'armée française dressa ses tentes; elle communiquait par un pont de bateaux avec Québec, situé de l'autre côté de la rivière Saint- Charles. A droite de la ville, en remontant le Saint- Laurent, ce ne sont que gigantesques falaises dentelées, partout à pic, sauf quelques rampes escarpées et bien fortifiées, du haut desquelles une poignée d'hommes suffit à pousser dans l'abîme des régiments entiers. Si celte ligne de défense n'était pas forcée avant la mauvaise saison, Québec était sauvé pour un an. Wolfe avait trois mois pour s'immortaliser.

1« Voir sur la carte n°2 le plan des environs de Québec.

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