HOMMAGES RENDUS A LA MEMOIRE DE MOHTCALM
La France du xyiii* siècle fut, après coup, prise de pitié pour sa yictime et ne marchanda pas les honneurs à sa mémoire. La sculpture et la. peinture reproduisirent les traits du défenseur de Québec, le roi gratifia la marquise de Montcalm d'une pension de 4000 livres, chacun des enfants en eut une également : l'aîné des fils obtint le régiment de son père et le cadet une compagnie dans le même régiment*
i. Nous tenons à exprimer ici anx écrivains qui ont raconté avant nous la conquête du Canada, toute notre reconnaissance pour le fruit que nous avons recueilli en étudiant leurs travaux. Depuis quelques années, diverses publications ont, en effet, paru en France sur la perte de la grande colonie nationale. M. Dussieux d*aborda publié son excellent précis de V Histoire du Canada, Après lui, le R. P. Sommervogel a commencé la publication des lettres intimes de Montcalm. Enfin un autre volume sur le marquis de Montcalm et les dernières années de la domination française au Canada a été écrit par le R. P, Martin, qui, en 1859, lors de l'inauguration du monument élevé par la ville de Québec à son défenseur, avait prononcé ToraisoD funèbre du général.
D'un autre cdté, nous avons découvert de précieuses ressources dans les publications franco-canadiennes. Aux grands travaux historique sdes Holmes, des Gameau, des Ferland, des Faribeau, ont succédé, dans ces dernières années, d'autres œuvres du plus vif intérêt : MM. Le Moine, Gasgrain, Gagnon, 0. Dunn, Laverdière, Chauveau Tanguay, Yerreau, David, R. Sulte,^ J. Tassé, Faucher de Saint- Maurice, pour ne citer que quelques-uns des annalistes canadiens, continuent avec autant de talent que de patriotisme l'étude des questions historiques et politiques.
ii8 APPENDICE.
Quand éclata la Révolution, l'Assemblée nationale sut, elle aussi, honorer les vertus de Hontcalm, et, par une inspiration patriotique, elle associa dans une même récompense les noms de Hontcalm et de d'Âssas. Les deux familles furent ensemble l'objet d'une glorieuse exception, consacrée par l'article 19 de la loi du 22 août 1790, concernant les pensions et autres récompenses nationales. Cet article est ainsi conçu :
« Art. 19/ — Nonobstant l'article 8* du présent titre, relatif aux enfants des officiers tués au service de l'État, tes enfants du général Montcalm, tué à la campagne de Québec, au lieu de la somme de 3000 francs qu'ils devaient se partager entre eux aux ternies dudit article, toucheront 1000 livres chacun; l'Assemblée Nationale autorise les commissaires par elle nommés pour la distribution des nouvelles pensions, à exprimer, dans le brevet de . lOOO livres qui sera délivré à chacun desdits enfants, que cette exception a été décrétée par elle comme un témoignage de son estime particulière pour la mémoire d'un officier aussi distingué par ses talents et son humanité que par sa bravoure et ses services éclatants. La même mention serp faite dans les brevets qui seront expédiés à la famille d'Assas*. »
Malgré la perte du Canada, et leur retour en France,
1. Qui limitait à 3000 flr. le montant des pensions accordées à une même famille.
2. Nous empruntons an Moniteur du 2 août 1790 le compte rendu de la discussion qui, dans la séance du 31 juillet, motiva la rédaction de Tarticle 19 :
ff M* Freteau : M. de Montcalm a laissé quatre enfants vivants, à chacun desquels TÉtat a donné 1000 livres de pension, pour témoigner sa reconnaissance à celui qui a soutenu l'honneur des armes françaises à Québec, et dont le tombeau eût été couvert des lauriers de la victoire si ce grand homme eût vécu deux heures de plus. M""* de Damas, sa fille, a reçu au lieu de 1000 livres 4000 livres. Je viens, de sa part, remettre mille écus à la nation. (Des applaudissements interrompent l'orateur.) On propose que Ton conserve un ca* pital de 4000 livres pour la famille de M. de Montcalm, en énonçant, dans le nouveau brevet, que c*est par égard pour les services
ajoute le R. P. Martin, les compagnons d'armes de Montcaim n'avaient pas oublié le théâtre dotant d'exploits ni un général qui avait été leur idole. Ils avaient songé immédiatement à élever un monument à sa mémoire pour honorer le lieu de sa sépulture, et laisser dans le Canada un souvenir éloquent de leurs regrets.
BougainvillCy alors lieutenant - colonel d'infanterie, adressa la lettre suivante à MM. de l'Académie des Inscriptions à Paris, pour obtenir leur concours :
€ Messieurs,
> Si les monuments décernés par la voix publique aux défenseurs de l'État, en Grèce et dans l'Italie, sont un des principaux objets de vos études, la plus noble de vos prérogatives est le droit que vous avez d'en consacrer de pareils à ceux de vos concitoyens que des qualités rares, des services importants, de grandes actions produites par de
de leur père. M>*« de Damas attend de cette énonciation un plus grand motif d'encouragement pour ses enfants.
> if. Camw. Les enfants de M. de Hontcalm ont été plus maltraités que leur sœur; en reconnaissant la générosité de l'action qu'elle fait aujourd'hui, je crois qu'on doit aussi laisser à la nation la faculté de reconnaître les services de leur père. Je demande donc que la proposition de M. Freteau soit renvoyée au comité des pensions.
» M. de Montcalm : Je remercie l'assemblée au nom de mes cousins, de la bienveillance dont on veut bien les honorer ; ma famille ne sert point pour l'argent, l'honneur est la seule récompense qu'elle ambitionne.
» M. de Montcalm reçoit les applaudissements de l'assemblée.
M M. de Noailles : La proposition de M. Freteau doit être prise en considération. Les services de M. de Montcalm ont fait connaître son nom dans les deux mondes ; sa valeur et ses talents militaires ont honoré les armes françaises. Je ne retracerai point les actions de guerre qui ont distingué ce brave général; mais je citerai un fait particulier qui touchera l'assemblée et qui lui montrera que les vertus civiques et guerrières ont des droits sur tous les peuples. Lorsque les troupes françaises se sont présentées dans le Nouveau-Monde, elles ont reçu des témoignages d'attachement de plusieurs hordes de sauvages. Il n'en est aucun qui n'ait donné des marques de respect
grands motifs^ ont rendus chers à la France. La Nation se repose sur vous du soin que d'anciennes Républiques prenaient elles-mêmes; c'est à vous qu'il appartient d'acquitter ce que l'on croit devoir aux hommes illustres qu'elle a perdus, mais qui se sont immortalisés en la servant.
» Le marquis de Montcalm mérite de vous cet honneur. Il a vécu trop peu pour la patrie, assez pour sa propre gloire, puisqu'il n'est mort qu'après avoir eu le temps et les occasions de manifester à nos yeux des talents, un courage et une vertu que des épreuves décisives, et de plus d'un genre, ont mis dans tout leur jour. Nos ennemis, en même temps qu'ils prodiguaient les témoignages de la plus haute estime à leur chef tué dans la même affaire, ont comme nous pleuré notre général. Les habitants de leurs provinces, dont le nom de Montcalm fut la terreur, ont mêlé leurs regrets aux larmes de nos soldats, dont il était le père et l'exemple.
> Les Anglais, maîtres aujourd'hui des lieux où ses cendres reposent, veulent bien nous y laisser le droit d'y rendre un hommage public à la mémoire d'un homme qu'ils honorent autant que nous le regrettons. Le corps du marquis de Montcalm est déposé dans l'église des Ursulines à Québec. Une inscription manque à sa tombe. Prêtez, Messieurs, votre voix à la juste douleur des troupes qu'il commandait, aux regrets des Canadiens qu'il a défendus et aux sentiments que lui doit à jamais sa nation. »
pour la conduite de M. de Montcalm à la tète de nos troupes dans la guerre du Canada,' et des témoignages d*admiration pour sa mémoire. Il n'en est point qui n*ait demandé des nouvelles de son nom, de sa famiUe, et qui n*en ait conservé un souvenir juste et touchant. « Si son fils n'a point de service, disait-on, nous le mettrons à notre » tête, j» Je vous demande si de pareilles preuves d'un mérite éclatant peuvent être douteuses, et si à l'instant où les sauvages montrent de la reconnaissance pour des actions glorieuses dont vous avez joui, demande si vous serez au-dessous de ces peuples non policés pour les sentiments de générosité et de reconnaissance. J'insiste sur la mo- ,tion de M. Freteau. »
La proposition êst adoptée*
Pour répondre à ce désir, l'Académie composa en latin une inscription historique*, qui fut gravée sur le marbre et dont nous donnons la traduction :
la repose Pour vivre à jamais dans la mémoire des deux mondes, Louis-Joseph de Montcalm-'Gozon, Marquis de Saint-Véran, baron de Gabriac, Commandeur de VOrdre de Saint-LouiSy Lieutenant général dans les armées françaises; Citoyen éminent, militaire distingué.
Qui jamais n'aspira qu'à la seule vraie gloire. Doué d'un génie également heureux et cultive; Élevé successivement à tous les grades par son mérite. Consommé dans toutes les connaissances de l'art militaire;
Grand capitaine En Italie, en Bohême, en Allemagne; S'acquittant toujours de ses fonctions comme un homme Capable d'en remplir de plus importantes :
Illustre déjà par les dangers qu'il avait affrontés. Et envoyé à la défense du Canada, Avec une poignée d'hommes, il repoussa plus d'une fois
Les armées ennemies.
Il s'empara de places garnies de troupes et bien fortifiées. Endurci au froid, à la faim, aux veilles, aux fatigues. Plein de sollicitude pour ses soldats jusqu'à l'oubli De lui-même, adversaire redoutable, vainqueur magnanime,-
n suppléa A la fortune par le^ courage, et au nombre d'hommes
Par Vhabileié et Vactivité, Pendant quatre ans, il a retardé, par ses dispositions Et sa valeur, la perte imminente de la colonie; Enfin, après avoir longtemps déjoué par toutes les ressources
De sa prudence Une armée nombreuse ^commandée par un général intrépide
Et hardi, une flotte formidable.
Mis dans la nécessité de combattre.
Il tomba blessé au premier rang et au premier choc^-