UN CONSEIL CHEZ LES INDIENS
pendant des journées entières, à tirer du fond d’un calumet, sous le toit d’écorce d’une hutte indienne, d’éternelles bouffées de tabac. Autour du feu du conseil étaient assis, près du général, « ses amis rouges » dont il fait à sa mère ce portrait peu flatté : « Ce sont » de vilains messieurs, même en sortant de leur toi- Jette, où ils passent leur vie. Vous ne le croiriez » pas, mais les hommes portent toujours, avec le » casse-tête et le fusil, un miroir à la guerre pour se » faire barbouiller de diverses couleurs, arranger » leur plumet sur la tête, leurs pendeloques aux » oreilles et aux narines. Une grande beauté, chez » eux, c’est de s’être fait déchiqueter de bonne heure » l’orbe des oreilles, de l'avoir allongé pour le faire » tomber sur les épaules, »
Dans cette étrange compagnie, «pour garder le sérieux qui sied à un guerrier, et surtout à un grand chef », Montcalm dut faire souvent violence à sa gaîté naturelle. Mais, chez ces hommes primitifs, l’horrible est toujours à côté du grotesque, et avant la fin de la seconde campagne, le général d'Onnonthio devait apprendre que la nature sauvage n’abdique jamais, et qu'il vient, tôt ou tard, une heure où elle ressaisit sa proie avec une main ensanglantée,
En attendant, il faisait coûte que coûte son métier de charmeur, il ne pouvait s'empêcher d’enrager un peu : «Avec mes amis les Sauvages, souvent insup- » portables, écrit-1l à sa mère le 16 juin 1756, il faut » avoir une patience d'ange : depuis que jesuis ici, ce » ne sont que visiles, harangues et députations de » ces messieurs: les dames des [roquois, quiont tou- » Jours part, chez eux, au gouvernement, en ont été » aussi et m'ont fait l'honneur de m'’apporter un
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