EN RÉJOUISSANCE DE LA VICTOIRE REMPORTÉE SUR LES AN
(D'après une gravure de 1
DEVANT L'HÔTEL DE VILLE DE PARIS LE 1: OCTOBRE 1748. —PORTÉE SUR LES ANGLAIS, EN AMÉRIQUE, PRÈS LE LAC CHAMPLAIN
D’après une gravure de l’époque.)
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avorter. Les vainqueurs, en effet, allaient se disperser, car on n’eût pas trouvé un Peau-Rouge qui doutât qu'après un coup heureux, braver de nouveau le péril ce ne soit tenter « le Maitre de la vie », et, ajoute Bougainville, le curieux historiographe de cette expédition, « leur esprit superstitieux et inquiet à l’excès jonglait, rêvait et se figurait que tout délai pouvait leur être fatal ».
Pour combattre ce fantôme, pour arrêter cette panique du succès, que faire? La parole du général d'Onnonthio suffirait-elle à retenir les Sauvages, nos indispensables auxiliaires au milieu de ces déserts? Montcalm, afin de l'essayer, convoqua une assemblée générale.
Avec sa guirlande de forêts aussi vieilles que le monde, l’Horican, le plus gracieux des lacs américains, déroule au loin ses replis transparents, où se reflètent des îles sans nombre. Autour du feu du Con-
seil allumé sur la grève, près des pirogues asséchées,
les guerriers des trente-deux nations alliées viennent silencieusement s'asseoir. Ces trente-deux peuplades éphémères, où sont-elles aujourd’hui? Où sont-elles aussi les anciennes neiges du Canada? Pauvres Indiens, race sans avenir, chez qui le culte instinctif des tombeaux semblait trahir le pressentiment d’une courte et fatale destinée!
Après que chaque orateur eut parlé « en liberté et » à sontour, ce qui, parmi les Sauvages, n’est jamais » sujet à aucune confusion », Montcalm se leva, et à la lin de son discours, s'inspirant des usages des Indiens, il montra à l’assemblée un collier symbolique formé d'innombrables petites coquilles, puis élevant la voix : « Pars, m’a dit notre roi, va au delà du grand
» lac défendre mes enfants et les rendre heureux et
» invincibles. Ce collier que je vous offre de sa part » esL le gage sacré de ma parole, la cohésion de ses » grains est l’image de notre union et de notre force. » L'orateur lança alors, au milieu de l'assemblée, le collier de wampum. Un guerrier ottawais, nommé Pennahoel, orné d’un hausse-col et d’une médaille avec le portrait du roi très chrétien sur une face, et sur l’autre Mars et Bellone, releva les coquilles et, en les présentant aux assistants : € Voilà maintenant, dit-il, * un cercle est tracé autour de nous par le grand Onnonthio, notre père : malheur à qui en sortira, le » Maître de la vie le châtiera, mais que cette malé- » diction ne retombe jamais sur toutes ces nations » sœurs qui veulent former, ici, une union que rien » ne puisse rompre en obéissant toujours à la volonté » de leur père. » Un murmure approbateur couvrit ces dernières paroles : sur la mobile assemblée il passa comme un souffle belliqueux. Puis du sein de la foule frémissante, déjà oublieuse de ses superstitieuses terreurs, une voix, sur un rythme lent et d’un accent guttural, entonna cette invocation aux esprits tutélaires : « Manitous, Manitous, vous tous qui êtes » dans les airs, sur la terre et sous nos pieds, détruisez » nos ennemis, livrez-nous leurs dépouilles et ornez » nos cabanes de leurs sanglantes chevelures. » Une explosion de hurlements et de cris à peine humains répondit à ce chant : Montcalm pouvait compter sur ses alliés, toutes les fureurs de la guerre les possédaient.
Deux jours après cette scène, lè canon d’alarme du fort William Henry faisait retentir l'écho des montagnes. Le siège commença le 3 août : lesopérations, conduites par l’ingénieur Desandrouins, en sont pittoresquement décrites dans le journal rédigé par
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part Bougainville et conservé dans les archives de la le ses Guerre“. Malgré sa garnison de deux mille cinq cents ce. » hommes, ses quarante canons et son camp retranché, > col- la place ne pouvait résister; mais au fort Edouard ou Pen- Lydius, à quelques heures de marche vers Albany, le avec vénéral Webb commandait six mille hommes; d’heure L sur en heure, le vieux Monro, le défenseur de William n les Henry, écoutait si le canon ne grondait pas sur la lit-il, route de l’Hudson : de ce côté, les bois restaient si- 1 On- lencieux. Une lettre cachée dans une balle creuse fut ra, le découverte sur un courrier tué par les Peaux-Rouges; nalé- M elle était écrite par Webb pour informer son frère tions d'armes de ne pas attendre son secours, et pour l’enrien gager à capituler sans scrupule. Monro était perdu, lonté Montcalm lui écrivit aussitôt : « Monsieur, un de mes uvrit » partis rentré hier au soir, avec des prisonniers, m’a lée il » procuré la lettre que je vous envoie par une suite de de la » la générosité dont je fais profession vis-à-vis de ceux ersti- » avec qui je suis oblige de faire la guerre. » Quelles d'un furent la stupéfaction et la douleur du vétéran écosprits D sais en recevant par Bougainville communication du êles message de Webb : un soldat seul pourrait le bien uisez dire. * nez | Le 9 août, les tambours du fort battirent la cha- Une made ; William Henry se rendait.
ains Avant de signer la capitulation, ee utant sur pour flatter ses alliés que pour'les lier par leür-Mter- DSSÈ- vention même, convoqua les chefs indj@ns à #tonférence dans la tranchée; tôus. ap AN e du articles de la convention et s’engagèren#ff à maïn- LE 1. L'ingénieur Desandrouins, de son côté, a PAT Journal tant du } On$, siège de William Henry que de celui de Chouaguen. Une seit] pit- communication nous a mis à même d'étudier ces documents abso 4 par ment médits : il s’y trouve, au point de vue technique, de très inté-
ressants détails qui complètent utilement le récit de Bougainville.
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enir la jeunesse dans le devoir ». Hélas! ils se vantaient, et la journée du lendemain devait donner à leur parole un sanglant démenti.
Nous vaici arrivés à cet épisode déplorable qui, démesurément grossi et dramatisé sous la plume d’un romancier de génie‘, est devenu « la légende du massacre de William Henry ». Que de déclamations contre l’armée française cette aventure n’a-t-elle pas suscitées en Amérique : mais qu'est-ce que l’histoire, pour qu’un des généraux les plus connus de l’armée fédérale des Etats-Unis ait paru prendre au sérieux, dans une publication récente, des soupçons dont un juge comme M. Bancroft, l’antifrançais, avait déjà fait cependant bonne justice”. La vérité sur cet évènement, la voici telle qu’elle apparaît, dans Loute sa simplicité, à la lecture des dépèches, tant officielles que secrètes, adressées au gouvernement français par les chefs de la colonie.
La garnison du fort était entre les mains de Montcalm, mais celui-ci, hors d'état de nourrir près de trois mille prisonniers, et voulant, en mème temps, honorer la belle défense de Monro, avait consenti à laisser les troupes anglaises retourner dans leur colonie avec armes et bagages, après engagement pris de ne pas servir contre la France pendant dix-huit mois. Déjà, lors de la prise de Chouaguen, les Indiens se souciaient peu de respecter une capitulation qui les frustrait du pillage, mais, à force de présents, le général était parvenu à les maîtriser, car, écrivailil alors au ministre : « Il n’y.a rien que je n’eusse