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en avant, et s'établit sur le bord‘du lac supérieur, comme s’il voulait prendre l’offensive. — Abercromby, dérouté, retarde de quatre jours le départ de ses troupes et attend jusqu’au 6 juillet pour oser traverser le lac avec ses vingt mille soldats’. Devant les Anglais, la retraite se fit le long de la rivière de la Chute avec une telle audace et un tel ordre, qu’on n’eût pas perdu un homme, si un corps détaché de trois cents volontaires, s’égarant dans les bois, ne füt Lombé au milieu d’une colonne ennemie qui l’extermina. Cet unique succès coûta cher aux Anglais, car la première balle française tua le brigadier général, lord Howe, l’âme de l’expédition, dont Abercromby n’était que le chef officiel.
Pendant la retraite, Montcalm avait jugé son adversaire, et il écrivit, chemin faisant, à Vaudreuil ce billet : « J'espère beaucoup de la volonté et de la va-! leur des troupes françaises; je vois que ces gens-là marchent avec précaution et tâtonnent : s’ils me donnent le temps de gagner les hauteurs de Carillon, je les baltrai. » |
En s’arrêtant le 6 juillet au soir sous le canon du fort, les troupes aperçurent le nouveau retranchement de huit à neuf pieds de hauteur : il suivait les sinuosités du sol et tous ses bastions de bois se flanquaient réciproquement. Des batteries improvisées et le canon du fort balayaient le bord de l’eau et, à droite, quelques trouées qu’on n’eut pas le temps de fermer. Mais l’abatis projeté pour défendre les approches restait à faire.
« Le lendemain, les officiers, la hache à la main,
4. Le rapport officiel d’Abercromby, adressé à Pitt, avoue le chiffre de 17 000 hommes, — Les Français ont prétendu que le nombre des Anglais était de .25 000 ; le chiffre de 20 000 paraît être exact.
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donnent l’exemple, « les drapeaux plantés sur l’ouvrage. » Les érables tombent sur les bouleaux, les hêtres pourpres sur les pins. L'armée travaillait de bon cœur, cependant elle cherchait des yeux le brave Lévis : « Oùest Lévis? » Enfin, le voici : « Vive Lévis! » il accourait du pays des Cinq-Nations avec quatre cents soldats d'élite. — Grâce à ce renfort, le seul qui parvint à temps, le nombre des combattants sera de trois mille cinq cents. À
On couche au bivouac : dès l’aube, la générale réveille les bûcherons et la hache de frapper encore. A midi et demi, un coup de canon retentit, c'était le signal. Chaque bataillon, l’arme au bras, est dans son bastion, Royal-Roussillon au centre, avec son drapeau d'ordonnance rouge et bleu. Le soleil de juillet, brûlant en ce climat, « un soleil de Naples », calcinait les rives de Champlain. « Mes enfants, la journée sera chaude, » dit Montcalm en jetant à terre son : habit. Déjà aux sons aigus du fifre et de la cornemuse, les Anglo-Américains s’élançaient dans la clairière en quatre colonnes, grenadiers en tête et chasseurs sur les flancs.
L’ennemi à cinquante pas d fusils français, jusqu'alors imphobiles, Sal sur toute la ligne : trois millé alles sifrép, fois ; décharge foudroyante au He à rompus par les obstacles des abkrgs.
vacillèrent sous le plomb, reculèrè dés uis intrépidement à la charge, pour rè ler;,encore et revenir pendant six heures de suite. Effrt AIS y He vient, entremêlé de sorties à la baïonnette, am de l’abatis d’arbres enflammés par la fusillade.
Dans l'intervalle des attaques, quand la fumée s'était éclaircic, l’on entrevoyait des fantassins en
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uniforme blanc sauter du haut des bastions pour éteindre le branchage en feu; puis çà et là, plantés sur le parapet, des drapeaux dont le vent du lac soulevait la soie trouée par les balles. Devant les retranchements, partout des morts et des blessés en habits rouges, culbutés ou accrochés dans les branches de l’abatis ; à droite, aboutissant au pied même du bastion, un monceau de cadavres aux jambes nues, aux vêtements bigarrés : c'était là que les montagnards écossais avaient donné l'assaut.
Le canon gronda aussi du côté de la rivière : vingt pontons armés descendus à la chute s'approchèrent pour jeter à terre des troupes de débarquement; mais Montcalm avait tout prévu : des volontaires postés le long de la rive reçurent « de bonne grâce » les embarcations, et le canon du fort en ayant coulé deux, les autres s’enfuirent à force de rames.
Vers sept heures du soir les attaques cessèrent, le feu continua sur la lisière de la forêt ; à huit heures, il s’éteignit. — Était-ce possible ? les Français ne purent croire d’abord à leur succès. Toute la nuit se passa à compléter le retranchement qu’on s'attendait à voir attaqué le lendemain par l'artillerie. Mais l’ennemi ne revint pas, le découragement des troupes qui s'étaient crues assurées d’une facile victoire, l'ineptie du général, l’ombre de ces grands bois si redoutables dans les ténèbres, avaient changé l’arrêt en retraite, la retraite en panique. Les Anglais s'étaient précipités vers leurs bateaux et traversaient déjà le lac Saint-Sacrement, laissant derrière eux plus de quatre mille morts ou blessés : les Écossais seuls avaient perdu neuf cent cinquante soldats et presque tous leurs officiers. Pour cette année-là, le Canada était sauvé. «€ L'armée, et trop petite armée du roi, écri-
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MONTCALM ET LE CANADA FRANÇAIS. 94 » vait Montcalm à Dorei le soir même de la bataille,
» vient de battre ses ennemis, quelle journée pour la
» France ! Si j’avaiseu deux cents sauvages pour servir » de tête à un détachement de mille hommes d'élite » dont j’ J aurais confié le commandement au chevalier