CHASSEUR CANADIEN
» de licencier moitié de mon armée pour la récolte, » Ne serai-je jamais en Europe à la tête d’une armée » où ces obstacles ne se rencontreront pas! Pour » cette année-ci, je croirai faire beaucoup de parer à » tout : ainsi n’attendez-rien de brillant ; je veux être » Fabius plus qu’Annibal, et c’est nécessaire... » Montcalm était trop modeste, il pouvait promettre du brillant et même du très brillant. La bataille de Carillon que nous allons raconter est un des faits d'armes les plus étonnants et les plus inconnus accomplis par la vieille infanterie française.
Où les Anglais frapperaient-ils le grand coup? C'était le secret du plan de campagne. On finit cependant par savoir que le nouveau généralissime Abercromby concentrait l’armée d’invasion au pied même des ruines de William Henry. Les troupes régulières, Royal-Américain, les bataillons écossais, les régiments de ligne avec leurs grenadiers, s’y rendaient par la vallée de l'Hudson. — Déjà des corps de partisans, des sauvages alliés, et dix mille miliciens y étaient réunis. À ees volontaires venant, presque tous, des colonies puritaines de la Nouvelle-Angleterre, à ces fils des ardents et sombres Indépendants!, on montre de loin le Canada français, papiste et féodal : on leur prèche, au milieu du camp, « le rerenouvellement des, jours où Moïse, la verge de Dieu à la main, envoyait Josué contre Amalec. »
Le lieu de concentration connu, le plan d’invasion est révélé. Du lac du Saint-Sacrement, les Anglais descendront dans le Champlain, et par la rivière
1. Secte républicaine des Presbytériens ou Puritains, qui en Angleterre eut pour chef Olivier Cromwell. Après la restauration royaliste de 1660, la plupart des Indépendants émigrèrent en Amérique et s’éta-
blirent de préférence dans les colonies du nord-est, qui formaient un groupe à part, connu sous le nom de Nouvelle-Angleterre.
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Richelieu qui en sort, ils déboucheront dans le Saint- Laurent près de Montréal, coupant ainsi en deux la colonie française. Mais, pour le succès de cette campagne, illeur fallait d’abord enlever Carillon. Ce fort commandait en amont la courte rivière de la Chute ou de Saint-Frédéric, par laquelle les eaux du lac Saint-Sacrement, après avoir écumé sur des rapides, se déversent dans le Champlain. C’est devant Carillon que Montcalm va attendre les Anglais *.
Son plan était aussi simple qu’ingénieux. Sur la lisière des bois qui, sauf du côté du lac, entourent le fort, s'élève à une demi-portée de canon, devant la place, un mamelon qui la domine. C'était la clef de la position. On décida d’enfermer cette éminence, ainsi que le fort lui-même, dans un retranchement bastionné construit avec des troncs superposés : en mème temps on déboiserait les entours, et les arbres abattus là resteraient à terre, leurs branches aiguisées servant de chevaux de frise. Avant tout, il fallait gagner du temps pour achever l’enceinte et pour attendre lesrenforts que le général suppliait le gouverneur d'envoyer sans perdre une heure. Il n’y avait alors, autour de Carillon, que deux mille huit cents soldats de France et quatre cent cinquante Canadiens. Le gros des forces françaises, y compris les sauvages, était campé aux portes de Montréal ou réparti dans les garnisons. Cependant la descente de l’enncmi était imminente : neuf cents bateaux, cent trente-cinq grandes chaloupes, étaient amarrés devant William fenry : l'artillerie et le matériel déjà chargés sur les radeaux.
Par une manœuvre audacieuse, Montcalm se porte
1, Voir la carte n° 2 à la fin du volume.
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