‹ Montcalm et le Canada français [microforme]Chapitre 35 sur 62 · Voir sur la carte n°2 le plan des environs de Québec · texte numérisé non relu

Voir sur la carte n°2 le plan des environs de Québec

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CITAPITRE X

L'été était fini, septembre commençait; des deux généraux partis pour rejoindre Wollfe, aucun n’avait paru; on sait pourquoi. Les restes de Québec brûlaient sous une pluie de feu, lancée depuis deux mois par des batteries établies de l’autre côté du fleuve, à la pointe de Lévis : dans l’île d'Orléans et sur les côtes voisines, pas une créature vivante, pas une maison debout. Cinq cents des plus braves soldats de Wolfe étaient couchés au pied des redoutes du Montmorency : là avait échoué le 31 juillet une furieuse attaque, soutenue pendant sept heures par le tir de quatre-vingts pièces d'artillerie; non moins inutiles trois autres descentes tentées au-dessus de la ville. En vain Cook, le grand marin, avait-il multiplié ses merveilleux sondages, pas un pouce de terre n’avait été conquis sur Montcalm. Devant les Anglais partout le fer ou le roc. Jamais l’activité du défenseur de Québec ne se montra plus étonnante que dans cette lutte de deux mois avec un ennemi qui, maître absolu du fleuve, y exécutait, à la faveur des marées et de la nuit, des mouvements continuels et rapides. Inquiet pour la retraite de ses innombrables bâtiments aux approches de l'hiver canadien, l'amiral Saunders avait convoqué à son bord un conseil de

guerre etle 20 septembre la flotte devait lever l'ancre.

Wolfe, âme de feu dans un corps frêle, était miné par la fièvre du désespoir. Remontant et redescendant sans cesse le fleuve, l'œil attaché sur l’inaccessible muraille, il enviait les ailes des oiseaux du rivage; mais le génie n’a-t-1l pas aussi les siennes”?

À une demi-lieue au-dessus de la ville s'ouvre dans la falaise une petite baie qui portait alors le nom d’anse du Foulon. De là on atteint au sommet par un sentier étroit et escarpé. De tous les accès au plateau de Québec c'était le plus impraticable; ce fut celui-là même que choisit Wolfe pour son dernier assaut, devinant par une heureuse inspiration que c'était le chemin le moins bien gardé. Dans la soirée du 12 septembre, plusieurs vaisseaux anglais jetèrent l'ancre en face du cap Rouge, à trois lieuesau-dessus de Québec. Bougainville, détaché au camp de Beauport avec trois mille hommes pour surveiller les opérations de cette flotte, bivouaqua en face d’elle, sur le haut de la falaise. Nuit mémorable dans l’histoire. Aussitôt les ténèbres descendues sur le fleuve, Wolfe et cinq mille soldats d’élite s'embarquent dans des chalands cachés à bord des vaisseaux du cap Rouge, et se laissent dériver avec la marée baissante. « Qui vive! » crient les sentinelles échelonnées sur la côte. — « France! bateaux ‘de vivres! » répondent les barques, car les Anglais savaient qu'ordre avait été donné aux postes français de laisser cette nuit-là descendre par eau des provisions du cap Rouge à Québec. Pendant que le courant emporte vers l’anse du Foulon ces étranges vivandiers, Wolfe, l’âme toujours enivrée du grand, récite à demi-voix le chef-d'œuvre élégiaque que Thomas Gray venait d'achever et qui se termine par ces mots prophétiques : « Le chemin de la gloire ne conduit

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Bourlamaque était dans l’île aux Noix, Bougainville au cap Rouge et Lévis aux rapides du Saint-Laurent. Quelques milliers d'hommes, la plupart miliciens ou sauvages, formaient l’armée de Montcalm, le 13 septembre 1759*, Au milieu d’une inévitable confusion, le général donne rapidement ses ordres, monte à cheval, et, l'épée à la main, marche à l’ennemi en franchissant la vallée du Saint-Charles. Les Anglais

1. Quelles furent les forces que Montcalm mit en ligne ? Cest ce qu’il est impossible de savoir. Les bataillons de France étaient dégarnis de leurs compagnies d'élite parties avec Bougainville, et les corps de la milice se trouvaient très incomplets, un grand nombre de paysans étant allés faire la récolte. Dans chaque relation le chiffre varie : les historiens ne sont pas mieux d'accord que les rédacteurs des rapports officiels. Le chiffre probable paraît être de cinq mille combattants environ; c'était aussi le nombre des Anglais. On s’entend mieux sur le montant des pertes subies par les deux armées aux prises : sept ou huit cents hommes de part et d’autre restèrent sur le champ de bataille; parmi eux les généraux et presqi'e tous les brigadiers généraux et les officiers supérieurs.

l’attendaient, rangés en bataille dans les plaines d'Abraham, en face des fortifications ébauchées de Québec. Ce fut sur ces champs à demi défrichés, connus sous le nom de leur possesseur, un obscur pilote du Saint-Laurent, que se décida l'avenir de l'Amérique; ce fut là que la race celtique se vit arracher sa conquête, et que l’œuvre de deux siècles fut anéantie en un éclair.

En attaquant sur l'heure, avec des troupes douteuses, en rase campagne, un ennemi éprouvé et déjà maître du terrain, Montcalm ne se laissa-t-il pas emporter par l’impétuosité de son courage ? Ne pouvait-il pas attendre le corps de Bougainville, retardé dans sa marche ? Tout enfin ne valait-il pas mieux que de jouer le sort du Canada sur un coup de dé? Question complexe, que des hommes spéciaux discutent encore aujourd’hui et dont l'étude des’circonstances et du terrain peut seule livrer la clé * Nous dirons que dans sa carrière militaire, le vainqueur de Carillon a donné assez de preuves de talent, et qu’il était, suivant l’expression du major-général, trop « lumineux » pour n'avoir pas différé la bataille si c’eût été possible.

« On se fusilla pendant longtemps, dit un témoin » oculaire*; enfin, vers dix heures, M. le marquis de » Montcalm, voyant l'ennemi se grossir de plus en plus > et quelques pièces de canon qui tiraient, jugea à » propos de ne pas leur laisser le temps de se fortificr » davantage et donna le signal pour charger l’ennemi. » Les troupes s’ébranlèrent avec beaucoup de légé-

4. Dans l'étude publiée récemment par le colonel anglais Beatson, du corps royal du génie, l’auteur, qui connaît les lieux pour avoir été longtemps en garnison à Québec, n’hésite pas à approuver l'attaque soudaine de Montcalm : « Les raisons du général français n’ayant jamais été ni bien comprises ni bien appréciées. »

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