L'ENTRÉE DU LAC ONTARJ]JO
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siane entière se trouvaient ainsi complètement isolés. Les tribus sauvages de ces contrées, parmi lesquelles la France comptait des amis nombreux et fidèles, ne pouvaient plus se concerter avec elle, et le Canada devenait une conquête facile. »
Dans le premier conseil de guerre tenu depuis l’arrivée du général, on décida qu’on enlèverait cette place, et Montcalm fut chargé de l'exécution du plan.
Il fallait d’abord tromper 1e comte de Loudon, généralissime anglais, qui avait concentré 12 000 hommes sur les rives de l’Hudson à Albany; Chouaguen était à l’ouest de cette ville : Montcalm se transporte à l’est, au camp de Garillon, sur le lac Champlain et attire de ce côté toutes les forces anglaises. L’ennemi fourvoyé, le général, se dérobant, vole à plus de cent lieues prendre le commandement de 3000 hommes, soldats de ligne, Canadiens et sauvages qu’on a rassemblés au fort de Frontenac sur l'Ontario. Le corps d'expédition traverse le lac, débarque au pied de Chouaguen et le siège commence: il fut mené avec une célérité, un bonheur, un brio inouïs. Le commandant anglais tué, vingt pièces portées à bras et mises en batterie,on somma les assiégés de se rendre, en leur donnant une heure pour délibérer. « Les » hurlements de nos Sauvages, écrit Montcalm à sa » mère, les firent promptement se décider. Ils se sont » rendus prisonniers de guerre au nombre de 1780, » dont quatre-vingts officiers, deux régiments de la » Vieille-Angleterre. Je leur ai pris cinq drapeaux, » trois caisses militaires d'argent, cent vingt et une » bouches à feu, y compris quarante-cinq pierriers, » un amas de provisions pour 3000 hommes durant » un an, six barques armées et pontées depuis quatre
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» jusqu’à vingt canons. Et comme il fallait dans cetu » expédition user de la plus grande diligence pouren- » voyer les Canadiens faire les récoltes, et ramener les » troupessur une autre frontière, du 15 au A j'ai » démoli ou brûléleurs trois forts, et amené artillerie, » barques, vivres et prisonniers. »
Avant de quitter le rivage, par les ordres de Montcalm, une colonne fut dressé avec l’écusson de France et cette inscription : Manibus date lilia plenis. « Apportez des lys à pleines mains. »
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Le 21 août, la flottille française leva l’ancre, et saluant une dernière fois l’éphémère monument de sa victoire, elle disparut au large : alors, dans la solitude infinie du rivage et des eaux, le bruit des flots sur la grève troubla seul le silence des ruines de Chouaguen.
Tandis qu'aux chants du Te Deum on suspendait sous les voûtes des églises de Québec, de Montréal et des Trois-Rivières, les drapeaux conquis par Montcalm, celui-ci crut devoir en quelque sorte s’excuser d’avoir vaincu, tant sa campagne était hardie. « C’est » peut-être la première fois, écrit-il au m'nistre, qu’a-
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» vec 3000, hommes et moins d'artillerie que l’enne- » mi, on en a assiégé 1800, qui pouvaient être promp- » tement secourus par 2000, et s’opposer à notre » débarquement avec une supériorité de marine sur » le lac Ontario. Le succès a été au delà de toute es- , pérance. La conduite que j'ai tenue en cette circon- » stance et les dispositions que j'avais arrêtées sont » si fort contre les règles ordinaires, que l'audace qui » a été mise dans cetteentreprise doit passer pour de » la témérité en Europe. En tout évènement j'aurais » fait ma retraite, sauvé l’armée et l’honneur des » armes du roi. Aussi je vous supplie, Monseigneur, » pour toute grâce, d'assurer Sa Majesté que si jamais » elle veut, comme je l'espère, m’employer dans ses » armées, je me conduirai par des principes diffé- » rentis. »
En même temps, il adresse à la marquise de Montcalm ce preste billet : « Voilà une assez jolie aventure, » ma très chère, je vous prie d’en faire dire une messe » dans ma chapelle; j'ai encore un bon bout de cam- » pagne à faire. Je pars pour aller rejoindre avec un » renfort de troupes le chevalier de Lévis au lac Saint- » Sacrement, à quatre-vingts lieues d'ici. Je n’écris » qu’à vous, à notre mère, aux Molé, à Chevert et » aux trois ministres, à personne d'autre; ma foi sup- » pléez-y, je suis excédé de travail : que ma mère et » vous m'aimiez, et que je vous rejoigne tous l’année » prochaine. J’embrasse mes filles. On ne peut vous » aimer-pius tendrement, ma très chère. »
C’est dans la campagne de Chouaguen que Montcalm se trouva, pour la première fois, à la tête de « nos Sauvages »; l'amitié qui l’unit aux étranges alliés du roi Louis XV fut si curieuse, qu’il faut y insister un
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pide sur les relations antérieures des indigènes de l'Amérique avec les Français, et nous dirons combien nos pères se firent aimer d’un peuple courageux et lier qu’ils avaient su vaincre sans l’humilier.
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