‹ Montcalm et LévisChapitre 24 sur 111 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

CADET Comment dire alors?

BIGOT On dit : aller ad patres! Quand on a du patriotisme, ce n'est pas triste d'aller rejoindre ses pères. CADET

Ou bien, on dit : aller retrouver sa grand’mèere, la Terre.

VARIN

C’est vrai. Qui est-ce qui n'aime pas sa grand’mère!

CADET

Voyez les cultivateurs, comme ‘ils l’aiment la terre!

BIGOT

Le dessus, mais pas le dessous. Et je ne crois pas qu’il y ait beaucoup d’hommes qui voient venir la mort avec plaisir.

VARIN

Fermez les yeux, vous ne la verrez pas venir.

BIGOT

Au contraire, ce sont les yeux fermés qui la voient le mieux. Dis-moi, Cadet... de Gascogne, connais-tu les remords, toi?

CADET

Non, sont-ce de nouveaux arrivés de France!

VARIN

Peut-être, car Voltaire les a bannis de la Mère-Patrie.

CADET Pas de langage figuré, s’il vous plaît, et dites-moi ce que vous voulez savoir.

BIGOT

Je veux savoir si tu sens quelquefois des troubles de

conscience ?

CADET vi

Non, jamais, je ne connais que les troubles d’estomac. BIGOT

Quand il est vide?

CADET

Ou quand ma bourse est vide. Et toi, Varin!

VARIN

Ne me parlez pas de ma conscience, car il suffit d’en parler pour qu’elle revienne de l’ex1il où je l’ai envoyée.

BIGOT Depuis quand l’as-tu bannie, et pourquoi!

VARIN

Depuis que vous m'avez associé à vos spéculations. Elle me tourmentait, et m'empêchait de m'enrichir. Alors, je l’ai chassée, comme j'ai fait de ma femme, parce qu’il y avait incompatibilité d'humeur entre nous.

BIGOT Et depuis lors tu as la paix!

VARIN

Pas toujours. Car si ma femme n’a jamais eu la

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