ACTE PREMIER
M. DE LERY Vous devriez faire des expéditions d'hiver, comme nous, Canadiens; cela vous guérirait.
BOURLAMAQUE
Peut-être. Mais je ne suis pas apte à ce genre d’expéditions. Vous savez que nous ne pratiquons pas la guerre de la même façon.
DE LERY Oui; et je sais de plus que vous ne tenez pas en très haute estime ceux que vous appelez les coloniaux.
BOURLAMAQUE
Vous vous trompez, j'apprécie beaucoup les qualités militaires des Canadiens; mais je me permets quelquefois de regretter qu'ils n’aient pas eu l’entraînement de nos troupes régulières.
DE LERY Mais ne croyez-vous pas que la science de la guerre est moins nécessaire ici qu'en Europe!
BOURLAMAQUE
Écoutez, mon ami, moi, je suis un homme de guerre, et vous ne me ferez pas admettre qu’il y a des pays où l’art militaire est inutile.
DE VILLIERS
Non, mais dans un pays comme le nôtre, 1l y a des opérations militaires que les Canadiens et les sauvages
accomplissent, et que les troupes régulières ne sauraient pas faire.
BOUGAINVILLE
Üne chose certaine, mes chers amis, c’est que la vie est bien dure dans votre beau pays, et nulle part nous n'avons tant souffert des rigueurs du climat, des longs et pénibles voyages, des fatigues de toute sorte, et même de la nourriture. Nous commençons à nous lasser de manger du cheval et de la soupe aux pois.
DE VILLIERS
La vie des Canadiens n’est pas moins dure que la vôtre. S’1l y à un poste dangereux à garder, c’est là qu’on nous envoie. Et les expéditions d’hiver, au milieu des bois, sur les rivières glacées, avec des partis de sauvages, c’est nous qui les faisons, pendant que vous vous amusez dans vos quartiers d'hiver.
BOUGAINVILLE Vos misères ne soulagent pas les nôtres. Et puis, vous êtes chez vous. C’est votre pays que vous défendez. DE VILLIERS
C’est la France que nous défendons.
BOUGAINVILLE
Alors, ne nous traitez pas comme des étrangers.
DE VILLIERS
Nous vous traitons comme des compatriotes. Mais nous nous plaignons que vous ne rendez pas justice aux milices canadiennes.