ACTE TROISIÈME
» direction du maniement et distribution des argents de » la couronne pour l'entretien des gens de guerre, pour » des vivres et munitions, fortifications et répara- » tions, etc. etc. »
LEVIS C’est énorme.
Notre position est celle-ci : quand nous jJugeons, comme gens de guerre, qu’il faudrait faire telle campagne, s'emparer de tel fort, et le détruire, ou toute autre opération militaire, nous devons en demander humblement la permission au gouverneur, et quand nous l’avons obtenue, supplier Bigot de vouloir bien subvenir aux dépenses nécessaires, sans rien retrancher de son luxe et de ses plaisirs. Si j'avais connu cela avant de quitter la France, jamais je n'aurais accepté un poste comme celui-ci. Et ce qui est terrible, vois-tu, c’est que le seul pouvoir qui pourrait remédier à cet état de choses, est au delà des mers, à douze cents lieues de nous, et que des mois et des années de correspondance ne suffiraient pas à renseigner le roi exactement sur ce qui se passe 1c1.
C’est un mal sans remède, et 1l ne nous reste à nous que le devoir de lutter jusqu’à la fin contre les ennemis de la France, et le droit de donner notre vie pour elle.
LEVIS
C’est plus qu’un droit, c’est un privilège, et tous ne l’ont pas.
Tu as raison, le Gouverneur et l’Intendant n’ont pas
cette prérogative suprême, qui nous assure la gloire dans les siècles futurs. Jusqu'à la fin nous nous battrons donc; et si Dieu le veut nous nous ensevelirons sous les ruines de
la colonie. — Ce n’est pas quand la tempête gronde que le capitaine abandonne son navire. Accomplissons nos destinées. — Et du lac Ontario au lac Champlain, et du
lac Champlain jusqu’à Québec, que l'herbe ne pousse plus sous les pieds de nos soldats.
VAUDREUIL entrant et saluant
Veuillez m’excuser, Messieurs, de m'être fait attendre.
C’est à nous de vous faire des excuses; nous sommes venus trop tôt.
VAUDREUIL
J'imagine que vous avez déjà vu Bougainville?
Je l’ai vu un instant ce matin.
C’est pour qu’il nous rende compte de sa mission que j'ai voulu vous réunir aujourd’hui.
J’ai invité également l’Intendant; mais 1l organise ce soir une grande réception; et il ne pourra venir que plus tard. Maintenant, mon cher Bougainville, vous avez la parole. Asseyons-nous, Messieurs.
BOUGAINVILLE
Je pourrais commencer mon rapport, comme le