ACTE TROISIÈME
M. l’Intendant, vous consentiez à sacrifier votre fortune, comme Montcalm veut sacrifier la sienne, cette folie héroïque sauverait peut-être encore la colonie.
BIGOT Que voulez-vous dire!
VAUDREUIL
Tout le monde sait que vous avez des magasins remplis d’approvisionnements et d'armes. Or, l’argent c’est le nerf de la guerre. Avec de l’argent, on pourrait recruter des miliciens et les armer. Votre superflu suffirait pour organiser un nouveau corps de milice qui serait d’un grand secours à M. de Montcalm.
BIGOT
Et qui se chargera de me rembourser!
VAUDREUIL
Ce n’est pas une affaire que je vous propose, c’est une belle œuvre patriotique.
BIGOT
Et vous avez pensé que je serais assez naïf et assez bête...
Oh! non. Je sais très bien que vous n’êtes n1 naïf n1 bête. Mais j’ai pensé qu'il restait peut-être encore en vous assez d’honnêteté pour comprendre que l’œuvre proposée serait pour vous un mode louable de rembourser les sommes énormes que vous devez au gouvernement de
Sa Majesté.
BIGOT
Et c’est avec ces phrases doucereuses que vous osez m'accuser de concussion.
M. le gouverneur, vous êtes plus bigot que moi — mais sous le régime du roi Voltaire, vos bigoteries ne passeront pas pour des vertus.
VAUDREUIL
Voilà des injures que je ne tolèrerai pas.
BIGOT
Vous me traitez comme un voleur, et Je vous fais l’honneur de vous donner mon nom. Ce n’est pas moi qui suis l’insulteur.
Nous ne comprenons pas la vie de la même façon, voilà tout. Moi, je la comprends, comme on la comprend à Versailles. Je ne crois pas mal faire en imitant mon roi.
Nous ne sommes pas obligés de faire pénitence pour les péchés de la Cour. Si le régime des anachorètes vous plaît, je vous engage à y soumettre aussi votre frère Rigaud, qui nous à présenté pour l’année 1756 des certificats de dépenses au montant de 500,000 livres.
Quand à moi, je ne m'y soumettrai Jamais.
C’est déjà assez pémible de vivre 1c1 loin de la civilisation et de son pays. Je prétends m’accorder toutes les compensations possibles et me payer largement de tous mes travaux et de tous les sacrifices que je m’impose.
VAUDREUIL
Eh! bien, M. Bigot, si vous ne voulez pas rembourser volontairement, vous rembourserez de force. Je vais vous