‹ Montcalm et LévisChapitre 59 sur 111 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Montcalm, qui de la chambre voisine avait tout entendu, entre. Vaudreuil, affaisé dans son fauteuil, Lui fait signe de s'asseoir, sans parler. Puis il semble se remettre, et dit :

Vous voyez la situation, général, elle est grave.

MONTCALM Très grave.

VAUDREUIL Et sans issue.

MONTCALM Sans issue légale. — Mais aux grands maux les grands remèdes.

VAUDREUIL

Il n’y a pas de remède. Il est malheureusement trop vrai que l’Intendant est le chef de la Justice et de la police, et qu’aux termes de nos commissions respectives il a pratiquement plus de pouvoirs que mot.

Alors, que reste-t-1l à faire!

C’est un cas non prévu. On ne pouvait pas prévoir ce qui est arrivé — que le plus grand criminel de la colonie serait le chef suprême de la Justice. Mais en face de l’imprévu, il y a toujours la loi naturelle. Et cette loi naturelle nous donne le droit de nous défendre, et nous impose le devoir de sauver la patrie. Vous commandez la marine et Je commande l’armée. Avec ces deux forces nous sommes tous deux les maîtres de la situation, et nous aurons facilement raison de la police, et de l’Intendant, et de ses complices. En un simple coup de main, nous aurons fait Bigot et ses complices prisonniers et nous les aurons placés sous bonne garde à bord d’un navire qui les conduira en France.

Là, un commissaire que nous choisirons et que nous munirons de toutes les preuves contre ces brigands, les livrera à la justice du roi.

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