‹ Montcalm et LévisChapitre 63 sur 111 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

GISELLE

« Grâce à moi » me paraît exagéré. Vous oubliez les bals, les dîners, le jeu et les autres amusements dont je ne suis pas, et qui vous aident à passer le temps.

LEVIS

Oui, cela m'aide à passer le temps que je ne passe pas dans la rue du Parloir. Mais vous savez bien que mon bonheur, quand je suis à Québec, est d’être auprès de vous.

GISELLE

S’1l en est ainsi, votre bonheur fait le mien, — mais voici l’été qui arrive, et vous allez repartir pour vos campagnes lointaines et périlleuses. Où 1irez-vous, cette année? | |

LEVIS

Je ne sais pas encore exactement; où besoin sera.

GISELLE

Dites plutôt : où danger sera.

LEVIS

C’est bien ainsi que je comprends, et que j'aime la guerre : À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

GISELLE

Hélas!

LEVIS

Oh! n’allez pas gémir, comme disait M°*° de Vaudreuil. Soyons tout à la joie de nous revoir. L'hiver a été si long.

GISELLE

Mais l'été sera bien long aussi pour moi, puisque vous allez recommencer vos expéditions lointaines, et livrer des batailles partout où les ennemis oseront franchir nos immenses frontières.

C’est vrai, mais ce sera la fin de la guerre.

Quelle en sera l’issue, je l’ignore. J’espère toujours que nous vaincrons encore, et que fatiguées de leurs luttes prolongées, la France et l’ Angleterre feront la paix.

GISELLE

C’est l’incertitude de ce dénoûment qui fait l'angoisse de mon cœur. Songez, Gaston, à ce que deviendrait notre amour si le sort des batailles nous était contraire. Si la France allait être séparée de sa fille, comment nc serions-nous pas nous-mêmes séparés? |

LEVIS

Voilà comment vous vous tourmentez toujours en prévoyant des catastrophes. Dans notre petit parterre où fleurit la fleur d'amour, vous prenez plaisir à cultiver les épines. |

Non, Giselle, ne croyez pas à vos presseritiments funestes. Nous serons vainqueurs, et la victoirs protègera nos amours. Et d’ailleurs, pourquoi vouloir absolument que la perte de la Nouvelle-France soit la fin malheureuse de nos amours? Si vous ne m’'aimez pas assez pour me suivre en France, je vous aimerai assez pour faire du Canada ma patrie. Hélas! Je sais trop l’accueil qui nous attend dans la mère-patrie, si nous y rentrons

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