ACTE QUATRIÈME
MARCEL
Pauvres Troyens, comme ils se sont fait jouer par les Grecs!
Et quelle dût être leur surprise de voir l’ennemi introduit dans leur ville par ce fatal cheval de bois!
Heureusement qu’on n’en fait plus de ces chevaux-là. Montcalm s'endort.
MARCEL
Pauvre ami! Il est exténué de fatigue, et 1l tombe de sommeil.
Un lemps se passe. Tout à coup Montcalm pousse un cri el s’éveille. |
Marcel, j'ai fait un mauvais rêve.
MARCEL Quel rêve!
J’étais sur les Plaines d'Abraham, et je regardais sur le fleuve un navire abandonné qui descendait à la dérive.
Tout à coup j’aperçus Vergor et ses soldats qui s’en emparaient, et qui l’amenaient au rivage. Je me demandais ce qu’ils allaient en faire, lorsque je les vis traîner ce navire jusque sur les hauteurs d'Abraham. Je m’approchai pour pénétrer ce mystère, et tu peux juger de mon étonnement quand je vis une multitude de soldats anglais sortir des flancs du navire et se ranger sur la plaine. Je suis resté muet d’épouvante. Je voulais crier, et je ne le pouvais pas.
MARCEL Vous avez crié.
C’est un rêve étrange, n’est-ce pas!
MARCEL
En effet, mais il s’explique. C’est la suite de notre conversation, et le navire anglais rempli d’ennemis, c’est le cheval de bois des Grecs.
Évidemment, c’est cela.
MARCEL
Étrange phénomène que les songes!
Ils sont souvent des avertissements.
MARCEL
Non, pas souvent; et sans aucun doute, celui-là n’est pas vrai. À cette heure, je suis sûr que Wolfe dort d’un profond sommeil dans sa cabine.
Mais je ne t’ai pas tout dit. J’ai vu Wolfe dans mon rêve. Il était à cheval à la tête de ses troupes. Mais 1il était plus grand que nature et il avait l’air d’un fantôme. Il s’est élancé vers moi l’épée haute; mais tout à coup il a pris l’apparence d’un squelette; et son épée s'est recourbée comme la faulx de la mort. C’est alors que je me suis éveillé en jetant un grand cri.