SCENE IV Les mêmes et MONTBEILLARD
MONTBEILLARD
Hélas! mes amis, nous sommes vaincus!
DUMAS
Mais on dit que Wolfe est mort!
MONTBEILLARD
C’est vrai, mais son armée est victorieuse.
BERNETZ Et Montcalm?
MONTBEILLARD
Hélas! 1l a recu deux blessures mortelles, je crois. Faites-lui préparer un lit, Arnoux, il sera ici dans quelques minutes.
ARNOUX Mon Dieu! mon Dieu! Est-il possible!
MONTBEILLARD
Il rentre en ville, affaissé sur son cheval, soutenu par deux soldats. |
BERNETZ
Hélas! Hélas! C’est la fin de la Nouvelle-France!
DUMAS
Voyons, Montbeillard, raconte-nous cette bataille malheureuse !
MONTBEILLARD
C’est un récit lamentable à faire, mais il ne sera pas long. Voici : Mon régiment était rangé en travers du chemin Saint-Louis, près des buttes à Neveu, lorsque M. de Montcalm arriva de Beauport, au galop de son cheval. Il braqua sa lunette sur la ligne de bataille des Anglais, et se mit à parler aux officiers qui se groupèrent autour de lui : « C’est incroyable, dit-il, on dirait vraiment que toute l’armée anglaise est là, et qu’elle est déjà en ordre de bataille, maïs ce n’est pas possible!
« Quel corps de garde commandait donc ce Vergor! — Et le régiment de Guienne qui aurait dû dormir 101 cette nuit! O malheur! Le sort en est jeté, 1l faut se battre, et malgré tout, il faut vaincre. Mais faut-1l attaquer immédiatement? Ou faut-il attendre que Bougainville arrive? Depuis longtemps déjà les canons de Samos l’ont averti. Il doit être en marche, et dans moins d’une demi-heure 1l tombera sur les derrières des Anglais, engagés en pleine bataille contre nous. Il y a encore beaucoup de mouvement parmi les troupes de Wolfe, et elles grossissent à vue d’œæil. Il ne faut pas leur donner le temps de se retrancher, et de dresser des batteries. Qu’en pensez-vous, mes amis? » Tous les officiers furent de son avis. Ils avaient en lui tant de confiance. Et vous savez qu'il avait coutume de frapper comme la foudre. Il n’hésita pas.