‹ Montcalm et LévisChapitre 82 sur 111 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Il parcourut le front de son armée, donnant les ordres nécessaires, et adressant à tous des paroles d’encouragement. Il était superbe à voir. Le génie rayonnait dans son regard, et enflammait les courages.

Bientôt les clairons sonnèrent, et l’armée s’ébranla.

Une dépression du terrain assez profonde nous séparait des Anglais. Nous y descendîmes en très bon ordre, et nous commençâmes à remonter la pente opposée.

Les Anglais, rangés au sommet, essuyèrent notre première décharge sans broncher, et sans répondre. Nous continuâmes d’avancer — mais une décharge formidable instantanée nous arrêta, et nous répondîmes un peu au hasard, enveloppés dans la fumée. Quand elle se fut dissipée, nous vîmes bien, hélas! que nos lignes étaient déjà rompues, et nos rangs éclaircis. Plusieurs de nos officiers, Sennezergues, Fontbonne, de Saint-Ours, étaient tombés; de nombreux soldats tués et blessés. Nous reprimes cependant notre marche en avant, pendant que l'ennemi s’avançait lui-même vers nous.

La fusillade éclata des deux côtés. Les rangs s’éclaircirent encore, et le centre de notre armée fléchit. Nous étions à portée de pistolet de l’ennemi, quand 1l s’élançca contre nous dans une charge terrible à la baïonnette. Ce fut effrayant, et nos soldats furent pris de panique. Ah! mes chers amis, je vous souhaite de ne jamais voir un pareil spectacle. Nos meilleures troupes frappées d’épouvante s’enfuyaient…

J'avais eu deux chevaux tués sous moi; mais ils étaient nombreux les chevaux qui n’avaient plus de maîtres. Je sautai sur un troisième, et je rejoignis M. de Montcalm qui était accouru se jeter dans la fournaise. Nous nous mîmes en travers des fuyards, et nous fîimes tous nos

efforts pour les rallier. Mais ils passaient à nos côtés, éperdus, sourds à nos appels.

Entraînés dans la débandade, nous avions remonté la pente des Buttes à Neveu, tout auprès du chemin Saint- Louis, lorsque M. de Montcalm fut frappé coup sur coup, d’un éclat d’obus et d’une balle.

J’appelai deux grenadiers pour le soutenir à cheval, et je pris les devants pour venir vous avertir, mon cher Arnoux, afin que vous puissiez être prêt à recevoir et à traiter notre illustre blessé.

ARNOUX Et la bataille est bien perdue!

MONTBEILLARD Totalement.

ARNOUX

Ah! Quel épouvantable malheur!

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