ACTE QUATRIÈME
C’est à vous de me le dire, docteur, et je veux savoir la vérité toute entière, au plus tôt.
Le docteur examine le blessé couché sur le lit.
Long silence.
ARNOUX
Ah!M. le marquis, je donnerais ma vie pour sauver la vôtre. Mais tout mon art est impuissant. Votre blessure est mortelle, et vous allez suivre Wolfe dans la mort, comme 1l vous a suivi dans la gloire. Après tant de victoires glorieuses, vous n’auriez pas voulu survivre à votre première défaite.
Non, et surtout, je ne pourrais pas survivre à la douleur de voir les Anglais dans Québec.
Combien de temps me reste-t-il encore à vivre! ARNOUX
Quelques heures, mon général.
C’est assez, pour ce qu’il me reste à faire en ce monde. Marcel, donne-moi une plume, du papier et de l'encre.
Marcel apporte ce qu'il faut pour écrire — et s'assit auprès du lit.
MARCEL
Je vais écrire moi-même sous votre dictée, et vous signerez.
C’est bien {II dicte) : « Au commandant des troupes anglaises.
« L’humanité des Anglais me tranquilise sur le sort » des prisonniers Français, et sur celui des Canadiens. » Ayez pour ceux-ci les sentiments qu’ils m'avaient » inspirés. Qu'ils ne s’aperçoivent pas d’avoir changé de » maître. Je fus leur père, soyez leur protecteur. »
Marcel passe la feuille écrile au général qui la signe.
Et maintenant, Marcel, tu vas écrire aux êtres bien-aimés de Candiac que tout est fini, et qu'ils ne me reverront plus en ce monde. Dis-leur combien Je les ai aimés jusqu'à la fin, et combien 1l est douloureux pour moi de mourir sans les revoir.
MARCEL
Oui, mon général.
Pendant cette scène, Arnoux paraît donner quelque stimulant au général.
O France! ton amour m’a coûté bien cher! Il y a trente-quatre ans que je bataille pour ta gloire. Aujourd’hui j’ai versé pour toi les dernières gouttes de mon sang.
Et j'ai perdu ma dernière bataille... mais l’honneur est sauf, et ton œuvre en Amérique, Ô France, ne mourra pas toute entière. C’est sur ma tombe qu’elle revivra, et
c'est mon corps qui servira de piédestal à ta gloire...