ACTE CINQUIEME
beau de mes pères, et je ne veux pas qu'elle soit le tombeau de ma race. Le devoir impérieux de tous ceux qui y sont nés est d*y rester.
L'Angleterre a pris le territoire ; mais elle n'a pas pris nos âmes ! Nous resterons français d'esprit, de langue et de foi.
Ce sol que nous avons défriché et féconrî(^. ces lacs et ces rinères dont nous avons peujl» les rivages, toute cette grande et riche vallée (lu Saint-l>aurent que nous avons colonisée, ne deviendront vraiment anglais que si nous les abandonnons.
Le drapeau anglais n'empêchera pas ce bel }^- - p dp devenir un foyer de vie française, où I :i toujours l'âme de la France.
O ma Giselle bien-aimée, j'admire la noblesse de vos sentiments. Mais les sacrifices que vous et les vôtres allez vous imposer, vos efforts, vos travaux, vos souffrances, à qui tout cela va-t-il
prnfifrr *' \ r Nii^h'terre.
Pour un temps, sans d- (jui conîiiiit
l'avenir ? Que voulaient i. . , .. ,uand ils ont quitté la vieille France ? Ils voulaient fonder Fur les l>ords du Saint-! tinrent une France nou-
velle, une France d'Amérique. Eh ! bien, nous le continuerons ce grand œuvre, et l'Europe étonnée le retrouvera un jour accompli !
Les races indiennes s'éteindront ; mais la race française ne mourra pas. Elle appartient au Maître de la vie, et malgré l'abandon du grand Ononthio, elle sera sauvée !
LEVIS
O Giselle ! vous êtes plus française que moimême, et combien plus je vous aime ! Mais ces perspectives d'avenir d'une race française en Amérique ne sont qu'un rêve.
Non, ce n'est pas un rêve. Ce sol a bu le sang de ses enfants en trop grande abondance pour devenir stérile. Tant d'holocaustes lui ont donné une immortelle fécondité ; et les blés français continueront d'y pousser sous le soleil du bon Dieu, même à l'ombre du drapeau britannique !
LEVIS
Eh ! bien, alors, moi aussi je vais rester. Et moi aussi je travaillerai à la réalisation de votre rêve.
Non, Gaston, votre devoir n'est pas le mien ; il faut que vous partiez. Plus le sacrifice est grand,