‹ Montcalm et Lévis (volume 2)Chapitre 1 sur 28 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La grande politique du xvn° siècle, inaugurée par Henri IV, avait fondé la Nouvelle - France ; la politique mesquine du xviii' siècle, inaugurée par la Régence, Fa perdue. Louis XIV, par de sages modifications, avait fait servir le régime féodal à l'avantage de la colonisation ; Louis XV, par d'intolérables abus, le fit servir à sa ruine.

A l'ouverture de la guerre de Sept ans, la monarchie française n'avait plus guère de fautes à commettre : elle était prête pour toutes les hontes. Quelques reflets de gloire militaire, voilà tout ce qui lui restait du grand siècle. Comment était -elle arrivée à ce degré d'abaissement? L'ignominie a ses étapes, comme la grandeur. Philippe d'Orléans, l'infâme régent, en avait été le précurseur et l'ouvrier. Après avoir poussé la France dans des aventures financières à la suite d'un rêveur, l'Écossais Law, et l'avoir ensuite jetée dans la banqueroute, il avait trouvé un ministre digne de lui dans le cardinal Dubois. Le premier soin de ce ministre, vendu à l'étranger, fut de jeter la France entre les bras de sa plus redoutable rivale, l'Angleterre. La politique de Colbert n'était pas seulement reniée, elle était trahie. La mort presque simultanée du régent et de son ministre (1723), amenée par les mêmes désordres, eût été une délivrance, si le sceptre de la France ne se fût trouvé aux mains d'un enfant de treize ans, guidé par un vieillard septuagénaire, sans énergie et même sans ambition, quand il eût fallu celle d'un Richelieu. L'honnête cardinal F'ieury était un de ces hommes d'État qui surgissent aux jours de décadence, comme si tout conspirait alors à la déterminer.

Effrayé par les désastres financiers qui avaient bouleversé les fortunes particulières en même temps que la fortune publique, le nouveau ministre n'y vit qu'un remède : l'économie. Il crut tout sauver en appliquant l'économie à toutes les branches de l'administration, et en forçant la France à se replier sur elle-même. C'était l'excès de la prudence après l'excès de l'audace. Une comparaison fera mieux ressortir cette faute politique. Le navire de

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