‹ Montcalm et Lévis (volume 4)Chapitre 14 sur 35 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

Lord Louclon renonce à attaquer Louisbourg Dispersion

de la flotte de Holbourne Caractère de M. de Sene-

zergues Les Indiens anthropophages à Montréal

Montcalm à sa mère et à Lé vis — Disette dans la colonie. — Excursion de Montcalm au cap Tourmente — Premier

projet d'une défense de Québec Procès de Vergor et

de Villeray Leur acquittement — Bigot et ses complices Le triumvirat Le château Bigot.

La petite armée de Montcalm avait triomphé par la rapidité de ses mouvements ; la lenteur de lord Loudon fit échouer les formidables armements que l'Angleterre avait mis à sa disposition pour prendre Louisbourg. Le magnifique port d'Halifax regorgeait de vaisseaux et de troupes, qui s'indignaient de leur inaction. Au lieu d'aller ouvrir la tranchée devant la forteresse du Cap-Breton, le général faisait creuser des sillons et planter des légumes sons les bastions d'Halifax. — " Le jardinier qui nous commande, s'écriaient ironiquement les officiers, veut bombarder Louisbourg avec •des navets ". Le major général, sir Charles Hay, fut mis

aux arrêts pour avoir proféré trop haut ces spirituels sarcasmes.

Avant que le général eût songé à appareiller, la flotte française, aux ordres de M. Dubois de La Mothe, avait ravitaillé Louisbourg et fermé l'entrée de sa rade.

Enfin, Loudon se décida à embarquer ses douze mille hommes de troupes sur la flotte de l'amiral Holbourne ; mais le 4 août, au moment où il mettait à la voile, le capitaine d'un navire venant de Terreneuve, lui remit des lettres prises sur un paquebot français, qui venait d'être capturé. Ces lettres confirmaient l'arrivée de la flotte française à Louisbourg, et portaient la garnison de cette place au chiffre exagéré de sept mille hommes. Tout espoir de succès semblait évanoui, et l'expédition fut remise à l'année suivante.

Pendant que le général Loudon cinglait vers New- York, deux dépêches successives apportées h son bord, lui apprirent la capitulation de William-Henry, et le massacre d'une partie des prisonniers. Ce fut une belle occasion pour lui de dissimuler sa confusion sous le masque de la colère et de l'indignation. Il écrivit en toute hâte au général Webb de tenir l'ennemi en échec derrière ses lignes de défense, ajoutant qu'il s'avançait en personne avec des forces suffisantes pour changer la défaite en victoire ; qu'il espérait montrer aux Français à respecter les lois de la nature et de l'humanité, et que malgré l'horreur qu'il avait pour la barbarie, il était décidé à laver dans le sang, s'il le pouvait, les meurtres commis à Oswego et à William- Henry.

En débarquant à New- York, le dernier jour d'août, il apprit la retraite de l'armée française, ce qui- ne l'empêcha pas de mettre ses troupes en marche vers le fort Edouard, se vantant follement d'aller assiéger Montcalm jusque dans Carillon. Cette démonstration eut du moins pour effet de calmer la panique qui s'était emparée des Anglo-Américains, et les avait fait trembler jusque dans New- York.

Plus hardi que Loudon, l'amiral Holbourne sortit d'Halifax avec ses vingt-deux vaisseaux, et alla offrir le combat à M. de La Mothe ; mais l'amiral français avait ordre de ne pas risquer sa flotte, et resta ancré sous les canons de Louisbourg. Holbourne ne devait avoir qu'à braver les éléments. Une tempête d'une violence exceptionnelle, même dans ces régions orageuses, assaillit son escadre et l'aurait infailliblement jetée à la côte, si le vent n'avait tourné d'une pointe de compas. Un de ses vaisseaux alla se perdre sur les rochers, à deux lieues de Louisbourg ; plusieurs furent démâtés ; d'autres forcés de jeter leurs canons à la mer ; le reste tellement avarié, que l'amiral ne songea plus qu'à fuir le combat qu'il était venu provoquer, et à regagner les ports d'Angleterre.

Durant la nuit du 16 au 17 d'août, l'arrière-garde de l'armée française, formée de la brigade de Boyaliioussillon, était venue bivouaquer dans une île du lac George. Le lendemain, toutes les troupes étaient échelonnées sur la rivière à la Chute. Montcalm, avec le corps principal, occupait le Portage ; Lévis, avec la Sarre, le camp de la Chute ; Bourlamaque était en marche avec Béarn et Eoyal-Roussillon, pour reprendre

son ancienne position à Carillon, afin d'y continuer les travaux de fortifications interrompus.

Dans la matinée du 18, toute l'armée fut appelée sous les armes, et un Te Deum d'action de grâces fut chanté au bruit de l'artillerie et de la mousqueterie, qui se répondaient d'un camp à l'autre, sur le parcours de la rivière à la Chute. Il n'y avait que vingt jours que les troupes avaient quitté les mêmes positions pour accomplir le brillant fait d'armes qu'elles célébraient.

Les milices furent immédiatement envoyées dans les paroisses pour faire les récoltes, qui se perdaient dans les champs. Ce départ fit éclater la mauvaise humeur de certains officiers français qui auraient voulu les retenir plus longtemps encore, afin de les employer au transport du matériel, sans songer que c'eût été achever de ruiner la colonie. Malgré la diligence des habitants, les moissons déjà avariées par le mauvais temps furent en partie perdues ; et dès le mois d'octobre, le peuple allait être réduit par ordonnance à un quarteron de pain.

Montcalm se reposa sur Lé vis pour les dernières opérations de la campagne, et partit le 29 pour Montréal, où l'attendait le gouverneur.

Sur la rumeur que les ennemis faisaient quelques mouvements en avant du fort Edouard, le chevalier organisa deux partis d'éclaireurs : l'un sous les ordres de M. de Contrecœur; l'autre sous son propre commandement. Contrecœur poussa une reconnaissance jusqu'à la tête du lac George, et Lévis jusqu'à celle du lac Champlain, où il détruisit quelques retranchements

abandonnés ; mais ni l'un ni l'autre ne découvrirent la moindre trace de retour offensif.

Dans l'intervalle, le transport du matériel et du butin à Carillon fut achevé, malgré de fréquentes pluies qui avaient rendu presque impraticable le chemin du Portage. Les régiments de Guyenne, la Sarre, Languedoc et la Reine furent repliés sur la rivière Richelieu, où ils allaient être employés aux travaux de défense du fort Saint-Jean, et aux réparations des chemins.

Durant la nuit du premier septembre, pendant que la garnison du fort Carillon était ensevelie dans le sommeil, l'infatigable Lé vis veillait dans son appartement avec son ami Fontbrune 1, à qui il dictait son Journal et sa correspondance. Parmi ces notes, écrites avec la simplicité d'un historien antique, se trouve l'éloge d'un des officiers supérieurs qui s'était distingué le plus dans cette campagne et qui, deux ans plus tard, devait tomber sous les murs de Québec, à côté de Montcalm. Il appartenait au chevalier de Lé vis de révéler le mérite de ce brave officier, dont jusqu'à ce jour on n'a connu guère que le nom.

" Je ne dois pas vous laisser ignorer que M.

de Senezergues, lieutenant- (^tytOU/ colonel, commandant le V second bataillon du régi-

ment de la Sarre, a marché avec moi au détachement

1 — Lé vis eut la douleur de perdre cet ami, quelques jours après, d'une maladie contractée par un excès de fatigue. " C'est une perte pour le service du roi, écrivait-il au marquis de Paulmy (8 octobre) ; il était passé avec moi en Canada. Je le regrette infiniment; il m'était attaché, et je l'avais engagé de venir en Amérique ".

qui a été par terre et qui a suivi la côte du lac Saint- Sacrement, lequel a favorisé le débarquement de l'armée et en a fait l'avant-garde. M. de Senezergues, qui est dans la force et dans la vigueur de l'âge, encouragé par son zèle et sa bonne volonté, a résisté aussi bien que personne à toutes les peines que nous avons eues dans la marche, et m'a beaucoup secondé dans toutes les différentes opérations que j'ai eues à faire. Je me suis aidé de ses conseils et de son activité dans les manœuvres. Je ne puis vous rendre d'assez bons témoignages de cet officier ; il est aimé, considéré et respecté dans son bataillon, où il maintient une discipline exacte ; je ne pense pas qu'il y ait de meilleurs lieutenants-colonels que lui. M. le marquis de Montcalm pense de même que moi sur son compte, et je suis persuadé qu'il vous en rend le même témoignage 1 ".

Dans une autre lettre, Lévis récapitule les opérations des deux dernières campagnes, et y mêle des réflexions comme celles-ci :

" Chouaguen a été pris par l'opération du Saint- Esprit, comme nous venons de prendre le fort George ; et Dieu veuille que notre bonheur ne nous abandonne pas si la guerre continue !

" Vous ne croiriez peut-être pas que je suis celui dont la tête fermente le moins ; nous avons des gens qui, de leur cabinet, font continuellement des projets hardis, pour ne pas dire téméraires, dont l'exécution est toujours difficile ; et si nous n'avions pas affaire à

1 — Lettres au marquis de Paulmy, p. 131.

des troupes faibles et timides, nous ne pourrions pas nous flatter des succès que nous avons 1. Mais je crains que les Anglais de l'Amérique ne fassent à la fin ce que les Moscovites ont fait aux Suédois ; parce qu'il nous arrive aussi de brider le cheval par la queue, et même à notre dernière expédition ; mais il y a des gens à qu i tout réussit ".

Lévis dit ailleurs : " J'ai la confiance de toutes les troupes, même des Canadiens et des sauvages, qui disent que je suis un homme comme eux ; c'est la dernière marche que j'ai faite pour notre expédition qui me procure cet éloge, qui est grand parmi les sauvages.

" Je tiens un état honnête et décent ; je suis très bien servi ; j'ai de bons domestiques. Depuis que je suis en campagne, j'ai donné à dîner tous les jours à quinze personnes au moins. Tout est hors de prix dans la colonie ; il ne me sera pas facile de joindre les deux bouts ; mais je compte que l'on voudra bien y avoir égard ; nous sommes tous dans le même cas 2 ".

Le maréchal de Belle-Isle jugeait bien le chevalier de Lévis lorsqu'il disait de lui, qu'il était " un homme d'action et de précaution ". Aussi ambitieux que sage, Lévis ne perdait pas une occasion de travailler à son avancement. Il rêvait maintenant le grade de maréchal de camp, et écrivait au marquis de Paulmy :

" Je vous supplie d'agréer que je vous fasse part de ma situation, et que j'aie l'honneur de vous rappeler

1 — Lévis dit ailleurs : u Nous avons été heureux d'avoir affaire avec des généraux malhabiles ". Lettre à M. le maréchal de Mirepoi.Xj p. 165.

2 — Lettre au maréchal de Mirepoix, p. 135.

mes services, et l'espérance que M. le comte d'Argenson m'a donnée, lorsque j'ai passé en Amérique.

" Il y a vingt-trois ans que je sers ; j'ai fait onze campagnes, dont quatre comme aide-maréchal des logis de l'armée, sous M. de Maillebois ou M. de Mortagne ; j'ai été chargé en Italie de faire en chef le détail des corps dont M. le maréchal de Mirepoix avait le commandement. Je crois qu'il y a bien des lieutenants généraux qui n'ont pas fait autant de campagnes et qui ne se sont pas trouvés à autant d'actions ; le manque de fortune m'a obligé de ne devoir qu'à mes services mon avancement, n'ayant jamais été en état d'acheter un régiment.

" M. le comte d'Argenson m'avait flatté que si je faisais deux campagnes en Amérique, je pourrais être fait maréchal de camp. Nous venons de terminer plus heureusement qu'on ne devait espérer la campagne demie] e 1 ".

Lorsque dans la journée du premier septembre, Montcalm était débarqué à Montréal, le gouverneur achevait de congédier les dernières bandes de sauvages revenus de l'expédition. On a vu qu'après le massacre du 20 d'août, ils s'étaient tous échappés furtivement, emmenant avec eux les prisonniers qui n'avaient pu être arrachés de leurs mains. Chacune de leurs étapes sur le parcours du lac Saint- Sac rement et du lac Champlain avait été marquée par des scènes d'horreurs qui défient toute description 2. Ils étaient ainsi arrivés à

1 — Lettre à M. le marquis de Paulmy, p. 158.

2 — " En chemin faisant, et même en entrant à Montréal, ils les ont mangés et fait manger aux autres prisonniers "- Bigot au ministre, 24 août 1757.

Montréal chargés de butin, gorgés de sang et de chair humaine, exaltés par une suite de succès qui dépassait tout ce qu'ils avaient imaginé.

Leur insolence ne connaissait plus de bornes.

La ville de Montréal complètement dégarnie de soldats, fut à leur merci. C'est dans ces conditions que Vaudreuil eut à traiter avec eux ; il fallait tout le prestige dont il jouissait parmi ces nations pour faire quelque impression sur leurs esprits.

Dès que leurs chefs parurent en sa présence, il les. réprimanda sévèrement de l'infraction qu'ils avaient faite à la capitulation. Ils s'en excusèrent et rejetèrent la faute sur les Abénakis de Panaouské.

Chargés de dépouilles comme ils étaient en ce moment, aucun présent ne pouvait les tenter et les faire consentir à remettre les prisonniers. Il fallait de plus racheter ceux qui avaient été pris à l'affaire du colonel Parker, et qui leur appartenaient d'après les lois de la guerre. Les billets que Montcalm avait été obligé de leur donner, simplement pour obtenir d'eux qu'ils fussent envoyés à Montréal, étaient entre leurs mains, et ils ne manquaient, pas de les faire valoir. Il fallait cependant à tout prix délivrer ces malheureuses victimes. Un seul moyen restait : c'était la boisson, le dieu des sauvages. Mais il était impossible d'en livrer sans s'exposer à des désordres épouvantables. Triste nécessité devant laquelle Vaudreuil ne pouvait reculer, sans voir la plus grande partie des captifs traînés en esclavage dans le fond des forêts, ou condamnés aux plus affreux supplices.

Pas moins de deux barils d'eau-de-vie durent être livrés pour chaque prisonnier. Montréal devint alors le théâtre de bacchanales indescriptibles. " Le 15, raconte Bougainville, à deux heures après-midi, en présence de toute la ville, ils en tuent un, le mettent à la chaudière, et forcent ses malheureux compatriotes à en manger ".

Bougainville, qui avait épousé toutes les antipathies de Montcalm contre Vaudreuil, blâme fortement ce gouverneur de ne pas avoir interdit aux commerçants de la ville, sous les peines les plus sévères, de vendre de la boisson aux sauvages ; mais il se contredit lui-même en admettant que Vaudreuil avait dû racheter à ce prix les Anglais. A quoi eût servi cette défense puisqu'il avait à l'enfreindre lui-même ? On ne peut avoir assez d'horreur pour les scènes d'anthropophagie qui se passèrent durant cette campagne, mais Vaudreuil doit-il en être plus responsable que Montcalm, qui n'avait pu empêcher les mêmes actes dans son propre camp, où il commandait les troupes les mieux disciplinées de l'Europe ? En était-ii plus responsable que Bougainville lui-même, qui avait servi d'interprète aux deux prisonniers anglais saisis dans la nuit du 2 d'août, et massacrés cette nuit-là même parles Népissings. Bougainville ne se reprochait certainement pas ces actes de cruauté, pas plus que regorgement des malades et des blessés dans le fort George, où il partageait le commandement avec Bomiamaque. Il est singulier, cependaut, qu'il ne fasse aucune allusion ni à l'un ni à l'autre de ces deux faits dans son Journal. Serait-ce parce que le sang avait jailli trop près cle lui ?

MONÏCALM ET LÉVIS 299

Après la délivrance des prisonniers, Yaudrenil suivit la même politique que Montcalm, pour se concilier l'alliance des sauvages 1 ; il les congédia en leur donnant des présents, seul moyen de - les empêcher de passer à l'ennemi. " Ces présents consistaient en un équipement complet pour chaque guerrier, selon son rang, outre ce qu'on appelait les présents du village, c'est-à-dire : tabac, vermillon, tavelle et eau-de-vie 2.

" Avant de quitter Montréal, raconte Bougainville, un Outao liais avait tué un Français dans une ferme appartenant à l' Hôpital-Général. Le marquis de Vaudreuil a fait demander le meurtrier. Les nations l'ont livré au sieur de Saint-Luc, qui l'était allé chercher à Lachine avec un détachement de trente hommes. Le grand chef des Sauteux l'a lui-même amené à Montréal où on l'a mis au cachot. Les nations sont parties, persuadées que son procès lui sera fait, et qu'il aura la tête cassée .

C'était ce mélange de fermeté et de douceur qui grandissait le gouverneur aux yeux des Indiens, et lui donnait de l'autorité sur eux. Il eut occasion de s'en servir dans cette circonstance même, pour accommoder un différend qui avait surgi entre les Sauteux et les Outagamis 3 ; ces deux nations acceptèrent sa médiation et s'en retournèrent réconciliées.

1 — A la suite de la défaite de Parker.

2 — "L'humanité gémit d'être obligée de se servir de pareils monstres ; mais sans eux la partie serait trop inégale " . Journal de Bougainville, 17 au 31 d'octobre.

3 — Egalement appelés Renards.

" Mes yeux, s'écriait Bon gain ville, sont encore effarouchés des spectacles horribles qu'ils ont vus. Tout ce que la cruauté peut imaginer de plus abominable, ces monstres de sauvages nous en ont rendus les témoins.. Quel pays ! Quels hommes ! Quelle guerre 1 " !

Les prisonniers anglais furent dirigés sur Québec et embarqués sur un paquebot qui les conduisit à Boston.

Les relations officielles que Montcalm et Vaudreuil eurent alors ensemble, quoique toujours irréprochables sous le rapport de la courtoisie, contribuèrent plutôt à les éloigner qu'à les rapprocher l'un de l'autre. Montcalm se hâta de quitter Montréal pour descendre à Québec, où l'appelait l'arrivée du régiment de Berry qu'il avait à passer en revue. Ce régiment avait été envoyé pour remplacer les huit compagnies de la Reine et de Languedoc, prises à bord du Lys et de YAlcide 2. Il se composait nominalement de quinze cents hommes, mais n'en comptait en réalité que onze cents, fort peu en état de servir pour le moment ; car ils étaient épuisés par les misères de la traversée et de l'escale de Louisbourg. Les malades y étaient en si grand nombre que les salles de l'Hôpital-Général ne suffisaient pas pour les contenir.

Les dépêches que Montcalm eut à expédier à Versailles, pour exposer l'état de la colonie et demander des secours, reportèrent plus que jamais ses pensées vers

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