ACTE PREMIER
rapport ; mais aujourd’hui, je ne suis plus rassuré ; je retrouve à Québec tant de filles d’Eve distinguées, jolies, portant de beaux noms, appartenant à de nobles familles, et en tout point charmantes, que je me sens déjà repris.
GISELLE
Mais il n’y a pas là de quoi vous rendre si triste.
LEVIS
Ab, c’est que je crois à la vérité du proverbe oriental :
Semes l’amour, et vous récolterez des larmes, Sans doute, ces larmes sont douces d’abord, mais c'est comme notre vin du midi, plus il est doux, et plus il y a de lie au fond.
GISELLE
* «evalier, vous n'êtes pas chevaleresque.
Et voulez-vous que je vous dise quel est votre mal? Vous avez la nostalgie de la vieille France, et la Nouvelle ne suffit pas À vous en guérir.
LEVIS
Vous vous trompez, savez-vous que je lis votre histoire, et que je m’y intéresse comme à la lecture d’un beau poëme épique ?
GISELLE Je n’en suis pas étonnée. Notre histoire est une suite des épopées françaises.
LEVIS J'en ai lu aujourd’hui l’un des plus jolis épisodes : le beau fait d’armes accompli par une jeune fille de 14 ans, nommé Madeleine de
Verchères. Et l’on m’a dit que vous êtes de sa descendance.
GISELLE Je suis sa petite fille, mais bien dégénérée. LEVIS
Ah! non; je suis sûr que vous pourriez faire comme elle. Mais les teraps sont changés. C’est à nous maintenant, et non aux femmes, de défendre la Nouvelle-France.
GISELLE
Oui, et vous le faites brillamment: M. de Montcalm et vous serez un jour les héros de quelque nouvelle chanson de Geste.
LEVIS
M. de Montcalm, oui, mais moi, je ne sais pas du tout ce que l'avenir me réserve: