‹ Montcalm et Lévis [microforme]Chapitre 12 sur 26 · ILE · texte numérisé non relu

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quarts d'heure plus tard avec le reste des troupes. La nuit était sereine mais sans lune, et la lumière des étoiles, tamisée par les vapeurs de septembre,était à peine visible. Le silence nocturne n'était troublé que par le clapotement de l'eau sur les flancs des embarcations ét par le bruit du vent dans les arbres de la falaise, qui tout près, sur la gauche, dressait sa muraille de pierre dans l'obscurité.

Durant plus d'une heure, la longue file de bateaux glissa dans le même silence en suivant les contours du rivage. Aucun bruit insolite ne se faisait entendre sur les hauteurs, et tout portait à croire qu'ils n'étaient pas découverts. Woife, assis à l'arrière de son canot, conversait de temps en temps à voix basse avec les officiers rangés auprès de lui. L'un d'eux, John Robinson, jeune garde-marine, qui devint plus tard professeur de sciences naturelles à l'Université d'Édimbourg, a raconté l'impression profonde qu'avait faite sur lui la conversation du général. Les idées . mélancoliques qui l'avaient obsédé lui revenant à l'esprit, il en chercha l'expression dans la poésie, et il se mit à réciter 4 la belle élégie de Gray sur un cimetière de campagne, dont la publication était encore récente. Eut-1il une intuition plus vive du sort qui l’attendait, lorsque d'une voix émue il répéta ce vers, qui ne fut jamais si vrai que pour lui-même :

The paths of glory lead but to the grave.

« Messieurs, murmura-t-1l en te:minant la citation, j'aimerais mieux avoir fait cette élégie que de prendre

Québec. »

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« Qui vive? cria une sentinelle invisible dans l'ombre à l’un des bateaux de l'infanterie légère, au moment où il rasait le rivage de Samos à une portée de pistolet.

— France! » répondit un des capitaines des Frasers Highlanders, qui savait très bien le français.

La sentinelle, croyant que c'était le convoi de

-vivres annoncé par Bougainville, laissa passer le bateau

en commettant la faute de ne. pas demander le mot d'ordre et de ne pas aller elle-même s'assurer de la vérité.

Quelques minutes après, un froissement de branches, indiquant que quelqu'un descendait la côte du Foulon, se fit entendre, suivi d’un nouveau : « Qui vive?

— France! » répéta le capitaine; et il ajouta « Ne faites pas de bruit; ce sont les vivres ; on pourrait nous entendre. »

La corvette le Hunter était, en effet, ancrée à peu de distance.

« Passez, » dit la sentinelle, qui ne descendit pas plus loin.

La force du courant entraîna les bateaux de l'infanterie légère un peu au-dessous de l’anse. Les vingtquatre volontaires, conduits par le capitaine Delaune, sautèrent sur le sable et s'avancèrent jusqu'au pied de la falaise, qui en cet endroit est très escarpée et couverte aujourd'hui comme alors de bois et de broussailles. Leurs fusils en bandoulière, ils se mirent. hardiment à la gravir en s’aidant des branches et des arbustes. Ils arrivèrent au sommet sans avoir reçu un coup de fusil, et s’avancèrent jusqu'à la clairière ouverw sur « plateau, suivis de près par un plus fort

détachement. Le jour commençait à poindre et permettait de distinguer la toile blanche des tentes sur le fond obscur du sol et du feuillage. Ils s’élancèrent vers les sentinelles, qui en les apercevant tirèrent quelques coups de fusil et se replièrent vers les tentes. Vergor dormait profondément dans son lit et ne fut réveillé que par les détonations et les cris d'alarme. Il sortit précipitamment et se mit en défense avec les soldats de son poste accourus des tentes voisines. Ils n'étaient qu'au nombre d'une trentaine, car Vergor avait envoyé le reste, composé d'habitants de Lorette, travailler à leur récolte. Un piquet de l'infanterie légère, débarqué un peu plus haut, gravissait alors le ravin et marchait au secours des volontaires. Vergor, pris entre deux feux, ne fit qu'une faible résistance, reçut une balle au talon et se rendit prisonnier avec quelquesuns des siens. Les autres réussirent à s'échapper à la faveur de l'obscurité et des bois voisins.

Wolfe, resté sur le bord de la grève, attendait un signal avant de lancer de nouvelles troupes. Pendant un ternps assez long, rien ne rompit le silence de la nuit que les rafales du vent et le murmure du ruisseau Saint-Denis, qui, gonflé par les dernières pluies, tombait en cascade sur le flanc de la montagne. Soudain éclatèrent quelques coups de fusil suivis d'appels aux armes, puis de nouvelles décharges accompagnées de clameurs confuses. Enfin des hourras poussés par cent poitrines anglaises annoncèrent que le poste était pris. Wolfe, sans rien laisser voir de la joie qu'il éprouvait, donna l'ordre d'avancer. Toute la première division, formée d'environ seize cents hommes, s'élança hors des bateaux, précédée des sapeurs qui en peu

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d'instants eurent débarrassé le ravin des abatis qui l'obstruaient et rendu libre le chemin tracé sur le penchant de la côte. Une partie de la division s'y engagea, tandis que le reste grimpait à droite et à gauche en s’accrochant aux buissons et aux angles des rochers. Wolfe, à qui l'excitation du moment donnait de nouvelles forces, gravit la côte d'un pas léger et rangea rapidement les troupes en bataille à mesure qu'elles débouchaient sur le plateau, l'aile gauche du côté de Sillery, l'aile droite du côté de Québec, toute la ligne faisant face au chemin Saint-Louis. L'éveil avait été donné à la batterie de Samos par la fusillade du Foulon, et elle ouvrit un feu vif sur les bateaux , dont elle endommagea quelques-uns, tua ou blessa plusieurs soldats et officiers. Le colonel Howe fut détaché avec l'infanterie légère, pour aller s'emparer de ce poste et de celui de Sillery, dont la batterie tirait maintenant à toute volée sur l’escadre, qui achevait de dériver et jetait l'ancre devant l’anse du Foulon. Les deux postes, assaillis par des forces supérieures et se voyant sur le point d'être cernés, battirent en retraite du “côté du cap Rouge. Une partie du régiment d’Anstruther alla prendre position dans les maisons échelonnées sur la route de Sillery.

Le transport des troupes s'était fait avec une telle célérité, qu'avant 6 heures du matin les plus éloignées, celles du colonel Burton, stationnées de l’autre côté de la rivière, avaient été transportées et déposées dans l’anse du Foulon. Les gardes françaises, entretenues par la ville l& long de Ia grève, essayèrent d'inquiéter le débarquement, mais furent refoulées par des détachements soutenus du canon des vaisseaux.

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Durant ces opérations, le grand jour était venu. Le soleil du 13 septembre se leva dans les nuages : du ciel gris d'automne tombaient de temps en temps de légères ondées qui faisaient craindre une journée pluvieuse. Sur la plaine ondulée et semée de bouquets d'arbres qui s’étendait devant l’armée, aucun ennemi n'avait encore fait son apparition. On eût dit que les régiments anglais n'y avaient été rassemblés que pour l'exercice d’une parade. Seul le canon du bombardement, qui avait redoublé à la nouvelle du succès de la descente, rappelait la guerre. Quand on songe que, pour obtenir un tel avantage, il n'avait fallu que la peine: d'une montée difficile et trois escarmouches insignifiantes, on reste confondu. Toutes les causes qui auraient dû faire manquer cette audacieuse tentative avaient conspiré pour sa réussite.

Premièrement, le régiment de Guyenne, posté sur les plaines d'Abraham, avait été retiré contre toute raison.

Secondement, il l'avait été à l'insu de Vaudreuil, sans quoi ce gouverneur aurait insisté à le faire renvoyer.

Troisièmement, Bougainville, contre l'avis de Vaudreuil, n'avait pas renforcé le poste du Foulon avec les cinquante hommes d'élite de Repentigny.

Quatrièmement, les deux déserteurs de Royal-Roussillon révélèrent à Wolfe le passage projeté du convoi de vivres, dans la nuit du 12.

Cinquièmement, Bougainville le fit annoncer aux différents postes, et, quoique ce convoi ne descendit pas, il négligea de contremander son ordre.

Sixièmement, le déserteur du Reyal-Américain

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s'évacs avant de connaître la proclamation de Wolfe et ne put ainsi révéler le projet de descente.

Septièmement, Bougainville, qui avait toujours suivi pas à pas la flotte de l'amiral Holmes et ne l'avait pas perdue de vue, la vit descendre du cap Rouge et y resta précisément durant la fatale nuit du 15. | |

Huitièmement, le commandant du Foulon avait été remplacé trois ou quatre jours auparavant par le capitaine de Vergor, le plus mauvais soldat de la colonie.

Neuvièmement, celui-ci, le soir du 12, avait permis à presque tout son monde de s’absenter.

Dixièmement, il n’exerçait aucune vigilance et dormait profondément au moment du débarquement des Anglais.

Si une seule de ces chances avait fait défaut, la descente aurait probablement été empèêchée, ou du moins arrêtée dans son exécution. et peut-être tournée en effroyable désastre. Si, par exemple, le régiment de Guyenne avait été retenu sur les plaines d'Abrahan par Bougainville, comme celui-ci en avait l'ordre positif de Vaudreuil, il serait arrivé à temps pour surprendre les régiments anglais dans le désordre de la montée, les culbuter du haut en bas des caps, et lancer sur eux un feu plongeant qui en aurait fait un terrible massacre, tandis que-les batteries de Samos et de Sillery, les prenant en enfilade, auraient complété l’hécatombe. Wolfe aurait perdu devant Québec sa réputation d'homme de guerre et serait aujourd'hui placé au rang de Phipps ou de sir Hovenden Walker. L’Angleterre, découragée par la ruine de

cette expédition qui lui avait coûté d'énormes dépenses, aurait probablement renoncé à son projet de conquête, et la Nouvelle-France serait restée à ses anciens maîtres.

Pendant que les trois brigadiers complétaient leurs dispositions, Wolfe s'avança à une petite distance du côté de Québec pour choisir le terrain sur lequel il voulait livrer bataille. Il s'arrêta sur un plateau assez uni qui, à partir de ce jour, allait devenir immortel sous le nom de plaines d'Abraham. Cette désignation avait été donnée à ce lieu parce que l’un des premiers colons du Canada, Abraham Martin, ancien pilote surnommé maître Abraham, y avait acquis une terre ‘qu'il avait défrichée. Le plateau, large à peu près d'un quart de lieue, est coupé à droite par l'énorme anfractuosité au fond de laquelle coule le fleuve Saint-Laurent ; à gauche, par le coteau Sainte- Geneviève, au pied duquel s'étend la vallée où la rivière Saint-Charles traine en serpentant ses eaux lentes et boueuses. Les deux falaises forment en se réunissant, à une demi-lieue vers l’est, le cap Diamant, sur lequel est assise la citadelle de Québec. Deux chemins courant parallèlement traversent les plaines d'Abraham : l’un, le chemin Saint-Louis, sort de la porte de ce nom, et mène à Sillery; l'autre, le chemin Sainte-Foye, émerge de la porte Saint-Jean et conduit à la paroisse de Sainte-Foye. En avant du plateau règne un léger ravin qui descend en pente douce et remonte un peu plus loin pour former les Buttes-à-Neveu, lesquelles se prolongent jusque sous les murs de la ville. À travers les champs de blé et les prairies qui couvraient ces plaines, sur-

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gissaient çà et là des bouquets d'arbres et des touffes d’arbustes. De la crête du coteau Sainte-Geneviève, la vue embrasse toute l'étendue des paroisses de Lorette, de Charlesbourg et de Beauport, le bassin de Québec, l’île d'Orléans et ioute la côte de Beaupré, c'est-à-dire les paroisses de l’Ange-Gardien, du Château-Richer, de Sainte-Anne et de Saïnt-Joachim, bornées à l'horizon par le cap Tourmente. Cette vue rappelle, par son étendue et son aspect pittoresque, la route de Naples à Castellamare. Il ne manque à la montagne Sainte-Anne, qui dresse son cône bleu à sept lieues de distance, qu'un panache de fumée pour ressembler au Vésuve. L

Les tirailleurs canadiens et sauvages commençaient à se montrer aux abords des bois et lançaient des balles qui tuaient ou blessaient quelques hommes. L'armée avait exécuté un changement de front et faisait face à la ville. Le général Wolfe la disposa sur trois colonnes et la fit avancer vrrs les plaines.

C'est à ce moment que Montcalm reçut le premier avis d’une descente au Foulon!. Vaudreuil l'ignorait

. encore. Marcel n'était plus auprès de lui; il avait

suivi à la batterie de la Canardière le major Dumas, qui, prévenu par les patrouilles d’eau que les herges

1 Le Journal de Montcalm s'arrête à la journée du 12 septembre. Son secrétaire n'eut le courage de le reprendre que dix jours après, pour raconter en quelques pages la bataille du 13, {a mort du général et les derniers incidents de la campagne. Avant de commencer son récit, daté du cap Santé, le 23 septembre 1759, il s'écrie : « Je n'ai plus que des malheurs à écrire; vingt fois j'ai pris la plume, et vingt fois la douleur l'a fait tomber de mes mains! Comment mé rappeler une suite d'événements aussi assommants? Nous étions sauvés, et nous sommes perdus! »

signalées à Poulariés remontaient vers la ville, avait fait sortir des retranchements et marcher au bord de la grève les milices de Québec. Aux premières lueurs de l'aube, tout danger avait disparu, et l’armée rentrait dans les tentes lorsque des coups de canon retentirent du côté de Samos. Montcalm venait de quitter Johnstone après avoir pris une tasse de thé avec lui pour se réveiller, n'ayant pas dormi de la nuit, et avait ordonné de seller ses chevaux. Il arrivait à la Canardière. En rentrant avec Marcel dans la maison du séminaire, il dit avec saisissement que ses craintes se réalisaient, et que le convoi de vivres était attaqué, peut-être même pris. Peu d'instants après entra un Canadien tout hors d'haleine, qui n'avait fait qu'une course du Foulon au camp. Il dit qu'il était le seul échappé du poste de M. de Vergor ; que ce poste avait été surpris, emporté, et que les Anglais étaient Maîtres des hauteurs. « Nous connaissions si bien, dit le secrétaire de Montcalm, les difficultés de pénétrer par ce point, pour peu qu'il fût défendu, qu'on ne crut pas un mot du récit d’un homme à qui nous crûmes que la peur avait tourné la tête. J'allai me reposer chez moi, en priant M. Dumas d'envoyer au quartier général pour avoir des nouvelles, et de me faire avertir s'il y avait quelque chose à faire. On entendait toujours quelques coups de fusil de loin en loin. » La ville fit des signaux. « Par quelle fatalité n'envoya-t-on pas savoir des nouvelles? »

Le chevalier de Bernetz avait expédié au camp un courrier qui rencontra, chemin faisant, le major gént-

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ral Montreuil, lequel venait d'être prévenu par un fuyard. Montreuil fit marcher immédiatement le régiment de Guyenne et courut avertir ie marquis de Montcalm, qui fit aussitôt avancer un piquet par baiaillon et six cents hommes de Montréal. Il les suivit de près, après avoir laissé le camp sous le commandement de M. de Senezergues.

Lorsque, vers 6 heures du matin, les lignes blanches du régiment de Guyenne commencèrent à serpenter à travers les Buttes-à-Neveu, Wolfe fit faire halte à son armée et it en bataille sur trois rangs de profondeur, à une petite distance du ravin. Elle couvrait l'espace compris entre le sommet de la falaise et le chemin de Sainte Fôÿe, et regardait la ville, distante seulement d'un quart de lieue, mais dont les buttes lui dérobaïent la vue. Monckton commandait la droite avec les grenadiers de Louisbourg, les régiments d'Otway, de Bragg et de Kennedy; Murray, ie centre avec ceux de Lascelles, des Highlanders et d'Anstruther ; Townshend, la gauche avec le régiment d'Amherst et le Royal-Américain. Cette aile n'atteignait pas le coteau Sainte-Geneviève. Wolfe s'était solidement établi dans la maison d’un nommé Borgia et dans quelques autres constructions voisines du chemin de Sainte-Foye, le long duquel les deux derniers régiments étaient disposés en potence, afin de repousser l'aile droite des Français si elle essayait de déborder de ce côté. L’infanterie légère, ramenée de Sillery, se rangeait sur trois colonnes à quelques pas en arrière. Le colonel Burton commandait la réserve avec le régiment de Webb, subdivisé en huit corps separés par de grands intervalies. L’effectif de cette

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armée était de cinq mille deux cent vingt-cinq hommes de toutes armes. Le troisième bataillon du Royal- Américain avait été laissé à la garde du débarquement. Enfin le détachement d’Anstruther, établi, comme on l'a vu, dans les maisons de Sillery, devait tenir en échec le corps de Bougainville.

Vaudreuil n'avait été prévenu qu'à 6 heures moins un quart par un billet contradictoire du chevalier de Bernetz, qui lui annonçait que l'ennemi était: descendu au Foulon, mais qu'il le croyait rembarqué. Il ne connut la vérité qu'après le départ de M. de Montcalm. À 7 heures moins un quart, il envoya un exprès à Bougainville ävec ces quelques mots : « Il paraît bien certain que l'ennemi a fait un débarquement à l’anse du Foulon; nous avons bien du monde en mouvement. Nous entendons quelques petites fusillades. Il me tarde d’avoir de vos nouvelles et de savoir «i l'ennemi a fait quelque tentative de votre côté. » Vaudreuil ajoutait en post-scriptum : « Les forces de l'ennemi paraissent considérables. Je ne doute pas que vous soyez attentif à ses mouvements et à les suivre; c'est sur quoi je m'en rapporte à vous. »

Les courriers se succédaient avec des nouvelles de plus en plus alarmantes. Montcalm put à peine en croire ses yeux, lorsqu'en arrivant à la rivière Saint-Charles il aperçut distinctement les rangées d’uniformes écarlates sur le penchant du coteau Sainte-Geneviève :

« L'affaire est sérieuse, dit-il à Johnstone, qui l'accompagnait. Retournez au plus vite à Beauport, et ordonnez à Poulariés de m'envoyer en toute hâte le reste de la gauche sur les hauteurs d'Abraham. » Puis il piqua des deux, et, le regard fixe, sans pro-

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férer une parole, il traversa à fond de train le pont et la vallée Saint-Charles en se dirigeant vers la côte d'Abraham.

Toute l'armée fut bientôt en mouvement, à l'exception de la garde des batteries et de la tête de pont. Dans la ville, l'excitation et l'alarme étaient indescriptibles. Les citoyens avaient été réveillés en sursaut en entendant crier : « Les Anglais sont aux portes ! » Tout ce qui ne portait pas les armes, vieillards, femmes, enfants, accourus au nord de la

ville, stationnaient soit aux remparts, soit au bord:

du cap, et regardaient dans une muette anxiété défiler les troupes depuis le chemin de Beauport jusqu'à la ville. Elles s'avançaient à marche forcée : les régiments de la ligne reconnaissables à leurs uniformes blancs, drapeaux déployés, tambours battants; les milices vêtues de toutes façons, la plupart en. costume d'habitant. Après avoir traversé le pont, elles se divisaisnt en trois colonnes : la première montent par la côte du Palais, la seconde par la côte à Coton, la troisième par celle d'Abraham. Tandis que ces deux dernières longeaïent à l’ouest les murs d'enceinte, la première, entrée par la porte du Palais, traversait la cité en ruines et débouchait par les portes Saint-Jean et Saint-Louis. Les femmes, les enfants, reculaient au passage des bandes de sauvages aux allures et aux regards féroces sous leur tatouage de guerre, avec leurs pendeloques, leurs scalpes, leurs plumets agités par une marche rapide. Des familles cherchaient parmi les miliciens soit un fils, soit un époux, soit un père, pour les embrasser avant la bataille, qui s'annonçait par une fusillade iriermit-

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