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veau le général, car je laisse les affaires du roi, mon maître, entre de bonnes mains; j'ai toujours eu une haute opinion des talents de M. de Lévis. » Il rendit le dernier soupir le 14 septembre, à l'aube du jour. Il n'était âgé que de quarante-sept ans et six mois.
Du moment que Marcel lui eut fermé les yeux, il écrivit au chevalier de Lévis : « C’est avec un cœur pénétré de la plus vive douleur que j'ai l'honneur de vous donner avis de la perte que nous venons de faire de M. le marquis de Montcalm, ce matin à 5 heures. Je ne l'ai pas quitté un moment jusqu'à sa mort, et je crois que c'était ce que je pouvais faire de mieux, surtout après en avoir eu la permission de lui. C'était une inarque d’attachement et de reconnaissance que je lui devais des bontés dont il m'a honoré et des services qu'il m'a rendus ; aussi ne les oublierai-je de ma vie. »
Telle était la confusion qui régnait dans Québec, qu'il fut impossible de trouver un ouvrier pour faire le cercueil de l’illustre général. « Voyant cet embarras, dit l’annaliste des Dradiies. notre contremaître, vieux Français du Dauphiné, connu dans nos traditions sous le nom de bonhomme Michel, ramassa à la hâte quelques planches, et parvint à confectionner, en versant des larmes abondantes, une boîte informe peu en rapport avec la précieuse dépouille qu'elle devait renfermer. » Le corps du brave soldat y fut déposé, et, à 9 heures du soir, le cortège funèbre se mit en marche vers l'église des Ursulines, traversant des rues jonchées de débris et de pans de murs renversés. Derrière le cercueil marchaïent, mornes et silencieux, le commandant de la garnison avec ses officiers, suivis de plusieurs citoyens, auxquels se joignirent, à mesure
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qu'ils avançaient, des gens du peuple, des femmes et des enfants. Aucun son de cloches, aucune salve d'artillerie, n'annonçaient les funérailles d'un général. Les rares coups de canon qui éclataient lançaient des projectiles. La foule emplit l'église, dont les ténèbres n'étaient éclairées que par les cierges rangés autour des tréteaux sur lesquels Ja bière fut déposée.
A droite, tout près de la grille de la chapelle con- :
ventuelle, une bombe avait défoncé le plancher et fait une excavation dans le sol : la cavité avait été agrandie et creusée en fosse.
Le curé de Québec, l'abbé Resche, assisté de deux chanoines de la cathédrale, entonna le chant du Libera, auquel répondirent les assistants et le chœur des huit religieuses restées à la garde du monastère, Puis le cercueil fut descendu dans la fosse. « Alors, dit la chronique du couvent, éclatèrent les pleurs et les sanglots ; il semblait que la Nouvelle-France descendit dans la tombe avec la dépouille du général. » Ses ennemis le crurent; mais ils se trompaient. L'épée de la France venait seulement de passer dans une autre main. Les vaincus devaient se relever de ce désastre, en vaincre de plus grands et se frayer, un nouvel avenir.
Le deuil régnait aussi dans le camp des vainqueurs. Sur la flotte, les pavillons avaient été mis en berne, et la sentinelle veillait, l'arme renversée, devant la cabine où reposait le corps inanimé de Wolfe. Parmi les blessés des deux partis transportés sur les vaisseaux gisait, frappé à mort, un des principaux officiers de l'armée française, le sage et intrépide Senezergues, trop oublié de l'histoire,
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Lorsque, à la fin de la bataille, Townshend eut rejeté les Français jusqu’à la rivière Saint-Charles, 1l rappela ses régiments sur les plaines d'Abraham et les remit en ordre de bataille pour faire face à un autre ennemi qui, d'un moment à l’autre, pouvait tomber sur ses derrières. La cavalerie de la Rochebeaucour et les têtes de colonnes de Bougainville commençaient en effet à se montrer à l'horizon ; mais elles se replièrent avant d'en venir aux mains, et disparurent derrière le rideau des bois. Dès que le commandant anglais se fut assuré que tout le corps de Bougainville battait en retraite, 1l fit commencer les travaux de retranchements. Avant la nuit, il avait déjà fait enlever du plateau toutes les broussailles et les touffes d'arbres, amener des pièces d'artillerie, tracer des routes, fortifier les maisons et armer de canons le moulin à vent de la côte Sainte-{seneviève.
Un grand nombre de blessés avaient été portés à l'hôpital général. « Nous étions, raconte la Mère de Saint-[gnace, témoin oculaire, au milieu des morts et des mourants qu'on nous amenait par centaines à la fois, dont plusieurs nous touchaient de très près. Il fallut ensevelir notre douleur et chercher à les placer.
« L'ennemi était maître de la campagne et à deux pas de notre maison ; il semblait que nous eussions tout à appréhender... La nuit, qui approchait, redoubla nos inquiétudes. »
Vers minuit, de grands coups retentirent à la porte du monastère. Deux jeunes religieuses qui portaient des bouillons passaient près de la porte et vinrent l'ouvrir. Elles reculèrent de frayeur en se voyant en face d’une escouade de soldats anglais. Celui qui les
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commandait paraissait un officier de haut grade. « Il entra sans Cscorte, continue la chronique de l'hôpital, et demanda à voir les trois supérieures qu'il savait être réunies ici. Les révérendes Mères se présentèrent avec une contenance calme et digne, mais non pas toutefois sans-trahir quelque peu leur surprise au
sujet de cette visite nocturne. « Rassurez-vous, mes- En « dames, et veuillez aussi rassurer toutes vos sœurs ; à « vous ne serez inquiétées en aucune sorte, leur dit te « avec courtoisie le brigadier général Townshend, car ‘4 « c'était lui. Seulement, ajouta-t-il, afin de pouvoir ï « mieux vous protéger, je vais faire investir votre 14 « maison. » | 4
« Nos Mères n’eurent qu’à s’incliner et à subir leur ‘À
sort. Aussitôt un détachement de deux cents hommes se rangea en ordre sous nos fenêtres. »
Avant l'aurore du 14, le bruit se répandit dans Québec que l’armée avait abandonné le camp de Beauport. On ne voulut pas d’abord y croire, en apercevant aux clartés du soleil levant, — un beau soleil d'automne, — les tentes dressées, comme auparavant, le long de la côte. Mais, quand on se fut assuré que le camp était désert, la panique s’empara de toute la population et gagna jusqu'aux officiers de la garnison. Malheureusement le commandant de la place n'était pas à la hauteur du danger. « Il ne savait pas seulement donner l'ordre, » dit le capitaine Pouchot. « La désolation fut entière, écrit Ramezay, le découragement universel et porté à l'excès; les plaintes et les murmures contre l’armée qui nous abandonnait devinrent un cri public; je ne pus, dans un moment aussi critique, empêcher les négociants, tous officiers
des milices de la ville, de s’assembler chez M. Daine, licutenant général de police et maire de la ville; là ils prirent le parti de capituler et me présentèrent en conséquence une requête signée dudit sieur Daine et de tous les principaux citoyens. »
Ce qui surivut jetait l'épouvante dans la population, c'était l'irritation des Anglais depuis le massacre du fort William-Henry, les menaces qu'ils faisaient continuellement d'en tirer vengeance, les ravages commis dans les campagnes à la fin du siège, enfin les cruautés des rangers. C'était pour soustraire la ville à ces vengeances qu'à l'ouverture du siège, Montcalm et Vaudreuil s'étaient concertés pour rédiger les articles de la capitulation remise à Ramezay, le soir du 13. Une foule de familles qui, à l'approche des Anglais, s'étaient réfugiées des faubourgs dans l'intérieur des murs, avaient porté la population de la ville à six mille âmes, dont deux mille sept cents femmes et enfants, mille malades ou invalides à l'hôpital général, quinze cents miliciens ou marins et six cents hommes de l'armée régulière. Pour toute cette population déjà affamée depuis longtemps, il n'y avait que pour huit-jours de vivres à demi-ration. Dans la soirée du 13, l'intendant n'avait pu faire passer dans la ville, faute de voitures, qu'une cinquantaine de quarts de farine sur le dépôt de provisions qui se trouvait au camp. Lorsque Ramezay envoya chercher ce qui en restait, il avait été pillé par les Indiens et par la population famélique du voisinage.
Ramezay convoqua un conseil de guerre, auquel assistèrent quatorze officiers de divers corps. Il communiqua les instructions du marquis de Vaudreuil le
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prévenant de ne pas attendre que la ville fût prise d'assaut, et de capituler dès qu'il manquerait de vivres. Le conseil se montra aussi déconcerté et abattu que les commandants de bataillons assemblés l'avantveille par Vaudreuil, et se prononça pour la capitulation. Un seul, l'héroïque Jacquot de Fiedmont, commandant de l'artillerie de la ville, fut d'avis de réduire les rations et de résister jusqu'à la dernière extrémité. Cet officier s'était déjà distingué à Beauséjour en s'opposant à la capitulation proposée par Vergor, et avait été souvent remarqué par Montcalm.
Si, au moment du conseil de guerre, Ramezay était excusable de c-pituler, il ne l'était plus le lendemain ; car, avant la fin de cette journée, il avait reçu de Vaudreuil deux messages : l'un verbal, l’autre par écrit, l'assurant d'un prompt secours de vivres et de troupes. Un officier d'ordonnance, le chevalier de Saint-Rome, était arrivé en même temps au cap Rouge, où il avait remis à Bougainville une lettre du gouverneur jui enjoignant de-faire escorter de Saint-Augustin à Québec un convoi de soixante quarts de fariue que cet officier y conduisait. « La cavalerie, mandait Vaudreuil, me paraît la troupe la plus convenable. L'objet le plus intéressant est maintenant d'empêcher la ville de manquer et de s'assurer de l’objet qui occupe les ennemis. » Le gouverneur insistait dans un post-scriptum : « Donnez tous moyens possibles à M. de Saint- Rome pour exécuter sa mission. »
Bougainville écrivit en même temps à Ramezay un billet dans lequel il lui indiquait plusieurs endroits dans la ville où il pourrait trouver des farines recélées par des particuliers.
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Le commandant, résolu à capituler, ne communiqua à personne les lettres-de Vaudreuil et de Bougainville. Celui-ci avait exécuté avec promptitude les ordres du gouverneur. Malgré la pluie torrentielle qui tombait depuis deux jours, le capitaine de Belcour était entré dans Québec le matin du 17. À 1 heure après midi, ce jour-là, La Rochebeaucour écrivit de Charlesbourg à Bougainville : « Je viens d'envoyer M. de Belcour, que vous connaissez très intelligent, à la ville, dire à M. de Ramezay que sûrement je lui porterai ce soir cent quintaux de biscuit. Belcour et moi avons bien reconnu le terrain et la position de l'ennemi, et certainement il ne nous empêchera pas d'entrer ce soir à marée basse. »
En sortant de Québec, l'intrépide Belcour, qui n'avait avec lui que trente cavaliers, alla prendre possession de l'ouvrage à cornes, d’où il canonna les détachements anglais qui venaient-à sa portée.
Cependant se passait à Jacques-Cartier un événement qui relevait les espérances : le chevalier de Lévis, arrivé de Montréal, prenait le commandement de l’armée. Il n'avait fait qu’une course de cette ville à Jacques-Cartier, où il avait trouvé le désastre plus grand encore qu'il ne l'avait craint. À son premier mot, on reconnut l'homme suaérieur. Il s'était fait indiquer, en arrivant, le quartier général où Vaudreuil s’entretenait avec les principaux officiers. « On n’abandonne pas dix lieues de pays pour une bataille perdue ! » leur dit-il. Il blâma hautement la retraite sur Jacques- Cartier et ordonna une marche en avant. La joie de son arrivée fut immense. La confiance revint aux plus faibles, et Vaudreuil reprit toute l'énergie dont il était
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susceptible. Le roseau avait trouvé l'appui du chêne. « Le grand nombre de fuyards que je commençais à rencontrer aux Trois-Rivières, écrit Lévis, me prépara sur le désordre où je trouverais l’armée.
« Je ne connais point d'exemple pareil. On avait généralement tout abandonné au camp de Beauport : tentes, marmites et tous les équipages.
« La situation où je trouvai l’armée, manquant de tout, ne me découragea pas. Sur ce que M. de Vaudreuil me dit que Québec n'était pas pris et qu'il y avait laissé une assez nombreuse garnison, je pris la résolution, pour réparer la faute qu'on y avait faite, d'engager M. de Vaudreuil à faire remarcher l'armée au secours de cette place. Je lui représentai que c'était le seul moyen pour empêcher l'évasion entière des Canadiens et des sauvages, qui se retiraient chez eux, et de ranimer en même temps le courage de tout le mond:; qu'en marchant en avant nous ramasserions beaucoup de traîneurs ; que les habitants des environs de Québec rejoindraient l'armée ; que, par la connaissance que nous avions du pays, nous pourrions nous approcher fort près des ennemis; que, si nous trouvions leur armée mal postée, nous pourrions l'attaquer, ou qu'au moins, en approchant (de la place), nous prolongerions le siège par le secours que”nous ferions passer en hommes et en vivres ; que nous pourrions aussi l’'évacuer et la brûler, quand nous ne pour-
rions plus la soutenir, afin qu'il ne restât aucune ressource aux ennemis pour s’y établir l'hiver. » Lévis eut bien vite rétabli la discipline et communiqué son activité autour de lui. Dès 4 heures, le lendemain matin 13, l’armée était en marche, et Bou-
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gainville en avait été prévenu. Depuis la journée du 13, celui-ci avait tâché de réparer par sa belle conduite ce qu'il avait eu à se reprocher dans les derniers événements. Pendant que l'armée battait en retraite, il avait proposé à Vaudreuil, qui l'avait approuvé, de garder sa position au cap Rouge et d'occuper Lorette pour se tenir en communication avec la ville. Le 17 au matin, le mauvais temps ayant rendu les chemins affreux et retardé le convoi de M. de Saint-Rome, il fit partir en avant ses cavaliers, avec des sacs de provisions posés en travers de leurs selles. Vaudreuil, qui l'en avait informé, lui écrivait le même jour « J'apprends avec plaisir, par votre lettre, que la cavalerie est à Charlesbourg. J'approuve fort le projet que vous avez d'aller au camp avec sept ou huit cents hommes pour protéger le passage à Québec du biscuit qui est à Charlesbourg, et dont la cavalerie se chargera, et d'affecter beaucoup de vous montrer dans le camp, afin de donner à croire à l'ennemi que nous l'occupons. °
« Je ne doute pas que vous n'ayez prévu à avoir de bons guides. Cependant je vous observe que vous pourriez faire votre route par Bourg-Royal. Vous ne manquerez pas sans doute de profiter du retour de votre cavalerie pour faire transporter tout ce qu'il sera possible de tirer des magasins ou du camp. »
Ramezay était informé de ces mouvements et des secours de toute espèce qui lui arrivaient; mais, au lieu d'en profiter pour relever le moral de la garnison, 1l ne chercha que des prétextes pour capituler au plus vite. Un grand nombre de soldats, profitant de ses dispositions, refusaient de combattre et mettaient
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bas les armes ; d’autres désertaient à l'ennemi ou se etaient dans la campagne; certains officiers donnaient l'exemple de l'insubordination. Il y eut de violentes jaltercations, èt le major de la ville, Joannès, s'emporta au point de frapper deux d'entre eux du plat de son épée.
Bien loin de partager les sentiments de Ramezay, le brave Fiedmond redoublait le feu de son artillerie. Pendant que les canons de la basse ville tiraient à toute volée sur la pointe Lévis, les nouvelles batteries qu'il avait fait ériger du côté de la terre foudroyaient les ouvrages et le camp des Anglais. Ceux-ci avaient poussé leurs approches du côté de la porte Saint-Louis, où ils avaient commencé une redoute dont Fiedmond retardait la construction en la faisant battre continuellement en brèche.
À 10 heures du matin, Ramezay ordonna à Joannés d'arborer sur les remparts le drapeau parlementaire et d'aller proposer la capitulation ; mais Joannès se révolla avec indignation contre cet ordre. « Je protestai, dit-il, devant tout le monde, de l'avis que j'avais donné au conseil de guerre, puisque les choses changeaient de face ; et je proposai de faire par moi-même des recherches plus exactes pour trouver de la farine. On ne parla donc plus de capitulation jusqu'à 4 heures du soir. »
Mais alors l'amiral Saunders, profitant du vent de nord-est qui soufflait depuis deux jours, avec des orages de pluie, fit avancer six de ses gros vaisseaux, qui vinrent s’embosser en face de la basse ville. La garde de tranchée des Anglais s’approchait en ce moment de la porte Saint-Jean pour débarrasser le
terrain des buissons et des abris qui pouvaient servir d'asile aux francs-tireurs. La ville crut à une attaque simultanée du côté de terre et de mer : on battt la générale. Fiedmond et Joannès proposèrent à Ramezay d'évacuer la basse ville, « séparée de la haute par des coupures, » et de renforcer celle-ci par les troupes qu'on y ferait monter. Mais cet officier, qui, au dire de Joannès, n'avait jamais vu la guerre que dans un bois et ignorait la façon de défendre une place, refusa de suivre cet avis. [Il fit arborer le drapeau du côté de la rade et de la terre. « Je le fis arracher, continue Joannès, ne croyant pas qu'on eût changé d'avis; mais je reçus dans l'instant un ordre par écrit d'aller capituler, et le mémoire me fut remis en conséquence. » Joannès ne songea plus dès lors qu'à traîner les négociations en longueur et à faire surgir des difficultés, afin de donner aux secours annoncés le temps d'entrer en ville, « Je gagnai par là, dit-il, jusqu'à 11 heures du soir, que le général anglais me prescrivit pour avoir la réponse; je rentrai donc dans la ville et rendis compte à M. de Ramezay des difficultés que j'avais fait naître. » La Rochebeaucour chevauchait en ce moment avec sa cavalerie, à travers la pluie, le vent et l'obscurité, le long des battures de Beauport, et s'engageait dans le gué de la rivière Saint-Charles. Dans une demi-heure il allait pénétrer dans la ville. Onze heures sonnaïient. Ramezay, bien loin d'écouter les adjurations de Joannès, se hâta de lui donner un second ordre par écrit pour conclure la capitulation, et le renvoya au camp anglais. À peine était-il sorti de la porte Saint-Louis, que La Rochebeaucour entrait par la côte de la Canoterie, avec ses sacs de biscuit
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S négoicultés, d'entrer heures rit pour ville et ltés que auchait pluie. le Pauport, harles.
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ruisselants d’eau. Ramezay, tout déconcerté, lui balbatia qu'il était trop lard, que Joannès était rendu auprès da général anglais pour conclure la capitulation. « Après lui avoir représenté, dit La Rochebeaucour, que certainement il allait avoir du secours; il m'a laissé entrevoir que si on lui refuse quelque article, il romprait tout, à condition que le lendemain vous lui enverriez de quatre à cinq cents hommes, chose qui peut être exécutée jusqu'à présent, quant à la communication. Je me chargerais, si vous vouliez, de les faire passer avec les vivres. »
Ramezay Se débarrassa de la présence importune de La Rochebeaucour, en le berçant de promesses qu'il élait décidé à ne pas remplir.
Joannès prolongea la négociation jusque dans la matinéé du lendemain. Lévis était alors en marche avec toute l’armée. Il descendit de cheval à la Pointeaux-Trembles, pour écrire à Bougainville : « Vous ne devez pas douter de tous mes regrets de la perte que nous venons de faire (de M. de Montcalm) ; elle est des plus grandes. Je l'ai regretté comme mon général et mon ami. Il me laisse une besogne bien difficile à faire, et nos plus habiles en seraient embarrassés. Il faut faire pour le mieux. La position où nous trouverons les ennemis nous décidera pour le parti à prendre. »
Lévis veneit d'écrire à Bourlamaque dans le même sens, en lui annonçant qu'il était en marche pour secourir Québec. Il le priait de cacher le désastre autant que possible et ménageait sa susceptibilité. L'île aux Noix, si bien défendue par Bourlamaque, ne l'inquiétait pas. Il comptait sur lui pour le secon-
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der et l’aviser. Enfin il le priait de le tenir au courant de tout,
Le retour du beau temps, qui rendait la marche de l’armée plus facile; la présence de Lévis, qui avait le soin de se montrer d’un régiment à l'autre, faisant paraître sur sa figure martiale un air calme et confiant, avaient ramené dans les rangs la bonne humeur et l’entrain. On se rassurait sur le sort de Québec, dans la pensée que le commandant n'oserait agir sans de nouveaux ordres, puisque le gouverneur avait révoqué ses premières instructions et ordonné de tenir jusqu'à l'extrémité. L'armée marcha toute la journée du 18. Elle entrait le lendemain, au soleil couchant, à Saint-Augustin et se préparait à y passer la nuit, lorsque éclata l'incroyable nouvelle que Ramezay avait signé la capitulation. Le capitaine Daubrespy, de la garnison de Québec, expédié par lui, en remit les articles à Vaudreuil. Un cri d'indignation s'éleva dans toute l’armée. « Il est inouï, écrit le général de Lévis, que l'on rende une place sans qu'elle soit ni attaquée ni inveslie. »
Bougainville, qui marchait à l'avant-garde, avait dépassé Charlesbourg le 18 au soir, et n'était plus qu'à trois quarts de lieue de Québec, prêt à s’y jeter avec six cents hommes d'élite, quand il apprit la fatale nouvelle : « Telle a été, dit-il avec amertume, la fin de la campagne du monde la plus belle jusqu'à ce moment. »
Townshend s'était montré très facile sur les termes de la capitulation, car sa position était très critique, et il voulait Québec à tout prix. Il s’étonnait même de la bonne fortune qui lui en ouvrait les portes avant
qu'il eût tiré un seul coup de canon. La garnison obtint les honneurs de la guerre : elle devait sortir de la ville tambour battant, mèche allumée, avec deux pièces de campagne et douze coups à tirer; les soldats et les marins seraient transportés en France; les citoyens ne seraient pas inquiélés pour avoir servi, et conserveraient leurs biens, leurs droits et leurs privilèges avec le libre exercice de la religion catholique. Les habitants des campagnes qui mettraient bas les armes ar“aient droit aux mêmes avantages".
Le 18, avant le coucher du soleil, les portes de la cité furent ouvertes. Le général Townshend, avec son état-major, suivi de trois compagnies de grenadiers et d'un détachement de l'artillerie trainant une pièce de campagne sur laquelle flottait Le drapeau britannique, traversa la haute ville et s'arrêta en face du château Saint-Louis. Le commandant de la place, qui l'y attendait, lui en remit les clefs. Les blancs uniformes de France s’alignèrent une dernière fois devant les portes et défiièrent en silence pour faire place aux sentinelles anglaises. Un corps de marins, détaché de la flotte, sous le commandement du capitaine Palifer, prit possession de la basse ville. Des salves d'artillerie saluèrent le drapeau d'Angleterre, arboré à la fois sur le sommet de la côte de la montagne et sur la citadelle, d'où il ne devait plus descendre.
Restait le soin de garder cette conquête en passant l'hiver au milieu des ruines, privé de toute communication et à portée d'un ennemi actif et audacieux.
1 Public Record Office, Québec and Louisbourg, t. LXXXVIIL Capilulation de Québec.
L'orgueilleux Townshend, impatient de retourner en Angleterre pour jouir d'un triomphe que d'autres avaient plus mérité que lui, confia cette difficile tâche au brigadier James Murray. Les neuf régiments de la. ligne, avec l'artillerie et une compagnie de rangers, formant un eflectif de sept mille trois cent treize hommes, restèrent sous ses ordres. Les autres compagnies de rangers, avec les grenadiers de Louisbourg et les marins, se préparèrent à remonter sur la flotte. Le major Elliot, avec un corps de cinq cents hommes, alla déloger les Français de l'ouvrage à cornes et y laissa une forte garnison. En attendant qu'un nombre suffisant de maisons fût réparé pour servir de casernes, ies troupes vinrent campe. sous les murs de la ville.
Le 21 septembre, Murray lança une proclamation annonçant qu'il était permis aux habitants des environs de Québec de rentrer dans la paisible possession de leurs biens et de vaquer librement à leurs affaires. « Mais, dit Foligné, quels biens veut-il que nos habitants aillent occuper, après les ravages qu'il a fait commettre, brûler leurs maisons, emmener les bestiaux et piller les meubles? C’est à partir de ce jour qu on vit sortir du fond des bois nos pauvres femmes,
traîinant ap” lés leurs petits enfants mangés des mouches hardes, criant la faim. Quel coup de poigna our de.pauvres mères qui ne savent si elles
ont des maris et où elles les prendront, et quelle assistance elles donneront à leurs pauvres enfants à l'entrée d’une saison pendant laquelle elles ont de la peine à se garantir, lorsqu'elles sont arrangées dans leurs ménages ! les sièges de Jérusalem et de Sama-
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rie ne représentent rien de plus affreux. » [l n'y eut cependant que les familles des environs immédiats de Québec qui, n'ayant pas le moyen d'aller chercher un asile ailleurs, firent la paix avec les Anglais. A l'exception de ces infortunés, qui n'avaient plus qu'à choisir entre la mort et la soumission, les Canadiens en masse s'obstinèrent à vouloir combattre, à rester attachés à cette France qui ne songeait plus à eux. On ne trouve pas dans l'antiquité d'exemple d'une fidélité plus touchante, ni d’un courage plus persévérant.
Dans les derniers jours d'octobre, le canon des remparts répondit au salut de la flotte qui appareillait pour l'Angleterre. Le Royal-William emportait à son bord les restes embaumés du général Wolfe.
Peu de jours auparavant, le capitaine Marcel, au moment de partir pour la France avec la garnison prisonnière, était allé dire un dernier adieu, dans l'église des Ursulines, aux restes de son général, qui, lui, ne devait plus revoir le beau ciel de Provence, ni ses plantations d'oliviers, ni son moulin à huile, ni les hôtes tant aimés de Candiac!
En Angleterre, la nouvelle du succès de Wolfe eut l'air d'avoir été préparée comme un coup de théâtre. La lettre désespérée qu'il avait adressée à Pitt, peu de jours avant sa mort, venait d'être publiée et causait un désappointement universel.
« Puisque le général doutait, disait-on, le public avait raison de désespérer. »
Trois jours après, on apprit du même coup la défsite de Montcalm, la mort de Wolfe-et la chute de Québec.
« Les incidents d'un drame, dit Horace Walpole,
n'auraient pu être conduits avec plus d'art pour faire passer un auditoire de l'abattement à une soudaine exultation. On désespérait, on triomphait, on pleurait, car Wolfe était tombé à l'heure de la victoire. »
Le jeune héros fut porté aux nues. Toute la surface du royaume parut en feu sous les clartés des illuminations. Un seul endroit, Blackheath, demeura obscur et silencieux; car là une mère, veuve depuis peu, pleurait la mort du meilleur des fils. Ses concitoyens, respectant sa douleur, s'abstinrent de toute réjouissance publique. Lady Montagu écrivait à la comtesse de Bute :
«Il faut regretter le général Wolfe, non le plaindre. Je suis de votre sentiment : on ne doit avoir de compassion que pour sa mère et pour sa fiancée. »
Le grand ministre qui avait deviné le génie du héros de Québec fit son panégyrique dans la Chambre des communes, et là reconnaissance du peuple anglais lui a élevé un monument dans l’abbaye de Westminster.
La France de Louis XV se hâta d'oublier la mémoire de Montcalm, qui lui pesait comme un remords. La France d'Amérique s’en est toujours souvenue. Elle à oublié ses fautes, pour ne se rappeler que ses vertus et son héroïsme. Le nom de Montcalm est inscrit sur ses monuments et ses places publiques. L'histoire et la poésie se sont donné la main pour célébrer sa gloire, devenue un héritage national. Le mausolée élevé sur son tombeau, un siècle après sa mort, n’est pas moins honoré que celui de Wolfe à Westminster.